Chroniques d’un déconfinement théâtral

Rose Carine Henriquez
Collaboration spéciale
Avec les fermetures à répétition depuis le début de la pandémie, les autorités ont insinué qu’il y avait un danger à aller au théâtre.
Photo: Denise Jans/Unsplash Avec les fermetures à répétition depuis le début de la pandémie, les autorités ont insinué qu’il y avait un danger à aller au théâtre.

Ce texte fait partie du cahier spécial Théâtre

Comme c’est le cas actuellement dans plusieurs secteurs socio-économiques, le milieu théâtral québécois n’échappe pas à la pénurie de main-d’œuvre. On fait face à des réorientations de carrière que ce soit du côté des artistes ou des travailleurs culturels selon la coprésidente du Conseil québécois du théâtre (CQT) Laurence Régnier, qui estime que cet état des choses est une conséquence d’une perte de sens à l’égard du métier.

« C’est une dévotion et une passion immense, mais il faut retrouver la raison pour laquelle on fait ça, affirme-t-elle. Beaucoup de joueurs sont partis, et j’ai peur qu’on ait perdu une certaine strate de nos nouvelles voix artistiques qui ont décidé de quitter le bateau par découragement. »

Elle craint aussi que cette relève ressorte perdante dans le calendrier des nouveaux projets, continuellement bousculé par les annulations et les reports de spectacle. « On sent une congestion sur le plan de la diffusion pour les nouveaux projets et surtout, pour les compagnies de la relève émergentes qui vont peut-être avoir moins de place, car elles peuvent représenter plus de risques », avance Laurence Régnier.

Sensible à cette réalité, la Table de concertation de la relève du CQT, active dès le début de la pandémie, a pour objectif de faire la lumière sur les enjeux précis pour cette catégorie d’artistes. « On aimerait voir comment on peut reconnecter les ponts et leur apporter un soutien concret, car on a besoin d’eux dans notre société, déclare Laurence Régnier. Ces jeunes artistes ont beaucoup de pistes de solution et de réflexions à nous apporter. Il y a clairement un mouvement, on n’est pas inactif par rapport à ça, mais on sait que ça peut prendre du temps. »

Rassurer le public

 

Depuis le 28 février dernier, les salles de spectacle reçoivent leur public au maximum de leur capacité. La question est de savoir si celui-ci est au rendez-vous. « Certains lieux de diffusion n’ont aucun problème et leurs salles sont pleines en ce moment, souligne la coprésidente du CQT Rachel Morse. Mais il y en a plusieurs qui peinent à remplir leur salle, car avec les fermetures à répétition, on a insinué qu’il y avait un danger à aller au théâtre. »

Pour Rachel Morse, qui est à la fois artiste et assistante à la direction artistique et générale du Théâtre Aux Écuries, il faut continuer à investir les différents canaux de communication mis en place durant la pandémie. « Il faut faire passer le message que c’est sécuritaire, même si l’espace est un peu saturé en ce moment, admet-elle. C’est sûr qu’on ne peut pas prétendre être la chose la plus importante sur la liste, mais je pense que ce lien est encore possible. » Selon elle, il faut également continuer à miser sur l’éducation à la culture, notamment par les représentations scolaires et la médiation culturelle.

Quelque part, l’espoir

Lors de son dernier passage au théâtre pour aller voir la pièce Sappho, création du Théâtre de l’Affamée au Quat’Sous, Laurence Régnier se souvient de ce bien-être ressenti qui explique pour elle l’importance de la discipline. « Les gens étaient heureux d’être là, l’énergie était extrêmement galvanisante et très différente de celle avant la pandémie, raconte-t-elle. J’ai l’impression qu’on a besoin de ce contact, de cet échange entre êtres humains, de cette connexion de cœur à cœur. »

Toutefois, cette reprise ne peut pas se faire à n’importe quel prix selon Rachel Morse, qui insiste sur la surcharge de travail qui ne fait que se décupler depuis les multiples fermetures et réouvertures. « Il faut aussi que les artistes et le milieu apprennent à prendre soin d’eux, car ce ne sont pas les autres qui vont le faire, insiste-t-elle. Il faut qu’on trouve une façon de prioriser les choses essentielles dans nos pratiques parce qu’on ne peut pas tout faire en ce moment. »

En attendant, les intervenantes appellent à retrouver ce moment de collectivité. « Il y a quelque chose qui guérit, qui apaise, qui ouvre, qui énergise, qui donne de l’espoir, illustre Laurence Régnier. Ça prend du courage après la pandémie avec l’anxiété, j’en suis conscience, mais j’ai envie de lancer un appel du cœur et de dire : plongeons, ce moment de collectivité est tellement puissant et riche. » 



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