«Où tu vas quand tu dors en marchant… ?»: le pas de côté

Dans cette nouvelle mouture arrivée avec la 20e édition du festival, cinq tableaux bigarrés investissent les berges de la rivière Saint-Charles. « Points de suspension », le tableau de Karine Ledoyen et Ludovic Fouquet, investit l’espace étroit du pont Lavigueur.
Photo: Ste?phane Bourgeois Dans cette nouvelle mouture arrivée avec la 20e édition du festival, cinq tableaux bigarrés investissent les berges de la rivière Saint-Charles. « Points de suspension », le tableau de Karine Ledoyen et Ludovic Fouquet, investit l’espace étroit du pont Lavigueur.

On ne critique pas Où tu vas quand tu dors en marchant… ? comme d’autres spectacles. C’est que le parcours déambulatoire, marque de commerce du Carrefour international de théâtre depuis dix ans maintenant, est une offre ; dans le paysage de la ville, hors les murs du théâtre de surcroît, il est posé dans le décor comme une invitation. Chacun y fait alors son chemin en suivant sa sensibilité, au gré d’une liberté peu commune.

Dans cette nouvelle mouture arrivée avec la 20e édition du festival, cinq tableaux bigarrés investissent cette fois les berges de la rivière Saint-Charles, dans un parcours plus étendu qui invite à la promenade, et offre de nombreux petits repaires en marge du rythme urbain.

« Points de suspension », le tableau de Karine Ledoyen et Ludovic Fouquet, tire prétexte de l’espace étroit du pont Lavigueur pour permettre une proximité avec les comédiens, créant ici et là quelques percées sensibles, à l’instar des trouées dans la structure métallique. Il y a là une parfaite entrée en matière pour cette nouvelle mouture du parcours, la deuxième sous la coordination d’Alexandre Fecteau : on s’y découvre étrangement en marge de la ville, dans une invitation à laisser celle-ci derrière.

Plus grinçant, « L’embâcle des sans-soucis » de Martin Bureau présente en amont de la rive gauche un ponton où quatre fêtards multiplient shooters et égoportraits, sous le crachin techno d’Érick d’Orion ; le tableau, qui rappellera l’étonnante proposition de Doyon-Rivest au champ de parade, en 2015-2016, s’avère une pointe frontale à l’insouciance consommatrice, alors que l’autre rive expose un sinistre et imposant amoncellement de rebuts ménagers.

Plus haut sur la même rive, le « Terre promise » de Maryse Lapierre et Maxime Beauregard-Martin transforme un terrain vague, au confluent de l’autoroute et de la rivière, en un curieux camping aux stations léchées pour un ou deux comédiens. Dans une ambiance semi-inquiétante, semi-festive, les personnages colorés forment un joli concert de décalés, qui fait sourire.

Photo: Ste?phane Bourgeois Le parcours déambulatoire est une offre ; dans le paysage de la ville, hors les murs du théâtre de surcroît, il est posé dans le décor comme une invitation.

Rive droite

Sur la rive opposée, le « Jeux d’échelles » de Vano Hotton multiplie les ingéniosités mécaniques dispersées ici et là, autant de petites stations reprenant les monuments et autres icônes de la ville — l’amphithéâtre, la tour Price, la papetière White Birch —, celles-ci dénaturées chaque fois par un léger déplacement. Si la part moins grande dévolue au jeu, ici, se fait davantage sentir, le tableau offre néanmoins plusieurs clins d’oeil amusants.

Second tableau sur la rive droite « L’Anse-à-Vaillant », des Incomplètes, recrée finalement un village portuaire avec bar, cabanes et cuisine. La mer est palpable dans chacun de ces lieux, tous tournés vers un quai central qui ouvre sur le large et qui, avec des projections sur trois étages de conteneurs, offre des images fort belles. Au-delà de la reconstitution, la vingtaine de comédiens recrée cependant toute une ambiance de bord de mer, avec quelques notes de fête qui nous laissent très près de ce qu’on appelle communauté, ou joie de vivre.

Où tu vas quand tu dors en marchant… ?

Coordination artistique : Alexandre Fecteau. Avec des tableaux de Martin Bureau, Vano Hotton, Les Incomplètes, Maryse Lapierre et Maxime Beauregard-Martin ainsi que Karine Ledoyen et Ludovic Fouquet. Une production du Carrefour international de théâtre, sur les berges de la rivière Saint-Charles du jeudi au samedi jusqu’au 8 juin