Jésus, ce superhéros

Pour le metteur en scène Philippe Boutin, l’idée n’a jamais été de parler de religion, mais bien de l’influence de celle-ci, véhiculée encore aujourd’hui dans notre quotidien.
Valérian Mazataud Le Devoir Pour le metteur en scène Philippe Boutin, l’idée n’a jamais été de parler de religion, mais bien de l’influence de celle-ci, véhiculée encore aujourd’hui dans notre quotidien.

Aimer ses ennemis, est-ce vraiment réaliste et possible ? Cette ligne de conduite fait-elle de Jésus une figure héroïque ? Inspiré par ce personnage biblique incontournable, Philippe Boutin s’interroge sur les messages véhiculés et l’influence culturelle constante de celui-ci dans nos cultures. Dans un enchaînement de tableaux loufoques, entre le tragique et le comique, The Rise of The BlingBling. La Genèse sera présenté à l’Usine C à partir du 17 mai.

« C’est un projet dont je rêve depuis très longtemps. Jésus a toujours été un personnage inspirant et révoltant. Je le voyais comme un superhéros quand j’étais jeune », se souvient Philippe Boutin. À l’origine de sa toute nouvelle création, il s’est certes inspiré de Jésus, mais aussi du fameux verset « Mais moi, je vous dis : aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent » (Matthieu 5,44). « Pour moi, c’est l’aspect le plus dérangeant, révoltant. Le jour où on s’attaque à ta famille, c’est difficile de faire ça », poursuit-il.

De plus, Philippe Boutin a aussi voulu parler de courage. « Vouloir être un superhéros, ce n’est pas si simple. Ça implique beaucoup de responsabilités. Tous les personnages de non-violence comme Jésus, Martin Luther King ou Gandhi m’ont toujours beaucoup ému, mais je comprends aussi pourquoi on pourrait tout brûler. On est patients, quand même », pense-t-il.

Pour The Rise of the BlingBling. La Genèse, il s’est entouré de Joséphine Rivard à la dramaturgie. « Parler de Jésus m’a fait boguer au début. Tu t’attaques à une institution ancrée depuis la nuit des temps, c’est impressionnant. On a beaucoup d’attentes quand on s’attaque à une si grande thématique, déjà très structurée et avec des codes forts. Mais on avait tout de même la latitude de se l’approprier, notamment on s’en distançant », affirme-t-elle.

Vouloir être un superhéros, ce n’est pas si simple. Ça implique beaucoup de responsabilités. Tous les personnages de non-violence comme Jésus, Martin Luther King ou Gandhi m’ont toujours beaucoup ému, mais je comprends aussi pourquoi on pourrait tout brûler. On est patients, quand même.

 

En effet, pour Philippe Boutin, l’idée n’a jamais été de parler de religion, mais bien de l’influence de celle-ci, véhiculée encore aujourd’hui dans notre quotidien. « Jésus a une influence énorme. On peut en parler à travers Harry Potter ou Star Wars », explique-t-il. Et Mme Rivard d’ajouter : « On est dans de la culture et une esthétique pop, avec beaucoup de références. On a vraiment fouillé les valeurs de ce genre de personnage, de superhéros. »

« Parler aux instincts du spectateur »

Comme dans ses autres créations — on lui doit Détruire, nous allons (2013), projet à grand déploiement où un terrain de football faisait office de scène de théâtre, ainsi que Le vin herbé (2016), un opéra-théâtre grandiloquent avec 70 artistes —, Philippe Boutin s’est entouré d’artistes issus de diverses pratiques, des danseurs, comédiens et un circassien. « Ce n’est pas un choix, mais plutôt ma façon de voir les choses. J’aime le mouvement et j’aime créer avec une équipe, de façon épique. Quand tu tripes là-dessus, c’est dur de changer », explique celui qui a dansé et longtemps collaboré avec le chorégraphe Dave St-Pierre.

Le corps est pour un lui un véhicule important dans ses créations. « J’enlève les mots le plus possible. Je veux parler aux corps, aux instincts du spectateur. Le cerveau, je veux l’activer après, comprendre ce qu’il vient de vivre », continue le créateur. Pour Mme Rivard, le mouvement permet d’exprimer davantage, de s’approcher des émotions et des valeurs que l’œuvre théâtrale souhaite véhiculer. « Phillipe est un auteur, il y a du texte, mais le mouvement permet d’aller plus loin. C’est un langage qui nous permet de lire à notre façon aussi », ajoute la dramaturge.

Enfin, les deux artistes s’accordent pour reconnaître un caractère poétique à la gestuelle dansée. « Comment rendre l’acte de violence poétique par exemple, le mettre en images. Des fois, l’image compte plus que le texte », raconte M. Boutin. Pour ce faire, il a décidé de travailler avec Elon Höglund, danseur, chorégraphe et cofondateur de la compagnie Tentacle tribe et formé en arts martiaux. « Je voulais un chorégraphe pour placer des scènes de combat. Il y a quelque chose de très cohérent dans le langage du combat et de la danse, donc Elon est super pertinent », affirme M. Boutin.

Embrasser le divertissement

 

« On suit l’évolution d’un personnage en majorité, dans cette première partie qui établit des faits, une narration. Les tableaux s’enchaînent, sont drôles, dramatiques, il y a de la musique, du mouvement, c’est poétique aussi. Ça en jette plein la gueule ! » détaille Joséphine Rivard. En effet, The Rise of the BlingBling, La Genèse se veut une première pièce d’un diptyque.

Avec les 14 interprètes sur scène, Philippe Boutin vise à créer du ludique tout en faisant réagir. « J’aimerais que ce soit du fucking divertissement. Moi, il ne me dérange pas ce mot. C’est dans notre pratique. On veut que les gens passent un bon moment, pas proposer quelque chose d’hermétique, de niché. Le but c’est qu’ils ne soient pas indifférents, résume-t-il. La pièce fait passer du rire aux larmes ou à la réflexion ou à la provocation, peu importe, tant qu’il se passe quelque chose ! »

The Rise of the BlingBling. La Genèse

De Philippe Boutin. Chorégraphie d’Elon Höglund. À l’Usine C, du 17 au 21 mai.

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