«Mamma Mia!»: soirée dansante

Avec ses douze interprètes, autant de danseuses et de danseurs, huit musiciens et six choristes, la production ne manque pas d’envergure.
Photo: Laurence Labat Avec ses douze interprètes, autant de danseuses et de danseurs, huit musiciens et six choristes, la production ne manque pas d’envergure.

Après Mary Poppins, Footloose et Fame, voilà que Serge Postigo et Juste pour rire investissent temps, argent, énergie et talent dans la comédie musicale Mamma Mia ! L’an prochain, ce sera au tour de La belle et la bête. Non seulement ces choix artistiques ne contribuent en rien au développement d’un répertoire québécois, mais ils manquent d’originalité, tablant sur des airs connus ou des films populaires.

Ces dernières années, Broadway a donné des comédies musicales qui amusent et émeuvent tout en abordant des enjeux contemporains, des oeuvres, comme The Band’s Visit, Dear Evan Hansen, Natasha, Pierre & The Great Comet of 1812 et Hamilton, qu’on rêve toujours de voir montées chez nous.

Créée à Londres en 1999, adaptée au cinéma en 2008, présentée à ce jour dans 50 pays sur 6 continents, Mamma Mia ! est un exemple canonique de juke-box musical, une oeuvre dont le livret est élaboré à partir des chansons d’un artiste ou d’un groupe populaire (revisitant le legs de Jacques Brel, Amsterdam, qui prendra l’affiche en juillet au TNM, s’appuie sur le même principe). En puisant dans le vaste répertoire d’ABBA, juxtaposant habilement les irrésistibles tubes de Benny Andersson et de Björn Ulvaeus, la dramaturge Catherine Johnson a échafaudé l’histoire d’une jeune femme, Sophie, qui invite à son mariage, sans en parler à sa mère Donna, les trois hommes qui sont susceptibles d’être son père : Harry, Bill et Sam.

La scène se déroule sur une île grecque, un petit coin de paradis que la scénographie évoque sans grande imagination, en ayant largement recours à des projections plus commodes qu’étonnantes. Avec ses douze interprètes, autant de danseuses et de danseurs, huit musiciens et six choristes, la production ne manque pas d’envergure.

Pourtant, dans la mise en scène, la précision n’est pas au rendez-vous, le supplément d’âme fait défaut. Les personnages sont esquissés ou bien dépeints de manière caricaturale, plombés par un comique forcé, voire de mauvais goût. Alors qu’elle est au coeur du spectacle, qu’elle devrait continuellement susciter l’empathie, la quête identitaire de Sophie est souvent perdue de vue, pour ainsi dire noyée dans la musique, les éclairages et la danse.

Reste les airs électrisants, une vingtaine de succès chantés dans leur version originale anglaise, de Dancing Queen à The Winner Takes It All en passant par Take a Chance on Me, sans oublier la chanson-titre. Alors que plusieurs voix indiffèrent, et que certaines vont jusqu’à irriter, Éloi ArchamBaudoin tire habilement son épingle du jeu. Dans la peau de Sam, le plus enflammé des trois amoureux, le comédien entonne SOS et Knowing Me, Knowing You avec beaucoup de conviction. Mais la révélation de ce spectacle, c’est sans nul doute Romane Denis. Dotée d’une voix superbe, avec un timbre clair et assuré, la jeune comédienne incarne Sophie avec toute la candeur et l’espièglerie nécessaires.

Mamma Mia!

Concept original : Judy Craymer. Mise en scène, traduction et adaptation : Serge Postigo. Musique et paroles : Benny Andersson et Björn Ulvaeus. Livret : Catherine Johnson. Une production de Juste pour rire. Au théâtre Saint-Denis jusqu’au 27 juillet, puis à la salle Albert-Rousseau du 14 au 31 août.