Infiniti EX35 - Mélange des genres

Sur le strict plan esthétique, c’est très réussi, mais la filiation est évidente, au point que l’EX35 pourrait facilement passer pour une G35 familiale.  Pour le reste, c’est plutôt simple: l’EX35 se décline en une seule configuration, avec
Photo: Sur le strict plan esthétique, c’est très réussi, mais la filiation est évidente, au point que l’EX35 pourrait facilement passer pour une G35 familiale. Pour le reste, c’est plutôt simple: l’EX35 se décline en une seule configuration, avec

L'engouement, depuis une vingtaine d'années, pour les véhicules utilitaires sport a été exponentiel, au point que les catégories se sont multipliées: les petits, les moyens, les gros, les luxueux, les prestigieux... Bref, on n'en avait que pour les VUS et on les apprêtait à toutes les sauces. Puis, le vent a tourné, notamment en raison de la flambée du prix de l'essence, mais aussi à cause de la sensibilisation grandissante à l'égard de la protection de l'environnement. Les constructeurs ont alors rajusté leur tir, en créant un nouveau type de véhicule: les multisegments. À leur tour, ceux-ci se sont mis à se multiplier, en plusieurs variations.

Ainsi virent le jour les véhicules multisegments de luxe, qui se déclinent, eux aussi, en plusieurs formats. Au début de la chaîne, on trouve essentiellement trois joueurs: les BMW X3, Land Rover LR2 et Acura RDX. Il restait donc de la place, et Infiniti a décidé de rejoindre les rangs avec un nouveau modèle, l'EX35.

Une G35 familiale

La recette pour les véhicules multisegments est toujours la même: on prend une berline déjà existante et on l'affuble d'une nouvelle carrosserie, qui ressemble vaguement à un VUS, mais pas trop quand même... Enfin, vous voyez le genre. C'est exactement ainsi que l'EX35 a vu le jour, à partir de la plate-forme de la berline G35.

Sur le strict plan esthétique, c'est très réussi, mais la filiation est évidente, au point que l'EX35 pourrait facilement passer pour une G35 familiale. (Et entre vous et moi, c'est un peu, beaucoup, de cela qu'il s'agit!). Pour le reste, c'est plutôt simple: l'EX35 se décline en une seule configuration, avec une seule motorisation. Une seule version aussi, mais plusieurs groupes d'options.

Trouvez l'erreur

Chez Nissan, il semble vraiment y avoir une double norme en matière de finition. Autant c'est de facture bon marché dans les véhicules de cette marque, autant c'est relevé chez Infiniti. Normal, direz-vous, puisque c'est la division de prestige de Nissan; oui, bien sûr, sauf que l'écart est plus marqué que chez Toyota (Lexus) ou Honda (Acura). La principale différence réside dans la qualité des matériaux, nettement supérieure chez Infiniti.

Cela dit, l'EX35 se distingue de ses soeurs, la berline G35 et le coupé G37, par sa finition encore plus cossue. Le cuir et les appliques de bois laqué s'y intègrent avec goût, et le tableau de bord marie l'esthétique et le pratique. L'ergonomie a d'ailleurs été bien étudiée: les commandes sont simples, intuitives et accessibles. L'écran multifonctions nécessite une courte période d'adaptation, mais ce n'est pas un casse-tête non plus ; pas besoin d'un diplôme de l'École polytechnique, contrairement à BMW ou Mercedes.

À l'avant comme à l'arrière, les sièges sont confortables, mais leur rembourrage est ferme, à l'européenne, avec un bon soutien latéral et lombaire. Les passagers arrière bénéficient d'un bon dégagement pour la tête, mais c'est un peu serré pour les jambes. Vu le format et la vocation du véhicule, c'est difficile à comprendre. Ce n'est d'ailleurs pas le seul problème du genre: mentionnons aussi l'ouverture étroite des portes arrière, ainsi — et ça c'est encore plus impardonnable — qu'un coffre à bagages qui contient peu. Ceux qui sont tentés par ce type de véhicule en raison de son aspect pratique feraient mieux d'y penser deux fois: il y a plus d'espace de chargement dans le coffre d'une G35 que dans celui de l'EX35. Trouvez l'erreur...

Mécanique éprouvée

Sous le capot, on retrouve avec bonheur ce bon vieux V6 de 3,5 litres utilisé à toutes les sauces chez Nissan — et par le fait même, chez Infiniti. On ne s'en plaint pas, car il s'agit, on le répète à chaque fois, d'un des meilleurs moteurs de l'industrie. Il est souple, mais aussi très véloce et tant le couple que la puissance sont bien répartis. On regrettera seulement qu'il soit jumelé à une boîte automatique lente. Ainsi, certains changements de rapport s'effectuent à haut régime, ce qui fait gronder le moteur. Cette boîte pourrait être plus souple, d'une part, et avoir une plus grande rapidité d'exécution, d'autre part.

Ceux et celles qui se tournent vers un véhicule multisegments en pensant qu'ils vont économiser à la pompe sont souvent quittes pour une déception. L'EX35 ne brille guère à ce chapitre: avec le régulateur de vitesse à 120 km/h sur l'autoroute, il n'a pu faire mieux que 11,2 l/100 km. Rien pour «écrire à sa mère».

Dans un autre rayon, le freinage, puissant et très prompt, constitue un des points forts de ce véhicule, tout comme la direction, ferme et très précise. Toutefois, le rayon de braquage est important, ce qui est incommodant dans certaines manoeuvres, comme le stationnement en parallèle.

Le confort d'abord

Ce type de véhicule, même s'il repose sur une plate-forme d'automobile, n'inspire pas spontanément confiance. L'EX35 est plus lourd qu'une G35, plus haut perché... Pourtant, plus on le pousse, plus il s'agrippe. Le roulis est perceptible, mais bien maîtrisé; en clair, ça penche, mais ça colle. Et ça penche seulement si on le malmène, en effectuant des changements de trajectoires brusques, par exemple.

La tenue de route est très sûre, pas trop éloignée de celle d'une berline, mais le surplus de poids se fait tout de même sentir. Sur un parcours plus sinueux, avec des virages plus serrés, l'EX35 est un peu pataud et si l'on augmente le rythme, il laisse voir une propension au sous-virage.

Si les prestations routières viennent rappeler les limites de ce type de véhicule, côté confort, cependant, c'est tout à fait comparable avec une automobile. Ainsi, la douceur de roulement n'a rien à envier à celle de la G35 — qui est tout de même, je vous le rappelle, une berline de luxe. Même chose pour l'insonorisation, qui ne laisse pas filtrer de bruits de roulement.

Conclusion

Commençons par les fleurs: l'EX35 est un véhicule qui repose sur une excellente plate-forme, très confortable et plutôt agréable à conduire. Pour l'aspect pratique, cependant, on repassera: il n'est ni très spacieux, ni très logeable. À trop vouloir en faire, ses concepteurs se sont éparpillés: ils voulaient aller chercher le meilleur d'une automobile et d'un VUS, mais ils n'y sont pas parvenus. Mais un véhicule multisegments, c'est tellement tendance... Dans les rues des banlieues cossues et des quartiers chics, c'est un must.

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Collaborateur du Devoir

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FICHE TECHNIQUE

INFINITI EX35

- Moteur : V6 3,5 litres

- Puissance : 297 ch

- 0-100 km/h : 7,3 s

- Vitesse maximale : 215 km/h

- Consommation moyenne (ville et route) : 11,5 l/100 km

- Prix du véhicule d'essai : 52 300 $