Les Québécois jouent leur avenir à la loterie

Les préparatifs vont bon train pour l’élaboration d’un cours d’éducation économique qui pourrait être offert au secondaire, d’abord sous forme de projet-pilote dès l’an prochain. Une absolue nécessité, selon le président de BMO Groupe Financier Québec, Jacques Ménard. Tous les sondages indiquent en effet que les Québécois manquent cruellement de connaissances de base pour prendre de bonnes décisions financières. Certains espèrent même un gain à la loterie pour assurer leur avenir financier.

Selon ce qu’a expliqué lundi M. Ménard, l’idée de réintroduire l’éducation économique dans le cursus scolaire fait bel et bien son chemin. En fait, un « projet-pilote » devrait être soumis sous peu au ministère de l’Éducation du Québec, qui travaille déjà en partenariat avec différents acteurs du milieu financier. BMO Groupe Financier fait partie du groupe, mais aussi la grappe Finance Montréal, Cirano et l’Autorité des marchés financiers.


Un financement de l’ordre de 900 000 $ serait déjà prévu pour le projet, qui pourrait être lancé en 2013. Un cours en bonne et due forme verrait le jour en 2015, si tout se déroule comme prévu. Pour le moment, ce nouvel outil pédagogique destiné aux jeunes pourrait être offert sur une base optionnelle. Mais Jacques Ménard ne cache pas son souhait qu’un éventuel cours soit obligatoire.


L’idée n’est pas de reproduire le cours qui a été aboli au cours des dernières années, a-t-il précisé au Devoir. En fait, on travaille plutôt sur l’élaboration d’un cours qui se veut « dynamique », qui ferait une large place au volet pratique, et non seulement au contenu magistral. On peut ainsi envisager que des exemples pratiques permettront d’aborder des sujets aussi fondamentaux que la question de l’offre et de la demande, a fait valoir le directeur de l’éducation financière à l’Autorité des marchés financiers (AMF), Camille Beaudoin.


L’idée est donc surtout de sensibiliser des jeunes qui commencent à adopter des comportements de consommateurs. Après tout, à la fin du secondaire, plus de la moitié des adolescents ont déjà un emploi et sont de plus en plus happés par la consommation, voire par la surconsommation. D’où le besoin de mieux les préparer afin qu’ils adoptent des comportements responsables. « Les jeunes deviennent des acteurs économiques avant l’âge de 20 ans. Ils sont vulnérables. Ils doivent donc comprendre comment fonctionne le crédit, ou encore être en mesure de lire un contrat de cellulaire, d’assurances, etc. », a illustré M. Ménard.


Des efforts importants devraient être engagés pour les Québécois plus âgés, a prévenu Jacques Ménard. Selon lui, les institutions devraient notamment travailler à simplifier l’information qui est présentée à leurs clients. « Il faut rappeler que près de 40 % de la population québécoise a de faibles capacités de lecture. Difficile, dans ces conditions, de prendre de bonnes décisions financières, alors que celles-ci sont de plus en plus complexes », a-t-il souligné.


Lacunes


Si des acteurs du milieu financier se sentent à ce point interpellés par la question de la littératie financière, c’est aussi parce que, sondage après sondage, on constate que les citoyens ont des lacunes importantes dans ce domaine. Par exemple, une enquête pancanadienne menée au cours des derniers mois par les Autorités canadiennes en valeurs mobilières a révélé par exemple qu’une personne sur deux ne sait pas que le rendement des fonds communs de placement n’est pas garanti. Les résultats de ce coup de sonde ont fait dire à son patron, Bill Rice, que « les connaissances générales des Canadiens en investissement sont faibles ».


Un indice développé par l’AMF et un autre produit par Desjardins ont aussi mis en lumière de nombreux points faibles. Ainsi, on a constaté que les Québécois connaissent et adoptent à peine plus de la moitié d’un ensemble de comportements vigilants, jugés essentiels par l’AMF pour gérer efficacement leurs finances personnelles, prendre des décisions financières éclairées et prévenir la fraude. Et les jeunes de 18 à 24 ans n’ont pas les connaissances de base pour comprendre les mécanismes de l’épargne.


Un nouveau sondage publié lundi indique par ailleurs qu’un Québécois sur trois estime que gagner à la loterie ou recevoir un important héritage fait partie de ses plans en vue d’assurer son avenir financier, selon un récent sondage commandé par SOS Dettes et Capital One Canada. « Il est troublant de voir autant de Québécois se fier davantage à la loterie qu’à la saine planification financière lorsqu’ils pensent à leur avenir, et j’en vois les effets chaque jour à notre agence, a déploré Estelle Forget, directrice de la succursale, SOS Dettes. Les Québécois doivent accepter le fait qu’il n’existe aucune solution magique pour arriver à bien gérer leurs finances. Cela nécessite un travail acharné et le respect d’un budget déterminé en fonction du revenu. »


L’endettement des ménages canadiens atteint présentement un sommet historique, avec une moyenne de 163 % du revenu disponible.

5 commentaires
  • Gilles Delisle - Abonné 30 octobre 2012 06 h 56

    Retour d'un cours éliminé du cursus en 2005

    Quand j'ai quitté la profession d'enseignant en 2005, le cours d'Education économique existait. J'ai, moi-même, enseigné le cours d'EDE, et qui comportait un important volet sur la consommation. Nos valeureux fonctionnaires de l'éducation, avaient décidé de faire disparaître ce cours pour le fondre dans un cours d'Education à la citoyenneté avec d'autres volets. Sept ans plus tard, voici donc que l'on vient de comprendre pourquoi ce cours était important .....il y a 7 ans! Le seul danger, c'est de voir une grande banque comme BMO, faire partie du projet avec son ineffable président, Jacques Ménard, qui se préoccupe de tout et de rien, en fait surtout de rien! Dans le chapître sur la consommation, on préparait déjà les étudiants de sec.V, à se méfier des grandes institutions financières comme la BMO, qui attendaient ces jeunes au CEGEP, dès leur entrée, pour leur vente des cartes de crédit. Alors, ce cours doit être penser par des acteurs économiques comme l'Autorité des marchés financiers, mais surtout pas , par des vendeurs et des banquiers privés!

  • Olivier Carrier - Inscrit 30 octobre 2012 09 h 11

    Le dernière chose dont on a besoin c'est de la participation des banques dans l'éducation économique des enfants.

  • ghislaine fortin - Inscrite 30 octobre 2012 12 h 24

    Le concept Jeune Entreprise au secondaire V

    J'ignore si cela existe encore, mes enfants ont pu expérimenter l'activité "Jeune entreprise" au secondaire V. J'ai trouvé cette activité vraiment intéressante et valorisante pour comprendre le fonctionnement de base pour partir une entreprise. Les jeunes, par équipe, devaient trouver un concept de produit à vendre,vendre des actions de la mini-entreprise, fabriquer ou faire fabriquer leur produit, calculer les coûts de revient etc.

    Il est vrai que les parents doivent faire leur part, soit encourager, s'intéresser.

    J'ai trouvé cela formidable et mes enfants ont pu comprendre les mécanismes d'affaire de base.

    • Christian Méthot - Inscrit 30 octobre 2012 16 h 57

      Tout à fait d'accord avec vous.

      Mais avant de se lancer dans la création et la gestion d'une entreprise, les jeunes devraient au moins être capables de comprendre le fonctionnement de l'économie au quotidien, beaucoup plus compliquée qu'autrefois, surtout parce que les jeunes travaillent à temps partiel et ont des revenus avant d'avoir terminé leurs études et qu'ils ont accès à une foule de produits : cellulaires, cartes de crédit, marges de crédit, achat par versement, etc. Ils devraient comprendre comment fonctionne un REER, un CELI, des fonds de placement, les assurances, la bourse, etc.

      Il faudrait aussi que ces cours parlent un peu du fonctionnement de l'économie au niveau macro, afin de comprendre comment les décisions des grands acteurs du marché (entreprises, banques, banques centrales, gouvernements) influent sur notre quotidien.

  • Marie-Josée Blondin - Inscrite 30 octobre 2012 18 h 39

    L’autre bout de la lorgnette

    Il n’y a pas que la méconnaissance du monde de la finance et des rouages de l’économie qui contribue à des comportements à risque et à l’endettement des Québécois. Voici un aperçu de ce qui devrait être considéré pour limiter l’endettement des Québécois et de ce qu’il faudrait mettre en place pour éviter leur appauvrissement.

    Taxer les transactions financières des spéculateurs boursiers qui n’apportent rien à l’économie réelle.

    Créer une loi anti-gang ou anti-mafia comme en Italie pour limiter les ravages de la collusion et du contrôle du crime organisé sur l’économie.

    Mener une lutte permanente à la corruption et à la collusion dans l’octroi des contrats publics.

    Empêcher le gaspillage des fonds publics en contrôlant mieux des ouvrages non nécessaires et de piètre qualité dans les arrondissements et municipalités, et ce, en rendant imputables les élus et autres fonctionnaires ayant fait preuve de comportements frauduleux par leur destitution et la remise au trésor public des sommes d’argent ou pots-de-vin et autres biens acquis à la suite de la corruption et de la collusion dans l’octroi des contrats publics.

    Créer des emplois de qualité.

    Construire des logements neufs et abordables et cesser de construire des condos de luxe. La population compte un nombre grandissant de personnes vivant seules, de retraités et de petits salariés ou travailleurs autonomes à statut précaire.

    Réduire les bonis, rémunérations et avantages excessifs offerts, entre autres, par les entreprises publiques et les institutions financières à l’endroit de leurs cadres supérieurs et de la haute direction, et qui ont pour effet d’augmenter le fossé socio-économique avec les employés de la base.

    Bonifier le Régime des Rentes du Québec pour permettre à ceux qui n’ont pas de fonds de pension public ou privé (ou encore si négligeable) d'assurer leur survie à la retraite.









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