Nissan Rogue - Un nouveau joueur qui s'impose déjà

Même si c’est un nouveau modèle, le Rogue n’apporte rien de neuf sur le plan esthétique.
Photo: Même si c’est un nouveau modèle, le Rogue n’apporte rien de neuf sur le plan esthétique.

Lorsque l'on demande à ceux qui veulent acheter un véhicule utilitaire sport (VUS), ou à ceux qui en possèdent un, d'expliquer leur choix, les réponses sont invariablement les mêmes: ils sont assis haut, ils se sentent en sécurité et ils ont besoin de quatre roues motrices, qui pour aller à la campagne le week-end, qui pour aller à la chasse ou à la pêche. Et si on leur demande ce qu'ils n'aiment pas, la consommation d'essence est maintenant en tête de liste des récriminations. Nissan a tenu compte de tout ça pour concevoir le Rogue, qui vient remplacer le X-Trail.

Contrairement à son prédécesseur, qui se présentait sous la forme d'un petit VUS, le Rogue est un véhicule multisegment, sorte d'hybride entre une automobile et un véhicule utilitaire. Ces derniers n'ayant plus la cote auprès des consommateurs, les constructeurs ont trouvé une nouvelle recette pour les séduire, qui consiste, grosso modo, à prendre une voiture et à la déguiser en véhicule utilitaire. Bref, c'est ce que l'on appelait autrefois une familiale, mais haute sur pattes.



Mini Murano

Même si c'est un nouveau modèle, le Rogue n'apporte rien de neuf sur le plan esthétique. J'entends souvent les gens dire que tous les véhicules se ressemblent de nos jours, et c'est on ne peut plus vrai dans le cas des VUS et de leurs remplaçants, les crossovers (comme on dit à Paris): ils semblent tous avoir été clonés. Cela dit, le Rogue a des airs de famille avec son grand frère, le Murano. Ils viennent d'ailleurs tous deux du studio de design californien de Nissan, dont l'ensemble de l'oeuvre est loin de faire l'unanimité...

Le Rogue évolue par ailleurs dans un créneau très concurrentiel, car les véhicules multisegments et utilitaires de ce format sont encore fréquentables. Plus petits, souvent motorisés par des 4-cylindres, ils consomment moins et polluent moins. Les constructeurs nippons dominent ce segment, avec des valeurs sûres comme le Toyota RAV4, le Honda CR-V, le Mitsubishi Outlander, le Subaru Forester et le Suzuki Grand Vitara, auxquels s'ajoutent le Hyundai Tucson coréen (et son clone, le Kia Sportage). Les Américains assurent également une forte présence avec les Ford Escape (et son clone, le Mazda Tribute), le Saturn VUE, ainsi que les Jeep Compass et Patriot. Et Volkswagen vient de rejoindre la parade avec son Tiguan. Bref, on se bouscule!



Au royaume du plastique

À défaut d'être original sur le plan visuel, le Rogue a des qualités pratiques, à commencer par son habitabilité. Même s'il ne s'agit pas d'un gros VUS, l'habitacle est vaste, aéré, avec un bon dégagement pour la tête et, à l'arrière, pour les jambes. Le compartiment à bagages impressionne aussi par sa capacité de chargement et, pour plus d'espace encore, il suffit de rabattre le dossier de la banquette arrière. Celle-ci est confortable, mais les baquets à l'avant le sont encore plus: rembourrage, fermeté, soutien latéral et lombaire, il n'y a rien à redire. Pas de lacunes ergonomiques non plus: les commandes sont ultrasimples, faciles à manipuler et bien disposées. Et on retrouve des espaces de rangement là où il en faut: dans la console, les portières, ainsi qu'une grande boîte à gants.

La seule véritable fausse note concerne la finition, ce qui n'étonne plus chez ce constructeur. L'habitacle est envahi par cet affreux plastique dur, qui semble tout droit sorti de chez GM ou Chrysler. Du reste, il s'agit d'une constante depuis que Renault est devenu propriétaire de Nissan. Le grand manitou du groupe franco-japonais, Carlos Ghosn, est reconnu dans l'industrie automobile pour être un cost cutter, mais comme le dit l'expression populaire, «trop, c'est comme pas assez».



Deux ou quatre roues motrices

La maestria des constructeurs nippons pour les motorisations à quatre cylindres est bien connue, et le Rogue est peut-être le mieux nanti de sa catégorie à ce chapitre. Son 4-cylindres de 2,5 litres est un moteur souple, doux, conformément à la tradition japonaise; mais il est aussi très vaillant, avec un couple à bas régime presque comparable à celui d'un V6. Les accélérations sont franches, avec une courbe de puissance progressive. La boîte de vitesses à variation continue (CVT) qui lui est jumelée gère très bien ce moteur, mais elle le fait parfois gronder en gardant un régime élevé avant de s'ajuster. Cela dit, même si je suis allergique à ce type de transmission, je dois admettre qu'elle effectue un travail irréprochable. De plus, un moteur à 4-cylindres s'accommode mieux d'une boîte à variation continue qu'un V6.

Ce choix technique, tant du côté de la motorisation que de la boîte de vitesses, permet par ailleurs de maintenir la consommation à un niveau raisonnable. Toutefois, même si le Rogue repose sur la plate-forme d'une voiture compacte, il ne faut pas s'attendre à ce qu'il soit aussi frugal: à l'instar des RAV4, CR-V et autres rivaux à moteur 4-cylindres, la consommation moyenne se situe aux environs de 12 litres aux 100 kilomètres. On peut aussi la réduire en optant pour la version à deux roues motrices; toutefois, l'attrait de ce type de véhicule repose, pour plusieurs, sur la traction intégrale. Pas de problème: le Rogue propose les deux.



Confortable

Même s'il repose sur une plate-forme de berline — la Sentra —, le Rogue se comporte davantage comme un petit VUS. Il est haut sur pattes, ce qui a des avantages, mais aussi des inconvénients, comme celui de pencher en virage. Malgré toute la bonne volonté du monde, on ne peut défier les lois de la physique... Cela dit, l'effet de roulis n'affecte nullement la motricité, et le Rogue tient fort bien la route — mieux, même, que la plupart de ses rivaux. Sa direction est précise et bien dosée, mais elle n'est pas parfaite pour autant, parce qu'elle est lente et affligée d'un grand rayon de braquage, ce qui n'est pas idéal lors de certaines manoeuvres. Pensez au stationnement en parallèle, par exemple. Et la piètre visibilité arrière ne facilite pas les choses. Des défauts qui ont d'autant plus d'importance que le Rogue est avant tout un véhicule urbain, malgré son déguisement d'aventurier.

En revanche, le confort est un des points forts de ce véhicule, qui brille par sa grande douceur de roulement, comparable à celle de n'importe quelle berline. Les trains roulants sont particulièrement efficaces sur les mauvais revêtements (pléonasme bien québécois lorsqu'il est question de l'état de nos routes), avec une suspension qui absorbe très bien les trous et les bosses de notre merveilleux réseau routier. Le Rogue est bien chaussé (Dunlop Grand Trek), ce qui contribue non seulement à rehausser ses prestations routières, mais aussi à réduire les bruits de roulement. Pour les excursions hors route, cependant, regardez ailleurs: le Rogue a l'air d'un VUS, mais pas la chanson, comme on dit.



Conclusion

Le Rogue n'aura aucune difficulté à faire oublier son prédécesseur, le X-Trail, dont la carrière a été aussi brève que sans histoire. Il ne souffre aucunement de la comparaison avec les ténors de cette catégorie que sont les RAV4, CR-V et Forester. Comme ceux-ci, il est pratique, spacieux, confortable et bien assemblé. Et il devrait se montrer aussi fiable qu'eux, à l'instar des autres produits Nissan. Autre point intéressant en faveur du Rogue, et non le moindre: son prix, qui le place au milieu du peloton dans ce segment, mais parmi les moins chers chez les japonais.

***

Collaborateur du Devoir

***

FICHE TECHNIQUE

Moteur: 4-cyl. 2,5 L

Puissance: 170 ch

0-100 km/h: 9,2 s

Vitesse maximale: 190 km/h

Consommation moyenne: 11 litres/100 km

Échelle de prix: 23 798 $ à 28 398 $
1 commentaire
  • Michel Decarie - Abonné 20 octobre 2008 09 h 07

    Garde au sol???

    Pourquoi toujours omettre la garde au sol dans les relevés techniques de voitures surtout des VUS??? Simple suggestion.Merci.