Faire tomber les masques de l’idéal masculin

«Je pense que la masculinité moderne, c’est être capable d’avoir une réflexion sur sa propre masculinité, pouvoir remettre en question des trucs qui nous sont passés de génération en génération», explique l’auteur d’«Hégémonie».
Photo: Pascale Méthot «Je pense que la masculinité moderne, c’est être capable d’avoir une réflexion sur sa propre masculinité, pouvoir remettre en question des trucs qui nous sont passés de génération en génération», explique l’auteur d’«Hégémonie».

Ils sont jeunes, prêts à conquérir le monde qui s’offre à eux, mais les écueils et la lourdeur de la performance, tant valorisée dans notre société du paraître, tend à freiner le plus courageux des combattants. Dans Hégémonie, toute nouvelle pièce présentée pendant la Rencontre théâtre ados, Maxime Mompérousse sonde cette masculinité moderne.

C’est à la suite du suicide d’un ami que l’auteur et metteur en scène décide de fouiller les raisons, les conditions particulières qui ont mené à ce geste. Il découvre que les hommes sont plus enclins à passer à l’acte que les femmes, alors rapidement, il entreprend d’organiser des rencontres avec des amis et amies et des inconnus afin d’aborder la notion de bien-être chez ses acolytes. Qu’est-ce qu’ils trouvent difficile dans le fait d’être un homme ? « Et ce sont les réponses qui m’ont inspiré la pièce […] Ces hommes avaient l’impression de ne pas être capables d’être l’homme qu’on attend, que la société, que leur famille, que leur blonde, que leur chum attendent d’eux […] Je pouvais pressentir que c’était une source de souffrance. Tu sais, une souffrance sourde, pas vive, mais qui reste un peu tout le temps là », explique Maxime Mompérousse dans une entrevue accordée au Devoir tout juste avant la première de la pièce, lundi.

Ces hommes avaient l’impression de ne pas être capables d’être l’homme qu’on attend, que la société, que leur famille, que leur blonde, que leur chum attendent d’eux

 

Et qu’est-ce qu’on attend d’un homme en 2022 ? Toute cette notion de masculinité a ainsi été explorée par l’auteur, qui a voulu sonder le concept chez les jeunes. Parmi les réponses recueillies, la notion de l’homme idéal revenait dans toutes les générations. Pour les jeunes, enfants et adolescents, le rôle protecteur, l’homme fort servait de référence à leur idéal, alors que pour les plus âgés, l’idée d’être en santé — et, pour certains, fertile — définissait cette notion. « Un homme ne peut pas être vulnérable. C’est ce que j’entendais. Je pense que la masculinité moderne, c’est être capable d’avoir une réflexion sur sa propre masculinité, pouvoir remettre en question des trucs qui nous sont passés de génération en génération […] je pense que c’est important de faire ce check-up chacun de son côté », explique Mompérousse.

Être à l’écoute

Sur scène, cinq adolescents se racontent, exposant, chacun à leur façon, un aspect entourant cette notion de masculinité. Maladie, deuil, peine d’amitié, échec scolaire : différents thèmes viennent mettre en lumière la difficulté pour eux d’exprimer l’essence de ce qu’ils sont, de faire tomber les masques. Une réflexion qui passe à travers la parole des garçons, mais qui cadre tout autant avec celle des adolescentes, souligne Mompérousse. Parce qu’il y a, dit-il, « une pression à devenir rapidement des adultes. Je parle de l’anxiété de performance dans la pièce qui touche les adolescents et les adolescentes. Ils ont vraiment le feeling qu’on leur demande de grandir assez rapidement ». On leur demande de devenir des adultes sans parvenir à leur donner tout ce qu’il faut pour réussir.

« J’aborde ici la masculinité, mais on comprend qu’on a les mêmes défis avec la féminité, cette espèce de pression d’être une femme idéale, de savoir comment on trouve sa propre personnalité à travers tout ça. Pour avoir fait le test devant les classes, je pense que les jeunes filles se font quand même cette réflexion à travers ce qu’elles voient. On n’a pas beaucoup d’écho de la manière dont les jeunes hommes vivent avec leur masculinité. On ne les encourage pas à en parler et à partager […] On ouvre la porte aux ados pour qu’ils soient ce qu’ils veulent être, mais est-ce qu’on leur donne les outils pour qu’ils soient capables de faire des choix ? Ce sont les outils qui manquent, selon moi. »

Ainsi, dans une volonté de susciter la discussion, Mompérousse assure qu’Hégémonie saura faire réfléchir sur cet idéal masculin, sur la performance, sur l’anxiété entourant ce prétendu modèle à atteindre. « On a fait beaucoup de lectures de la pièce dans les classes. Je ressens cette question-là chez les élèves. Ils sont conscients de plein d’affaires […], mais j’ai l’impression qu’il y a une anxiété autour de leur rôle… Comment on aborde la séduction, la cruise ? Il y a tout ça à réinventer, et c’est ce qui est intéressant […]. » Dans cette période après #MeToo, l’obligation d’être conscient, de tendre l’oreille à la femme participe de la réflexion. « La pièce envoie aussi cette piste-là. Elle offre un effet de huis clos parce que les gars sont dans une espèce de petite bulle, alors qu’on entend les personnages féminins sans jamais les voir sur scène. On a l’impression que les jeunes sont seuls dans ce qu’ils vivent. Je pense qu’une des pistes de solution que je tends dans Hégémonie, c’est d’écouter, être à l’écoute », conclut avec douceur et espoir Mompérousse.

La pièce est présentée jusqu’au 1er avril dans le cadre du festival Rencontre théâtre ados.

Besoin d’aide ? N’hésitez pas à appeler la Ligne québécoise de prévention du suicide, au 1 866 APPELLE. (1 866 277-3553).

 

Pour obtenir de l’aide concernant votre santé mentale ou celle d’un proche, n’hésitez pas à contacter le service Info-Social 811.


Hégémonie

Texte et mise en scène : Maxime Mompérousse

Interprétation : Camille Blouin-Picard, Harou Davtyan, Émanuel Frappier, Vincent Kim, Maxim St-Amant, Fabrice Yvanoff Sénat

Une production de Trembler Davantage

Présenté à la Maison des arts de Laval les 29 et 30 mars et le 1er avril.



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