Effondrement boursier de Lehman Brothers et d'AIG - Tempête à Wall Street

Lundi noir en Bourse. Secoués par l'effondrement de Lehman Brothers, les marchés financiers n'avaient d'attention hier que pour AIG, un géant du monde de l'assurance, également à risque, dont l'exposition à la crise immobilière américaine est sept fois plus importante. Pendant que les dirigeants politiques voulaient se faire rassurants, les banques centrales injectaient les liquidités dans le système à coups de dizaines de milliards, et les autres institutions financières tentaient de mesurer l'ampleur des dégâts sur leurs équilibres financiers.

Aux États-Unis, le gouvernement s'est empressé de clamer la solidité du système financier américain. «À court terme, les ajustements sur les marchés financiers peuvent être douloureux» pour les salariés des sociétés concernées et les investisseurs, a dit le président George W. Bush, selon les propos recueillis par l'Agence France-Presse. «À long terme, j'ai confiance dans la souplesse et la résistance des marchés financiers et dans leur faculté à faire face à ces ajustements.» Dans l'intervalle, «nous travaillons pour réduire les perturbations et l'impact sur le reste de l'économie de ces événements sur les marchés financiers».

Le secrétaire au Trésor, Henry Paulson, a également insisté sur le fait que les Américains pouvaient «garder confiance dans la santé et la robustesse de leur système financier».

Au Canada, le premier ministre, Stephen Harper, a fait l'éloge de la capacité de résilience de l'économie américaine tout en écartant un scénario de récession pour la première économie mondiale. «J'ai la conviction que si nous avions dû voir un krach ou une récession, cela serait probablement déjà arrivé.» Se disant préoccupé par l'ampleur que prend la crise financière aux États-Unis, il a soutenu que «les bases de l'économie canadienne sont solides et c'est pourquoi, malgré le ralentissement de la croissance, nous avons obtenu de bons résultats pour la plupart des indicateurs en comparaison avec les États-Unis et certains de nos plus importants partenaires commerciaux occidentaux».

La journée d'hier a débuté avec cette onde de choc. Le coup ayant ébranlé les marchés est venu de Lehman Brothers. Ne parvenant pas à trouver un sauveur sans l'appui des fonds publics ou des garanties de l'État, Lehman Brothers, pilier de Wall Street, a été contrainte de s'en remettre à la protection des tribunaux. Jonglant avec un portefeuille immobilier à risque de 60 milliards $US, la banque d'affaires entend se restructurer loin des pressions de ses créanciers. Au 31 mai dernier, le géant affichait un passif de 613 milliards reposant sur un actif de 639 milliards, selon les documents déposés.

Merrill Lynch était la suivante sur la liste des institutions fragilisées. Afin d'éviter que le suspense ne perdure, la plus importante firme de courtage a accepté de s'en remettre à l'offre de rachat de 50 milliards formulée par Bank of America. Dix banques mondiales se sont également entendues pour créer un fonds conjoint de 70 milliards dans lequel elles peuvent puiser si elles venaient à se retrouver à court de liquidités. Ce coussin a été bonifié par l'intervention des banques centrales, qui ont injecté des liquidités sur le marché monétaire par dizaines de milliards afin d'éviter tout assèchement. À elle seule, la Réserve fédérale a engagé 70 milliards dans l'aventure hier, faisant face à des besoins des institutions financières quatre fois plus importants.

En Bourse, s'il n'y a pas eu de panique hier, les investisseurs ont tout de même reporté leur inquiétude sur AIG, le plus gros assureur du monde dont l'exposition au crédit immobilier à risque est estimée à plus de 440 milliards. La moyenne des 30 industrielles de Dow Jones a chuté de 504,48 points, ou de 4,4 %, pour clôturer à 10 917,51. L'action d'AIG, qui fait partie de l'indice Dow Jones, s'est effondrée de 61 % au cours de la séance. L'assureur évolue en mode de restructuration intensive et est à la recherche de capitaux de toute urgence, a-t-il indiqué.

À Toronto, l'indice baromètre, également influencé par le recul du pétrole sous les 100 $US le baril, a fermé en recul de 515,55 points, ou de 4 %, à 12 254,03. Si les institutions financières canadiennes ne sont qu'effleurées par la crise américaine des subprimes, leur recul en Bourse depuis le début de l'année atteint les 12 %, contre 32 % pour les institutions américaines et 77 % pour les institutions spécialisées en financement hypothécaire.

Hier, en réaction à l'effondrement de Lehman Brothers, seule la Financière Sun Life a fait une déclaration. Elle a indiqué détenir pour 334 millions de valeur nominale d'obligations de Lehman, et pour 15 millions de dollars d'instruments dérivés. Des charges, non précisées, viendront amputer ses résultats financiers du troisième trimestre.
1 commentaire
  • Nicolas Lepage-Dussault - Inscrit 16 septembre 2008 12 h 57

    Quand l'idéologie inhibe le jugement

    L'idéologie est une formidable modalité structurelle, mais perd toutes ses vertus lorsqu'elle obnubile l'esprit. Les prétendues allocations occasionnées par les marchés américains ne sont que des chimères popularisées par les élites économiques et politiques, au nom d'une certaine liberté. Ce n'est pas M. Bush ou les Américains que nous devrions blâmer, même si les déresponsabiliser est une erreur, mais plutôt cet imaginaire collectif, qui tient sa logique dans les médias et surtout la culture historique américaine. Une culture généralisée qui nourrit l'insignifiance et le manque de jugement dans les plaisirs instantanés et la consommation.

    Une culture ne vaut pas plus qu'une autre me direz-vous ? Pourquoi ? Par respect ? Par choix ? Considérez plutôt ceci : voulons-nous seulement mettre sur un piédestal le respect des choix d'autrui ou avons-nous tout simplement peur de se remettre en question ? Le jugement a perdu son sens profond, celui de distanciation sur soi et d'acceptation de la vérité des autres pour créer sa propre idée du monde.