Relance et reconstruction du théâtre jeunesse

Gabrielle Tremblay-Baillargeon
Collaboration spéciale
La pièce Pomelo, qui sera présentée sur les planches de la Maison Théâtre du 20 avril au 1er mai prochain
Photo: Jean-Michael Seminaro La pièce Pomelo, qui sera présentée sur les planches de la Maison Théâtre du 20 avril au 1er mai prochain

Ce texte fait partie du cahier spécial Théâtre

Juste avant que la pandémie ne frappe, le gouvernement avait adopté une mesure de soutien à la sortie culturelle en milieu scolaire. Attendue depuis près de trente ans par certains, cette aide financière permet aux écoles de bénéficier de deux sorties dans des organismes culturels par année, incluant le transport et les ateliers pré ou post-activité, et ce, dans l’ensemble du Québec.

« Pour la très grande majorité des salles de spectacle partout au Québec, 2020, c’était leur meilleure année en termes de sorties scolaires », indique Sophie Labelle, directrice artistique de la Maison Théâtre, diffuseur de théâtre jeunes publics depuis près de quarante ans.

De l’école au théâtre, le chemin est sinueux

Mais pour les diffuseurs comme pour les producteurs voués aux jeunes, qui comptent bon an, mal an près de 70 % de public scolaire, les mesures sanitaires mises en place durant la pandémie ont frappé fort. Alors que la vie normale reprend son cours, peut-on s’attendre à un retour massif des jeunes publics en salle ?

« Les écoles ont repris le chemin vers le milieu culturel avec énormément d’appréhension, mais aussi avec un retard accumulé au plan pédagogique qui fait qu’il y a un intérêt pour la sortie culturelle mais qu’elle passe au second plan », concède Pierre Tremblay, directeur général de Théâtres unis enfance jeunesse (TUEJ), une association québécoise de producteurs de théâtre jeunes publics.

70 %

C’était le pourcentage des sièges occupés par des écoliers dans les salles présentant des pièces pour un jeune public avant la pandémie.

Tout ça, c’est sans parler de la difficulté de l’accès au transport par autobus faute de personnel, un enjeu de second plan qui n’en est pas réellement un.

Sophie Labelle mentionne également l’exode des familles hors de la métropole, qui comptent pour 30 % du chiffre d’affaires de la billetterie de la Maison Théâtre. Pourtant, pour le milieu, il ne faut pas occulter les possibles bienfaits socioémotionnels de la présence en salle. « C’est clair que la sortie culturelle et tout ce qu’elle englobe peut être une réponse aux enjeux qui touchent les jeunes en ce moment. Ça place les enfants et les ados dans un espace où ils sont connectés à leurs émotions, à leur imaginaire, et tout ça peut faire partie d’un processus d’évolution ou de guérison », poursuit-t-elle.

Nourrir les artistes

 

Retour au printemps 2020. Alors que les salles ferment leurs portes, certaines compagnies bénéficient de soutien financier de la part des gouvernements (aide ponctuelle à la création, compensation financière pour les diffuseurs, prestation canadienne d’urgence [PCU], etc.), d’autres, plus jeunes et moins soutenues, rament.

« Peu importe qu’on joue ou qu’on ne joue pas, on souhaitait que tout le monde soit payé. On devait s’assurer que tous les maillons de la chaîne avaient ce qu’il fallait pour passer au travers de la crise », souligne Sophie Labelle. Bien sûr, bon nombre de spectacles ont dû être reportés, entraînant un engorgement de production chez les diffuseurs, qui doivent compenser les reports et les fermetures des derniers mois en limitant leur capacité d’accueil de nouvelles créations.

Les initiatives numériques, elles, se sont multipliées, certaines connaissant beaucoup de succès, d’autres moins — ne numérise pas les arts vivants qui veut. De 2020 à 2021, près de 300 ateliers ont été donnés par la Maison Théâtre. Mais maintenant, ce que souhaite le milieu, c’est le retour en salle… et le contact avec le public.

« Ceux qui ont le plus souffert, ce sont les interprètes et les concepteurs techniques », note Pierre Tremblay. « C’est une communauté qui a été très éprouvée et qui va avoir de la difficulté à s’en sortir », poursuit-il, indiquant que plusieurs artistes ont, en deux ans, quitté la profession faute d’employabilité.

Même son de cloche du côté de Sophie Labelle. « Tout ce qui a été mis en évidence, c’est la fragilité des artistes. Il faut s’assurer que les gens, qui sont le cœur et l’âme de tout ce qu’on fait, peuvent vivre, et pas juste survivre », note-t-elle.

Aussi résilient soit-il, le milieu est fatigué, et il reste encore beaucoup de chemin à parcourir avant de pouvoir baisser la garde. Heureusement, l’optimisme et l’imagination sont au rendez-vous chez ceux qui montent la garde.

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