«Le fils»: Quand aimer ne suffit plus

Vincent-Guillaume Otis 
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Vincent-Guillaume Otis 

Après six ans loin des planches, Vincent-Guillaume Otis retourne au théâtre par la grande porte. Le comédien reprend le collier avec la pièce Le fils, du dramaturge français Florian Zeller, dans laquelle il incarne un père qui tente d’empêcher son fils adolescent de plonger dans l’abîme.

À 43 ans seulement, Florian Zeller a réussi l’exploit d’être consacré à la fois dans l’Hexagone et dans le monde anglophone pour son triptyque familial, qui comprend aussi Le père et La mère.

Souvent présenté comme le dramaturge français contemporain le plus joué à l’international, celui qui est aussi écrivain et scénariste s’est fait connaître à plus grande échelle grâce au film The Father. Ce drame bouleversant sur les ravages de la sénilité lui a valu en 2021 l’Oscar du meilleur scénario adapté. L’interprète principal, Anthony Hopkins, a remporté au passage le prix du meilleur acteur.

Le fils a également atterri au grand écran cette année dans une adaptation mettant en vedette Hugh Jackman et Laura Dern. Le film a récemment été présenté à la Mostra de Venise ainsi qu’au TIFF, à Toronto. Il prendra l’affiche chez nous en novembre. Dans les deux cas, des scénarios intimistes, voire étouffants, et minimalistes sur la complexité des relations familiales.

Loin des tapis rouges, c’est au Rideau vert que le metteur en scène René Richard Cyr a choisi d’adapter la pièce créée en 2018 à Paris.

« Dès que René Richard m’a soumis le texte, j’ai été touché par cette écriture extrêmement fluide, raconte Vincent-Guillaume Otis, rencontré alors que s’amorçaient les répétitions en salle. C’est une pièce moderne dans sa forme, mais aussi extrêmement tragique dans son contenu. C’est comme si on avait accès à une tragédie moderne. »

Cette tragédie, c’est celle de Nicolas (Émile Ouellette), un adolescent autrefois heureux qui sombre dans un mal-être presque insondable.

Le rapport d’intimité et d’autorité entre un parent et son enfant vient souvent brouiller les cartes. On n’est pas nécessairementla meilleure personne pour régler les problèmes de son enfant.

 

L’action s’amorce quand sa mère, Anne (Sylvie De Morais-Nogueira), vient annoncer à son ex-conjoint, Pierre (Vincent-Guillaume Otis), que leur enfant n’a pas fréquenté l’école depuis trois mois. Un choc pour Pierre, avocat carriériste qui s’est éloigné de son fils depuis son divorce.

Cette commotion sera surpassée par une secousse encore plus grande : Nicolas veut vivre avec lui, sa nouvelle conjointe Sofia (Stéphanie Arav) et leur bébé de quelques mois. Impuissants à aider leur fils malgré tous leurs efforts, Pierre et Anne voient lentement s’éloigner l’enfant qu’ils croyaient connaître.

Si le parcours de ses trois enfants est (heureusement) loin de ressembler à celui de Nicolas, Vincent-Guillaume Otis trouve tout de même dans l’intrigue du Fils des thèmes universels qui animent tous parents, particulièrement ceux de sa génération, la même que Zeller.

« Les gens de mon âge ont souvent été élevés par un père baby-boomer qui n’avait pas d’autre modèle parental que celui du pourvoyeur et qui a dû inventer son propre rôle. Le personnage de Pierre est partagé entre cette éducation paternelle qui lui dit : “soit efficace, agis, botte-toi le derrière”, et les préoccupations d’une époque où on parle beaucoup de la psychologie de l’enfant, de la sensibilité, de l’écoute. »

Le fils pose aussi une question troublante : malgré toute l’affection qu’ils leur portent, les parents sont-ils toujours les mieux placés pour aider leurs enfants ? Comme le dit un médecin qui tente d’aider Nicolas, dans certains cas, l’amour ne suffit pas.

« Le rapport d’intimité et d’autorité entre un parent et son enfant vient souvent brouiller les cartes. On n’est pas nécessairement la meilleure personne pour régler les problèmes de son enfant », estime le comédien.

Retour sur les planches

 

Vincent-Guillaume Otis désirait une « pièce intense proche d’un huis clos » pour son retour au théâtre en tant que comédien (il a mis en scène Des souris et des hommes chez Duceppe en 2018), après six ans à incarner le sergent-détective Patrick Bissonnette au sein de la locomotive District 31.

Il lui aura donc fallu peu de temps pour accepter la proposition de RenéRichard Cyr, qu’il qualifie de metteur en scène « aimant, brillant et intelligent ».

Il s’agit d’une cinquième collaboration théâtrale entre les deux hommes. La première remonte à 2005, lorsque Cyr avait monté La chanson de l’éléphant au théâtre d’Aujourd’hui. Fraîchement sorti de l’École nationale de théâtre du Canada, Vincent-Guillaume Otis s’était retrouvé à un jeune âge dans un grand rôle sur une scène prestigieuse, un peu comme son acolyte dans Le fils, Émile Ouellette. À l’époque, il avait trouvé dans son partenaire de jeu, Jean-François Pichette, un mentor.

« Je me souviens de sa présence rassurante, sans être paternaliste. Il avait l’âge que j’ai aujourd’hui, mais était toujours en recherche. J’essaie de reproduire cette relation avec Émile. Mais Émile connaît le métier, davantage que moi à son âge. Il a l’instinct et l’assurance nécessaires. C’est une très belle complicité qui est née entre nous. »

Ce plaisir de travailler au sein d’une troupe fait justement partie des raisons qui ont ramené l’interprète de Babine au théâtre. On devine aussi qu’il souhaitait un rythme de travail différent de celui de la télévision ou du cinéma, qui l’ont occupé abondamment lors des dernières années.

« Avec une quotidienne comme District 31, j’ai touché à l’extrême. C’est comme un Ironman. Je suis extrêmement heureux d’avoir fait District, mais j’avais besoin de me retrouver et d’arrêter d’être tout le temps dans l’efficacité et la performance absolue. »

Malgré un CV bien rempli, l’idée de remonter sur scène est encore étourdissante pour celui qui compte plus de 20 ans de métier.

« C’est vertigineux, faire du théâtre. C’est un acte de foi, d’émotion. C’est l’art de l’acteur, davantage que le cinéma ou la télé. Même si je l’ai fait avant, c’est comme sauter dans le vide. Mais c’est pour ça que je voulais revenir au théâtre avant toute chose, pour retrouver cet état d’incertitude, de déséquilibre, de fragilité. Parce que c’est là qu’on crée le mieux. »

Le fils

Texte : Florian Zeller. Mise en scène et adaptation : René Richard Cyr. Avec Stéphanie Arav, Sylvie De Morais-Nogueira, Charles-Aubey Houde, Vincent-Guillaume Otis, Émile Ouellette, Frédéric Paquet. Au théâtre du Rideau vert, du 27 septembre au 29 octobre.

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