«Knock ou le Triomphe de la médecine»: pour une médecine juste

S’il s’inspire de l’adaptation filmique de la pièce de 1951 pour les costumes ou la scène d’ouverture, le metteur en scène emprunte également à l’imaginaire du cinéma expressionniste des années 1920.
Photo: Yves Renaud S’il s’inspire de l’adaptation filmique de la pièce de 1951 pour les costumes ou la scène d’ouverture, le metteur en scène emprunte également à l’imaginaire du cinéma expressionniste des années 1920.

C’est un mal silencieux et insidieux qui se propage à l’insu de ceux qui le portent. Une fêlure dans la bonne marche de la médecine. Ce mal ? Le surdiagnostic. Voilà, en somme, ce contre quoi nous prévient Jules Romains dans Knock ou le Triomphe de la médecine, par l’entremise de l’histoire de Knock, médecin patenté plus soucieux d’accroître son chiffre d’affaires que de véritablement guérir ses patients.

Sous ses airs bienveillants, Knock débarque à Saint-Maurice dans le but de reprendre la clientèle inexistante (lire, en santé) du docteur Parpalaid. Rapidement, il manipule, intrigue et sème le doute chez ses patients qui, progressivement, adhèrent à sa philosophie : « Toute personne bien portante est un malade qui s’ignore. »

On comprend aisément pourquoi les complices du Nouveau Théâtre expérimental, Alexis Martin et Daniel Brière (le premier est un habitué des planches du TNM, le second y signe sa première mise en scène), ont choisi la pièce de Romains. Le texte vise juste en montrant les dérives de la médecine moderne, qui trop souvent surdiagnostique et met les intérêts du médecin au-dessus de ceux du patient. Knock préfère le terme client et la différence est importante : c’est bien d’argent qu’il s’agit.

Rapidement, il tient un rythme effréné de 150 consultations et de 250 traitements par semaine, de quoi garder toute la commune sous sa férule — parce que la médecine est aussi affaire de gouverne, voire de religion.

Knock est un fantastique véhicule pour mettre en avant les talents comiques de la distribution de choix (Evelyne de la Chenelière, Marie-Thérèse Fortin, Pierre Lebeau, Didier Lucien et Sylvie Moreau accompagnent Alexis Martin). Chacun s’amuse follement avec le texte, mais aussi avec l’esthétique choisie par le metteur en scène.

Daniel Brière insiste sur l’aspect noir de la comédie de Jules Romains et crée une mise en scène qui foisonne de références (le cinéma, la peinture de Rembrandt). S’il s’inspire de l’adaptation filmique de la pièce de 1951 (avec Louis Jouvet dans le rôle-titre, qui avait créé le rôle au théâtre) pour les costumes ou la scène d’ouverture en voiture, le metteur en scène emprunte également à l’imaginaire du cinéma expressionniste des années 1920.

Ainsi, les déplacements maniérés des comédiens rappellent le jeu expressif du cinéma muet, appuyés par les éclairages de Lucie Bazzo, qui créent de nombreux clairs-obscurs, et la musique de John Rea, qui rappelle celle du cinéma d’horreur.

La référence à l’expressionnisme n’est pas fortuite : Knock est aussi le nom de l’assistant du comte Orlock, le vampire du Nosferatu de F. W. Murnau, dont Brière récupère l’esthétique à bon escient. Après tout, Knock fait-il autre chose que vampiriser toute une commune pour son propre profit, à l’image du célèbre fantôme de la nuit ?

Tout va donc rondement dans ce spectacle mené au quart de tour et qui prouve toute la pertinence de ce texte prémonitoire. Puis patatras, le Dr Vadeboncoeur entre en scène et dialogue avec Knock. Alors, dans une scène finale maladroite qui cherche en même temps à montrer l’actualité de la pièce (c’était déjà clair), à servir un plaidoyer pour une médecine plus sociale et humaine tout en montrant que celle-ci est avalée par la médecine moderne, tout s’écroule. La démonstration didactique laisse pantois et finit en queue de poisson, contrairement à la carrière de Knock, bien florissante.

Knock ou le Triomphe de la médecine

Texte : Jules Romains. Mise en scène : Daniel Brière. Au TNM jusqu’au 12 octobre 2019.