«Le baptême de la petite»: rire des rituels

Commis surtout à l’humour, le spectacle ampute la charge dramatique des rituels religieux.
Photo: Suzanne O’Neil Commis surtout à l’humour, le spectacle ampute la charge dramatique des rituels religieux.

En ce temps où le religieux trouve mille façons de s’inviter dans l’espace public, Le baptême de la petite fait le pari d’approcher, par le truchement de la comédie, un sujet chaud aux ramifications complexes.

Plus spécifiquement, il est question ici des traditions. Au-delà du débat sur la laïcité ou des clivages entre athéisme et croyance, la pièce créée cet été au Théâtre du Bic s’intéresse à ce qu’il en est des rituels ; ceci, à une époque où s’exprime un profond désir de rompre avec le passé.

L’argument, fort simple, tient à un souper qui, réunissant deux couples, vise à célébrer l’adoption prochaine par l’un deux d’une fille en Chine. L’éclatement surviendra quand surgira la question du premier sacrement de la vie chrétienne : baptiser l’enfant ou ne pas baptiser l’enfant ?

Le spectacle ratisse plus large, filant entre autres la question du mariage, prétexte à interroger l’état du couple ; le noeud n’en demeure pas moins clair. Isabelle Hubert (Frontières, Le cas Joé Ferguson) connaît les ressorts de la composition théâtrale, et tout y est : les antagonismes, la tension prête à éclater, les confrontations révélant les personnages derrière leur vernis.

Le texte gravite également autour d’un thème fort, même si quelques répliques apparaîtront plus plaquées : cet effort notamment, autour du lexique catholique, de faire flèche de tout bois. À cette dramaturgie néanmoins maîtrisée s’ajoutent les ressorts du comique, abondamment sollicités : ainsi les coïncidences et les exagérations, ainsi les coups de théâtre opportuns.

État des lieux

Le baptême de la petite bénéficie d’un quatuor solide avec Marie-Hélène Gendreau et Maxime Denommée d’un côté, et Catherine de Léan et Jean-Michel Déry de l’autre. Pourtant, les caractères apparaissent initialement difficiles à saisir et la complicité est hésitante. La mise en scène de Jean-Sébastien Ouellette, au départ, offrira pour sa part quelques effets trop appuyés : une agitation surfaite, un désir trop visible de dynamiser les scènes.

Dans l’ensemble, la situation finit toutefois par emporter l’adhésion. On s’amuse alors des nombreuses confrontations entre les personnages et des libertés d’écriture. La parabole de l’enfant prodigue, filée d’un bout à l’autre comme une homélie, est de ces trouvailles qui réjouissent et qui ajoutent une certaine profondeur au récit.

En contrepartie, on ne peut pas dire de cette profondeur qu’elle est dominante, ou que la réflexion est très poussée. Commis surtout à l’humour, le spectacle présente par ailleurs l’inconvénient d’amputer quelque peu la charge dramatique, la finale certes émouvante nous laissant un pas à l’extérieur. Ceci n’empêche pas la pièce, toutefois, de nous tendre un miroir plutôt fidèle, un instantané d’époque aux assises incertaines.

Le baptême de la petite

Texte : Isabelle Hubert. Mise en scène : Jean-Sébastien Ouellette. Avec Catherine de Léan, Maxime Denommée, Jean-Michel Déry et Marie-Hélène Gendreau. Une production La Compagnie dramatique du Québec et Les gens d’en bas, au Périscope jusqu’au 10 novembre.