Bangladesh - Loblaw et Primark doivent inspirer les autres, dit Oxfam

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Photo: Agence France-Presse (photo) Munir Uz Zaman
Une femme a perdu son mari, une enfant, son père.

Les projecteurs étaient braqués sur les autorités du Bangladesh mardi. L’Union européenne a exhorté ce pays à adopter et à appliquer les normes internationales de sécurité dans ses usines. Pour sa part, Oxfam maintenait la pression sur les détaillants concernés par l’effondrement, les invitant à faire écho au geste d’indemnisation posé la veille par Loblaw et Primark, deux entités oeuvrant dans le giron du groupe George Weston.

Regroupés sous l’égide du Conseil canadien du commerce de détail, les détaillants canadiens gardaient toujours le silence mardi sur l’action concertée qu’ils entendent mener afin d’éviter une tragédie similaire. Loblaw demeurait donc encore la seule entreprise canadienne à reconnaître sa relation avec les ateliers de Rana Plaza, disparus dans l’effondrement d’un immeuble au Bangladesh ayant fait plus de 380 morts et un millier de blessés graves.


Selon l’Associated Press, au moins 386 personnes ont perdu la vie quand l’édifice illégal de huit étages s’est effondré mercredi dernier. Ce bilan pourrait s’alourdir au rythme des travaux d’enlèvement des décombres, un expert allant jusqu’à évoquer quelque 1400 morts.


Loblaw, qui avait confié la confection de sa marque Joe Fresh à ces ateliers, et la britannique Primark sont les deux seuls à avoir confirmé leurs relations et à s’être engagés à indemniser les victimes et les familles des personnes décédées. Au Canada, les détaillants ont tenu une réunion d’urgence lundi pour discuter d’une opération conjointe. Selon des agences de presse, le Conseil canadien de commerce de détail devait dévoiler mardi les grandes lignes d’action retenue. L’organisme, qui défend l’intérêt des détaillants au Canada, n’avait pas rappelé Le Devoir au moment d’écrire ces lignes. Selon certaines informations, Walmart Canada, Fairweather et Atlantic Sportswear s’en remettaient également à ces ateliers.


Le geste de Loblaw et Primark a été salué mardi par l’ONG Oxfam, qui invite « les autres entreprises qui ont des locaux dans ce bâtiment à suivre cet exemple », à écouter à l’avenir « la voix et les inquiétudes des ouvriers » et à respecter les normes de sécurité dans les ateliers. « Si les marques gardent le silence, alors elles prennent le risque de sembler indifférentes au drame. Elles ont intérêt à s’exprimer pour clarifier la situation », a ajouté le spécialiste Benjamin Martin, de l’agence Publicis Consultant. « Elles ne peuvent plus feindre la surprise. » Il rappelle qu’il y a un précédent. En novembre 2012, un incendie survenu dans une usine textile installée dans la même région avait fait 111 morts. Cette usine fournissait notamment Walmart.


« Alors qu’il y a dix ans les répercussions auraient été mineures, les traces vont désormais rester sur les réseaux sociaux », a ajouté l’expert de Publicis.

 

Union européenne


Dans la foulée, l’Union européenne a exhorté les autorités du Bangladesh à « agir immédiatement » pour faire respecter les normes internationales de sécurité et de santé dans les usines du pays. « En tant que plus grand partenaire commercial du Bangladesh, l’Union européenne s’inquiète particulièrement des conditions de travail, notamment en matières de santé et de sécurité, en vigueur pour les travailleurs dans les usines à travers le pays », ont déclaré dans un communiqué la chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, et le commissaire européen au Commerce, Karel De Gucht.


Ils soulignent que l’accident survenu le 24 avril fait suite à d’autres ayant tué plus de 100 personnes ces derniers mois dans ce pays pauvre de l’Asie du Sud qui a fait de la confection le pivot de son économie. « À la lumière de ces événements, l’Union européenne appelle les autorités du Bangladesh à agir immédiatement afin de s’assurer que les ateliers à travers le pays soient en conformité avec les normes internationales de travail, y compris celles de l’Organisation internationale du travail (OIT) », indiquent les deux responsables européens, qui ont proposé l’aide européenne au Bangladesh. Il a été rappelé que la Commission européenne étudie depuis quelques mois un projet de promotion des normes de travail dans le secteur du prêt-à-porter.


Vendredi dernier, l’OIT avait également lancé un appel au gouvernement du Bangladesh et aux partenaires économiques et sociaux de ce pays en faveur de la création de « lieux de travail sûrs ». Selon l’organisation onusienne, « l’effondrement de l’immeuble illustre le fait que la sécurité des travailleurs, dans le monde entier, ne peut être garantie que lorsqu’une culture de la sécurité est présente dans tous les segments de la société ».


Au lendemain de l’effondrement, Loblaw avait souligné qu’elle s’assurait que ses produits vendus sont fabriqués selon des normes socialement responsables, mais que sa politique ne renfermait pas de critères touchant les bâtiments. Des changements seront apportés afin de prévenir de tels incidents.

 

Avec l’Agence France-Presse