«L’âge du consentement»: enfances saccagées

Devenue mère de famille monoparentale à 19 ans, Stéphanie raconte le trajet vers la célébrité de sa fille de 6 ans, qu’elle pousse à devenir actrice. La comédienne Isabeau Blanche joue avec une détermination éclatante ce personnage constamment en représentation, tout en laissant entrevoir quelques brèches dans cette façade solaire.
Vincent Morreale Devenue mère de famille monoparentale à 19 ans, Stéphanie raconte le trajet vers la célébrité de sa fille de 6 ans, qu’elle pousse à devenir actrice. La comédienne Isabeau Blanche joue avec une détermination éclatante ce personnage constamment en représentation, tout en laissant entrevoir quelques brèches dans cette façade solaire.

C’était un crime si choquant qu’il avait secoué au-delà des frontières de l’Angleterre. Je m’en souviens encore : en 1993, deux garçons de 10 ans avaient enlevé un bambin, qu’ils avaient torturé et tué. En donnant la parole à un personnage inspiré de ces enfants assassins, la pièce de l’Américain Peter Morris avait déclenché une controverse lors de sa création au Festival Fringe d’Édimbourg, en 2001.

Mais L’âge du consentement, présentée par une jeune compagnie dans la Salle intime du Prospero, n’est pas vraiment un examen de ce fait divers horrible. Se voulant, selon l’auteur, une réflexion sur le traitement réservé aux enfants dans la société contemporaine, la pièce entrecroise deux monologues qui, a priori, paraissent très différents. Devenue mère de famille monoparentale à 19 ans, Stéphanie raconte le trajet vers la célébrité de sa fille de 6 ans, qu’elle pousse, de façon inflexible et obsessive, à devenir actrice. Un récit qui suscite parfois le rire du public par son aveuglement — mais ultimement inquiétant par les dérives qu’il suggère. Isabeau Blanche joue avec une détermination éclatante ce personnage constamment en représentation, tout en laissant entrevoir quelques brèches dans cette façade solaire, les rares éclairs de doute qui la traversent.

Alors qu’elle est en pleine lumière, l’autre monologuiste, lui, émerge au contraire de l’obscurité sur scène. Timmy s’apprête à réintégrer les rangs des nobody, comme il les nomme, à quitter le centre de détention pour mineurs où il a passé toute son adolescence, manifestement peu outillé pour entrer dans la vie adulte. Le texte tisse des échos thématiques entre les narrations contrastées de ces deux jeunes adultes immatures. Et on comprend que Timmy est lui-même le produit d’une enfance à l’ombre d’un père absent et d’une mère négligente. Il parle au nom des voix qu’on n’entend pas, qui n’ont aucune importance dans le monde, dit-il, issues de familles pauvres comme la sienne.

La mise en scène de Philippe Gauthier exploite plutôt bien l’espace de la petite salle. Et sur scène, trois panneaux de miroir sont déployés de telle manière qu’ils réfléchissent une partie du public (une scénographie de Floriane Vachon), évoquant donc la question du regard qu’on pose sur les personnages, du jugement qu’on porte.

Dominik Dagenais joue vraiment le rapport frontal avec les spectateurs, auxquels Timmy s’adresse directement, comme une chance d’être enfin entendu. Le comédien livre une performance sentie dans la peau de ce jeune troublé et troublant, qui a commis un geste monstrueux, dont il ignore les motifs. Et parmi les sentiments contradictoires que le personnage suscite durant le spectacle, il y a, oui, une certaine empathie.

 

L’âge du consentement

Texte : Peter Morris. Traduction : Serge Mandeville. Mise en scène : Philippe Gauthier. Production : Théâtre de la pièce cassée. À la Salle intime du théâtre Prospero, jusqu’au 19 février.

À voir en vidéo