«Nous serons éternels»: songe d’une nuit d’été

Le metteur en scène Patrick R. Lacharité donne naissance à «Nous serons éternels», une pièce pour 14 interprètes vaguement inspirée par les sonnets de Shakespeare.
Photo: Maxim Paré Fortin Le metteur en scène Patrick R. Lacharité donne naissance à «Nous serons éternels», une pièce pour 14 interprètes vaguement inspirée par les sonnets de Shakespeare.

Le metteur en scène Patrick R. Lacharité est de retour à La Chapelle avec un nouvel alliage de théâtre et de danse. Après Ma tête est une ruche (2015), une création s’appuyant sur la prose de son confrère Sébastien Tessier, le codirecteur artistique de la Fratrie donne naissance à Nous serons éternels, une pièce pour 14 interprètes vaguement inspirée par les sonnets de Shakespeare.

On croyait que de jeunes artistes du XXIe siècle allaient s’approprier les poèmes du grand barde, méditations sur la beauté des êtres et des sentiments, merveilles d’orfèvrerie élaborées au XVIIe siècle, qu’ils allaient se saisir de ces déclarations d’amour, en bonne partie celles d’un homme pour un homme, qu’ils allaient les endosser et les récuser, les empoigner et les caresser, en somme qu’ils se feraient un devoir de les conjuguer au présent, d’en démontrer la pertinence ici et maintenant. Malheureusement, ce n’est pas du tout le cas. Les sonnets sont ni plus ni moins qu’un prétexte, celui que le metteur en scène a trouvé pour donner une voix à des corps qui sont d’abord et avant tout en mouvement.

Ainsi, pendant un peu plus d’une heure, tout en larguant ici et là quelques vers, les interprètes sautent et sautillent, roulent et rampent, se lancent et s’élancent, convulsent et puis s’effondrent. L’ensemble ne manque pas de conviction, certes, pas plus que de sensualité, mais peut-être d’un peu de cohérence.

Les êtres que l’on observe derrière un tulle, au milieu des fleurs en plastique, semblent habités par des pulsions, guidés par des instincts, engagés dans un éveil du printemps tout à fait irrépressible. Assis sur un trône en fond de scène, doté d’une élégance élisabéthaine, contemplant l’action et l’enrobant de sa voix, Yann Villeneuve incarne probablement Shakespeare. Dans une suite de tableaux aussi étranges et décousus que ceux d’un rêve, Chloé Barshee, toujours charismatique, va et vient inexplicablement.

Heureusement, dans les rares moments où le charme est pour ainsi dire rompu, des scènes où l’onirisme se dissipe et où les interprètes redeviennent en quelque sorte eux-mêmes, l’entreprise trouve un sens.

Il y a d’abord la cocasse intervention de Sébastien Tessier en comédien shakespearien se prenant très au sérieux. Puis cette rencontre d’après-spectacle pour le moins précoce qui permet aux artistes de discuter la notion d’éternité à bâtons rompus, mais surtout à Sasha Migliarese de se lancer dans une exaltante diatribe à propos de l’indécence qu’il y a à se préoccuper de l’éternité alors que le présent s’effondre. On ne peut s’empêcher à ce moment-là d’imaginer la force de frappe d’une création qui aurait pris racine dans une matière aussi viscérale.

Nous serons éternels

D’après les sonnets de Shakespeare. Mise en scène : Patrick R. Lacharité. Une production de la Fratrie. À La Chapelle jusqu’au 28 avril.