La clientèle de la Cité du multimédia ne bougera pas

Lorsqu'elle étudiait la possibilité d'acheter la Cité du multimédia, il y a un peu plus d'un an, la société torontoise Allied Properties s'inquiétait principalement d'une chose: l'effet néfaste qu'aurait l'expiration des mesures fiscales, entre 2010 et 2013, sur le taux d'occupation dans les bureaux du complexe.

«Quand on a acheté le complexe, en fait, on estimait que le niveau des loyers dépassait de 9 % celui du reste du marché», a dit hier le p.-d.g. d'Allied, Michael Emory, en marge du Sommet immobilier de Montréal. Voyant poindre des renouvellements de bail, la direction de l'entreprise craignait carrément une baisse des loyers.

Les choses ont changé, selon M. Emory, dont l'entreprise a acquis la Cité pour 242 millions en mars 2007. Un an après la transaction, il est convaincu que le peu de bureaux disponibles à Montréal fera en sorte que les locataires ne bougeront pas.

«Le marché s'est tellement raffermi à Montréal que les loyers dans la Cité ont été rattrapés par ceux qu'on voit ailleurs dans la ville. De plus, avec les espaces de stationnement, les services offerts dans la Cité et les efforts de revitalisation dans le Vieux-Montréal, je crois en fait que ce qui va probablement se produire, c'est une hausse de loyers.»

La Cité du multimédia est un projet de grappe technologique qui a vu le jour sous le règne de Bernard Landry. Pour séduire les entreprises, on offrait des mesures fiscales portant sur le remboursement de 40 % des salaires, jusqu'à concurrence de 15 000 $ par emploi par année.

En 2003, le gouvernement Charest a aboli les mesures sur une période de dix ans. Autrement dit, pour une compagnie qui s'est installée dans la Cité en 1999, les mesures prendront fin l'an prochain.

Hésitations

Il y a quelques années, Le Devoir avait interviewé des gens d'affaires pas convaincus qu'ils resteraient sur place après l'expiration de leurs avantages fiscaux. Il n'y a pas de station de métro et certains, soulignant le loyer élevé qu'ils payaient à l'époque, n'appréciaient pas d'être à l'écart du centre-ville. Un des avantages du complexe immobilier que l'on a souvent mis en avant est l'infrastructure technologique à la disposition des locataires.

À peine cinq ans après la création de la Cité, le complexe comptait 6000 employés dans une centaines de sociétés. «Au début, un des gros avantages était l'avantage fiscal. Mais en dépit de l'expiration, on pense que le gros de nos locataires vont renouveler leur bail. On a un problème, en fait, et ce sont les locataires qui prennent de l'expansion et veulent plus d'espace. Il a fallu déménager certains locataires dans nos autres édifices.»

Une des raisons motivant le renouvellement des baux, a fait valoir M. Emory, est l'investissement fait par les locataires au fil du temps. Après avoir dépensé de l'argent dans les locaux, il devient difficile de déménager, selon lui. Le taux d'occupation est de 100 %, a-t-il affirmé.

Outre quelques édifices à Montréal, notamment sur le boulevard Saint-Laurent, le portefeuille immobilier d'Allied compte plusieurs bâtiments à Toronto et à Québec, dans le quartier Saint-Roch.

La compagnie aime acheter des immeubles de plus de 100 ans qui ont été convertis en bureaux ou en surface commerciale. Souvent, les plafonds sont hauts, la fenestration est grande et les planchers sont en bois franc. L'édifice Ubisoft, situé sur le boulevard Saint-Laurent — mais qui n'appartient pas à Allied — en est un exemple parfait.

À Toronto, cette catégorie d'immeubles représente 14 millions de pieds carrés dans le centre-ville, selon Allied. À Montréal, il y en aurait pour 17 millions. M. Emory reluque notamment l'est de la ville, de même que le Vieux-Montréal et le Mile-End.