Dans la légende de Laurel et Hardy

Louis Champagne s’identifie un peu au cheminement graduel de Stan Laurel et Oliver Hardy.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Louis Champagne s’identifie un peu au cheminement graduel de Stan Laurel et Oliver Hardy.

Leur irrésistible dynamique a été immortalisée dans pas moins de 107 films, courts et longs métrages, muets ou parlants. Le légendaire tandem slapstick aux chapeaux melon renaît dans un spectacle créé au théâtre Hector-Charland, à L’Assomption, l’été dernier. Après une tournée québécoise, Laurel et Hardy s’arrête pour quelques représentations au TNM, dans le cadre du festival Juste pour rire.

Réunis par le producteur hollywoodien Hal Roach en 1926, le « gros » Oliver Hardy et le « petit » Stan Laurel ont formé le « premier vrai duo comique », rappelle Louis Champagne. « Ils ont créé les bases de ceux qu’on a connus après, avec Ti-Gus et Ti-Mousse, Moi et l’autre. Et ils ont inventé plein de choses, comme ce qu’on appelle le slow burn, cette [technique] de réaction décalée dans les gags. » Le spectacle recrée quelques-unes de leurs routines. « Au Québec, il y a eu une grande tradition de cet humour-là et je pense que les spectateurs retrouvent avec plaisir certains numéros qui sont vraiment du pur burlesque. Mais cet humour a vieilli et on l’a [adapté] pour qu’il soit regardable aujourd’hui. » Et dans le duo qu’il interprète avec André Robitaille, il n’y a pas de rôle assigné de straight man et de comique, plutôt une alternance, se réjouit-il.

Celui qui joue moins au théâtre depuis quelques années, vie familiale et rôles télé obligent, ne pouvait refuser une création portant sur ces géants de la comédie. L’acteur a été impressionné par la pièce écrite avec « beaucoup d’humour, d’humanité » par Patrice Dubois et Luc Michaud, retraçant le parcours professionnel, mais aussi la vie méconnue de Laurel et Hardy. Une trajectoire mouvementée. Devenus des « stars énormes, partout dans le monde », les deux hommes ont notamment connu une vie sentimentale tumultueuse. « Certaines scènes de leur vie sont plus rocambolesques que leurs numéros comiques. »

Ce « biopic théâtral » raconte aussi l’histoire d’une grande amitié, malgré quelques froids, entre l’Anglais Laurel, le cerveau créateur du duo, et l’Américain Hardy, « un bon vivant, un peu naïf ». Le récit se promène de scènes de drame personnel à « de la grosse comédie », et reconstitue les coulisses de tournages marqués par des « conflits énormes » avec le producteur. Champagne évoque le plaisir de refaire du cinéma avec les moyens de la scène. « Le décor est absolument extraordinaire. C’est très inventif, très théâtral. »

« Spectacle de troupe », la production met en vedette neuf interprètes, dont plusieurs incarnent moult personnages. « On chante, on danse. C’est un feu roulant. Je n’ai pas vu beaucoup de shows comme ça au Québec, c’est très ambitieux. »

Fascinante comédie

Au fil des représentations, l’équipe a pu retravailler beaucoup le spectacle. Jouer une comédie devant le public produit un effet de révélateur souvent étonnant, explique Louis Champagne. Tant il peut être difficile d’anticiper le potentiel d’hilarité. « Il y a quelque chose de fascinant dans la comédie : on la prépare dans son local de répétition, en pensant que [telle scène] va être extraordinaire. Et finalement, elle ne suscite pas autant le rire qu’on le prévoyait. Alors qu’un geste que tu fais sur scène sans t’en rendre compte, tout le monde s’esclaffe. » Bref, la drôlerie a un caractère imprévisible. « Il n’y a pas ça dans le drame. En comédie, il y a quelque chose qu’on ne contrôle pas. C’est ce qui est thrillant. »

Même la cadence du timing comique varie selon les villes, a-t-il constaté en tournée. Dirigé par Carl Béchard, « le roi de la précision », qui a pris la relève du metteur en scène Normand Chouinard, malade, le spectacle fut un plaisir à créer. « Mais on sue ! La comédie, c’est un rythme très rapide, une gymnastique. »

Avant, lorsque j’entendais de vieux acteurs dire qu’ils ne joueraient plus au théâtre, ça me mettait quasiment en maudit. Mais je me rends compte que revenir à la scène, c’est très exigeant. La routine est complètement différente des plateaux de tournage. […] Il faut refaire sans cesse les mêmes choses. Cela requiert une rigueur. Il n’y a pas de “coupez ! On va recommencer”.

Le comédien quinquagénaire, qui autrefois gagnait sa vie avec la scène, « se réserve » désormais pour certains shows. « Avant, lorsque j’entendais de vieux acteurs dire qu’ils ne joueraient plus au théâtre, ça me mettait quasiment en maudit. Mais je me rends compte que revenir à la scène, c’est très exigeant. La routine est complètement différente des plateaux de tournage. […] Il faut refaire sans cesse les mêmes choses. Cela requiert une rigueur. Il n’y a pas de “ coupez ! On va recommencer. ” Et avec l’âge, il tolère moins bien les petites imperfections d’une performance.

Louis Champagne, qui a joué beaucoup de petits shows de création, s’identifie un peu au cheminement graduel de Stan Laurel et Oliver Hardy. « Avant leur énorme succès, ils avaient pioché beaucoup. Ils ont eu leurs années de petits rôles, de figuration, de doublure, de cabarets miteux. » Un type de parcours qu’il juge plus solide qu’un succès extraordinaire subit. « J’aime avoir pris le temps de digérer chaque échelon de l’échelle, tranquillement. Pas que je sois rendu [au top] ! Je suis un artisan. Mais je me reconnais un peu dans ces deux gars-là. » Dans l’importance du travail acharné — qui compte plus « que le talent, souvent. Et on dirait que plus on vieillit, plus on ajoute des couches de travail, de vernis, pour être fier de ce qu’on fait. »

Laurel et Hardy

Texte : Patrice Dubois et Luc Michaud. Mise en scène : Carl Béchard et Normand Chouinard. Avec Louis Champagne, André Robitaille, Stéphane Archambault, Alexandre Bergeron, Bernard Fortin, Martin Héroux, Brigitte Lafleur, Alice Moreault et Marie-Ève Soulard La Ferrière. Un spectacle de Monarque Productions. Au théâtre du Nouveau Monde, les 15, 17 et 21 juillet.