Immobilier - Delhi et Mumbaï victimes d'une flambée des prix

New Delhi — Flambée des prix des maisons et des appartements à Delhi et Mumbaï. Depuis un an, ils ont gonflé de 18 à 25 % dans les deux mégapoles indiennes, menaçant d'étouffer la capacité de leur classe moyenne montante d'accéder à la propriété. Les prix demandés dans certains quartiers sont «ridiculement» élevés, disent bien des experts du milieu immobilier. «Vrai que ça devient un gros problème pour les gens qui veulent s'acheter une maison à prix abordable. Cela risque de créer une situation intenable à moyen terme», affirme Hemendra Rathore, agent immobilier chez Real Links, à Delhi.

Le revenu annuel par habitant a beau progresser en Inde, il n'atteint pas présentement 40 000 roupies (environ 930 dollars canadiens, ce qui fait à peine plus de 75 $ par mois), selon les statistiques gouvernementales. La classe moyenne montante? Une notion très extensible. Elle représenterait entre le quart et le tiers des 1,1 milliard d'Indiens, mais, dans la majorité des cas, les foyers dont on dit qu'ils en font partie ont un revenu inférieur à 5000 dollars par année.

La flambée — qui épargne par ailleurs le reste du pays — est liée aux fortes pressions inflationnistes que subit l'ensemble de l'économie indienne. Les prix des fruits et légumes ont augmenté de 15 à 20 pour cent au cours de la dernière année. Les Indiens sont majoritairement végétariens: leur portefeuille souffre beaucoup de cette situation. Le gouvernement central a récemment autorisé une hausse des prix des produits pétroliers, ce à quoi une partie de la société indienne a réagi en tenant, à l'appel des partis d'opposition, une journée de grève nationale. Un autre facteur d'augmentation tient à l'imposition d'une nouvelle taxe de vente. Cette flambée est également liée, pour une bonne part, à la spéculation sur les terrains et le logement. Dans la région de la capitale nationale, 65 % des transactions immobilières seraient de nature spéculative.

Les experts préviennent les promoteurs immobiliers que, en décourageant les gens de s'acheter un toit en ville, cette inflation spéculative pourrait finir par nuire à la croissance économique de Delhi et Mumbaï et par chasser une partie de cette classe moyenne sur laquelle on compte tant pour faire tourner la roue de la consommation. La demande est la plus grande dans ces deux régions urbaines pour des maisons coûtant entre 35 000 et 45 000 dollars. Or ce segment de marché est en voie d'extinction dans les quartiers établis. De fait, les citadins qui veulent devenir propriétaires à ces prix-là doivent carrément s'expatrier dans de nouveaux quartiers très excentrés, sans services et sans liens avec le réseau de transport public, comme Noida Extension, situé à l'extrême est de la capitale.

Oiseaux de malheur? Pour l'heure, la demande immobilière demeure globalement supérieure à l'offre dans les deux mégapoles et, bien que le volume des ventes ait diminué, la tendance n'est pas assez lourde pour faire baisser les prix. Ensuite, les Indiens auraient en l'avenir de leur économie une confiance débordante, vient encore de claironner un nouveau sondage, celui-ci mené en juillet par la maison britannique Ipsos Mori dans 24 pays représentant 75 % du PNB mondial. Le sondage réalisé auprès de 18 600 répondants avance que les Indiens, avec un taux de confiance de 85 %, sont les plus optimistes au sujet de leur économie. Ils sont suivis des Chinois (77 %) et des Brésiliens (65 %). Les Français (6 %) et les Espagnols (5 %) sont au sous-sol de cet indice de confiance. C'est un coup de sonde qui a ses limites: il a été mené en ligne. Les Indiens qui ont accès à Internet sont une minorité.