«That moment – Le pays des cons»: quelques instants, sans plus

Luce Pelletier met en scène «That Moment – Le pays des cons».
Photo: Suzane O'Neill Luce Pelletier met en scène «That Moment – Le pays des cons».

Poursuivant le Cycle des territoires féminins de sa compagnie, le Théâtre de l’Opsis, Luce Pelletier met en scène, à la salle Fred-Barry du théâtre Denise-Pelletier, That Moment – Le pays des cons, un monologue de Nicoleta Esinencu, dramaturge moldave née en 1978, qui dépeint une société où prime la corruption et l’appât du gain. Après deux représentations en octobre 2020, le spectacle prend ces jours-ci son véritable envol.

Traduit du roumain de manière souvent inadéquate par Alexandra Lazarescou, truffé d’expressions anglaises totalement inutiles — certains oseront prétendre que cela reflète la fascination des personnages pour les États-Unis —, le texte aborde les divers et étonnants changements de la situation géopolitique de la Moldavie au fil des ans, les rapports du pays avec ses voisins, l’Ukraine et la Roumanie, mais également le mythe de l’Union européenne et les difficultés inhérentes au fait de « vivre ensemble » dans une société en crise. Bien que sous-tendu par une franche critique sociale, le monologue, que la metteuse en scène a choisi de répartir en cinq voix, présente peu d’originalité en ce qui concerne les idées énoncées ou en ce qui a trait à la forme adoptée.

Superbe écrin

 

D’abord, il y a le décor d’Olivier Landreville, beau et ingénieux : une grande toile qui recouvre le fond et le sol de la scène représente la façade d’un immeuble d’habitation est-européen. Derrière ce support légèrement distordu, on voit poindre un immense drapeau américain. Dans ce superbe écrin, le plus souvent assis sur une chaise, Christophe Baril, Sylvie De Morais-Nogueira, Caroline Lavigne, Daniel Parent et Laurianne St-Aubin décochent de courtes phrases qui relatent des souvenirs plus ou moins récents, des instants mémorables (les fameux moments), des anecdotes aigres-douces à propos d’un quotidien fait de racisme, d’inégalités sociales et d’abus de pouvoir.

Est-ce à cause du manque d’interaction entre les personnages, et par conséquent entre les comédiens ? De ces fragments de textes qui ne finissent jamais par former un véritable tout ? Du ton étrange qu’on adopte pour défendre les mots ? Quoi qu’il en soit, la représentation, d’une durée de 50 minutes, ne trouve jamais sa cohérence, son incarnation. Même les apports du chorégraphe Sylvain Émard, qui cherchent à donner plus d’humanité aux protagonistes, ne parviennent pas à soulever l’ensemble.

 

That Moment – Le pays des cons

Texte : Nicoleta Esinencu. Traduction : Alexandra Lazarescou. Une production du Théâtre de l’Opsis. À la salle Fred-Barry du théâtre Denise-Pelletier jusqu’au 12 mars.

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