La guerre qui vient

Nul doute que la pièce, dans son désir de nommer l’époque actuelle, ouvre de trop nombreuses pistes.
Photo: Cath Langlois Nul doute que la pièce, dans son désir de nommer l’époque actuelle, ouvre de trop nombreuses pistes.

La fille qui s’promène avec une hache présente une fable sur la violence et ses origines. La folie théâtrale dont elle est l’occasion en sera toutefois l’élément le plus notable.

L’histoire nous ramène à l’automne 2001, juste après les écrasements. Dans un village de l’Abitibi, des jeunes mesurent leur réaction aux événements, entre deux fêtes ; « la squaw », exclue et victime des ragots, reçoit pour sa part la nouvelle avec indifférence. Oscillant entre les deux pôles, la pièce fait le récit double de cette bande, figée dans son milieu, et celui de cette mal-aimée qui fera tout pour échapper à la misère.

Le texte aborde les problèmes de l’indigence et de l’exclusion, mais également la jeunesse, ses ambitions, ses contradictions. Il affiche, aussi, un désir net de nommer son époque : la montée des violences, le déclin environnemental, l’ostracisme. Dans cette fable imaginée au passé, et qui pivotera avec la survenue d’un crime, on sent une tentative de remonter aux racines de l’actuel climat social, à la façon du Ruban blanc de Michael Haneke.

Nul doute que la pièce, dans son désir de nommer l’époque actuelle, ouvre de trop nombreuses pistes. Plusieurs peinent à se tailler une place dans la trame sentie du récit, ouvertement calqué sur le conte du vilain petit canard. Quelques répliques paraîtront plus appuyées.

Par-delà ces intentions, il faut toutefois souligner la texture de l’univers créé. Les personnages évoluent dans un décor fait de racoins ; les casiers graffités, pneus et autres sapinages convoquent l’imaginaire. La mise en scène se permettra ici et là des indications carrément narratives : la cour d’école, le pit de sable, le shed à M. Quenouille…

La musique omniprésente (Vincent Roy), qui ajoute une couche au visuel riche, est du côté de l’énergie, parfois de l’agression, toujours dans une intensité qui, de pair avec une large palette d’éclairages, contribue à plonger l’histoire dans de poignantes atmosphères. Des projections opportunes (Keven Dubois) ouvrent par ailleurs sur la nature environnante, des images d’archives permettent d’ouvrir sur le contexte historique.

Une abondance de moyens est à l’oeuvre pour faire advenir ce récit d’une communauté recluse. Le jeu sera à l’avenant, qui se permettra de nombreux excès. Beaucoup d’espace est ménagé pour l’amusement, et les comédiens s’en donnent à coeur joie, tenant le pan plus dramatique en même temps qu’un humour qui n’exclut pas quelques lignes plus caricaturales.

Le projet qui, finalement, se resserre sur sa proposition malgré des détours, n’est pas sans rappeler Doggy dans gravel, pour le ton et le sujet, et Mes enfants n’ont pas peur du noir, pour les ambiances. La fille qui s’promène avec une hache multiplie les couches d’écriture, scénique et textuelle, dans une abondance de moyens et une folie qui tiennent de la licence. De tels spectacles sont précieux, des spectacles qui, en plus de ces libertés qui les fondent et par-delà leurs égarements, apparaissent comme un vaste travail de groupe, une somme créatrice.

La fille qui s’promène avec une hache

Texte : Léa Aubin et Gabriel Cloutier Tremblay. Mise en scène : Gabriel Cloutier Tremblay. Avec Olivier Arteau, Léa Aubin, Ariane Bellavance-Fafard, Étienne La Frenière, Vincent Legault, Marianne Marceau, Monika Pilon et Dayne Simard. Une production Kill ta peur, à Premier Acte jusqu’au 24 novembre