Mario Jean, auteur de théâtre

Mario Jean
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Mario Jean

On le connaît comme humoriste, animateur et comédien à l’écran, mais cet été, Mario Jean voit deux pièces (merci aux reports covidiens) signées de son nom prendre l’affiche sur scène. Il avait vécu sa première expérience théâtrale en jouant Je vous écoute, en 2018, texte français qu’il avait lui-même adapté. Car entre deux spectacles solos, l’artiste polyvalent s’est demandé : « Qu’est-ce que je n’ai pas encore fait ? Je n’ai jamais fait de théâtre, vraiment. J’avais eu des offres, mais ça n’avait pas adonné. C’est quelque chose que j’ai toujours voulu essayer. J’ai même fait un certificat en théâtre, à l’Université du Québec à Chicoutimi, il y a bien longtemps. » Il aime cet art et fréquente les théâtres assez régulièrement.

Mario Jean ajoute que le changement qui s’est opéré au théâtre estival depuis un certain temps — sa palette s’est élargie au-delà de la pantalonnade — lui plaisait. « Les gens veulent être divertis, mais ils veulent être touchés aussi. Et réfléchir [au moins un peu]. » L’écriture théâtrale lui offre donc l’occasion de raconter une histoire « qui se tient » et qui repose sur des thématiques, ainsi que d’explorer diverses émotions. « Oui, je veux faire rire, il y a des gags, mais j’ai une grande possibilité d’aller dans d’autres sentiments. On peut le faire aussi en humour ! Mais le public s’attend à rire toutes les 30 secondes. Tandis qu’au théâtre, le terrain de jeu est plus ouvert. »

Créée au théâtre La Marjolaine, Kilimandjaro lui a été inspirée par son ascension du sommet en question — au profit de la Fondation Mira, en 2011 — et par les anecdotes qu’il a échangées avec un autre grimpeur, le directeur du théâtre d’Eastman, Marc-André Coallier, durant la tournée de Je vous écoute. La pièce suit six personnages durant l’éprouvante montée du Kilimandjaro, qui doivent aussi affronter leur propre « montagne », amenés à cheminer face à des défis personnels. Mario Jean en signe aussi la mise en scène, sa première. « J’ai adoré ça. Et j’étais content parce que les comédiens m’ont fait confiance, au départ. »

Avant le déclin

 

Le grand virage, sa deuxième pièce, voit le jour au théâtre Hector-Charland. « Elle est peut-être un peu plus personnelle, celle-là, lance l’auteur. Avec l’âge, j’ai un peu plus de réflexion sur la vie. Et je suis tombé sur un article qui disait qu’à 75 ans, tes forces et ta vitalité sont en régression irréversible. Finances, facultés cognitives : tout descend. Je me suis dit : il me reste une quinzaine d’années, alors qu’est-ce que je fais ? J’ai des rêves, est-ce que je les vis ? »

Jean a donc imaginé un couple à l’aube de la retraite qui décide de se séparer afin que chacun puisse aller réaliser ses propres rêves de son côté. Une nouvelle que les parents doivent désormais annoncer à leurs rejetons adultes. « Ils ont la fausse bonne idée du bilan : on va vous dire qui on est et qui on a été. Ce n’est pas toujours bon de dire tout ce qu’on a vécu. Et ça vire : on se rend compte que ce sont les enfants qui ont des problèmes. Alors le couple reprend son rôle de parents pour les régler. » En fin de compte, la pièce nous rappelle qu’avec la vie, on ne peut pas planifier. « Pour moi, avec les années, la seule morale qui vaut, c’est qu’il faut vivre au jour le jour. Le moment présent, ça m’énarve, ça fait Deux filles le matin en maudit, mais c’est ça pareil ! » (rires)

Si Mario Jean y partage la scène avec Diane Lavallée (« un privilège » dit-il, en vantant la comédienne), les interprètes de la jeune génération (Jean-Carl Boucher et Mylène St-Sauveur), préfilmés, apparaissent de façon virtuelle. Bien dans l’air du temps, que cette communication par Zoom avec les personnages trentenaires, qui « n’ont pas le temps de venir ». « Le public les voit, mais nous, on interagit avec des ordinateurs, explique l’acteur. Il y a de grands bouts où il faut jouer avec eux directement. Donc il faut vraiment être synchronisés avec eux, arriver au bon moment pour leurs répliques. C’est un bon défi. Mais ça va bien. Et quand ça marche, c’est incroyable, c’est crédible. Il y a même beaucoup de gens qui pensent que [les comédiens] sont en coulisses avec des caméras et qu’ils jouent avec nous. »

Est-ce que cette incursion théâtrale va changer un peu la façon dont Mario Jean écrit son humour ? Il croit que oui. « Toute ma carrière, ça a été ça : chaque projet enrichit l’autre, ils s’enrichissent mutuellement. » Lorsque l’interprète de personnages dans Léo et District 31 joue à la télé, certains, étonnés par sa performance, lui demandent s’il a été formé dans une école de théâtre. Il répond que non, mais que dans son récent spectacle, il a livré des gags, mais aussi des émotions, durant 460 représentations… « C’est clair que ça va influencer [mon humour]. Comment, je ne le sais pas encore. J’ai hâte d’écrire la prochaine pièce. » Quelques idées lui trottent déjà dans la tête.

Le grand virage / Kilimandjaro

​Texte : Mario Jean. Mise en scène : Pierre-François Legendre. Par Monarque Productions et le Théâtre Hector-Charland. Jusqu’au 30 juillet, à L’Assomption.

Texte et mise en scène : Mario Jean. Jusqu’au 20 août, au théâtre La Marjolaine, à Eastman.

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