«Ce qu’on respire sur Tatouine» une ludique adaptation

Une scène de la pièce «Ce qu’on respire sur Tatouine»
Photo: Stéphane Bourgeois Une scène de la pièce «Ce qu’on respire sur Tatouine»

Avec Ce qu’on respire sur Tatouine, le poète Jean-Christophe Réhel avait remporté le Prix littéraire des collégiens en 2019. Atteint de fibrose kystique, vivant chichement dans une chambre à Repentigny, le narrateur y décrit, directement, mais sans autoapitoiement, sa petite vie.

Entre les jobines, l’écriture occasionnelle de poèmes et les problèmes de santé, cet adulescent de 31 ans, grand fan de Star Wars — auquel fait écho le titre —, parvient à transcender les vicissitudes de son quotidien par son regard.

Une voix que nous n’avons pas tout à fait reconnue, disons-le d’emblée, dans cette adaptation d’Olivier Arteau, créée au Théâtre du Trident, à Québec, l’automne dernier. Plus qu’une tension entre pathétisme et autodérision chez ce protagoniste « heureux, mais tout le temps triste », la transposition scénique semble privilégier l’humour et un ton généralement guilleret.

Les extraits choisis par Arteau dans le roman paraissent parfois relever de l’anecdotique, comme ces épisodes certes théâtraux, mais loufoques, mésaventures où le protagoniste doit revêtir un costume ridicule de lutin ou un habit trop petit pour lui. Le récit manque un peu de gravité, donc. En dépit de certains tableaux plus poétiques.

Singulière planète

 

Mais sur le plan théâtral, le spectacle exerce une attraction indéniable par son ludisme. Ce narrateur qui convoque un imaginaire plutôt juvénile, émaillé de références cinématographiques, semble lui-même sur sa propre planète.

Une image parlante des restrictions qui limitent sa vie : campé dans un espace à l’allure de carré de sable (une scénographie d’Élène Pearson), telle la Winnie du Oh les beaux jours de Beckett, il pêche dans cette matière qui l’entoure les divers accessoires dont il a besoin pour raconter son histoire. Ce qu’on respire sur Tatouine fait vivre tout un univers en direct sur la petite scène de La Licorne, notamment grâce à l’environnement sonore et au bruitage.

Sons et atmosphères, dont certains aux accents spatiaux, sont générés à l’aide de divers instruments ou objets. Un accompagnement évocateur créé par le musicien Olivier Forest, ainsi que, parfois, par la comédienne Stéfanelle Auger, qui incarne aussi avec grande polyvalence tous les personnages secondaires, incluant la sœur et la collègue dont le narrateur est entiché.

Celui-ci se révèle un antihéros sympathique. Marc-Antoine Marceau en fait un personnage solaire, énergique plutôt qu’indolent, qui affronte les difficultés avec un sourire à toute épreuve. En dépit des réserves sur l’adaptation, on l’accompagne volontiers sur sa planète.

 

Ce qu’on respire sur Tatouine

Texte : Jean-Christophe Réhel. Mise en scène et montage : Olivier Arteau. Production : Théâtre du Trident avec La Manufacture. À La Petite Licorne, jusqu’au 8 avril.

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