«Candide ou l’optimisme»: la vie de château de Voltaire

Avec une distribution sans faille, la pièce navigue entre le drame et la comédie, le débat et la mascarade, le réel et la fiction, la grandeur d’âme et la mauvaise foi.
Photo: Yves Renaud Avec une distribution sans faille, la pièce navigue entre le drame et la comédie, le débat et la mascarade, le réel et la fiction, la grandeur d’âme et la mauvaise foi.

Il faut commencer par se réjouir du retour d’Alice Ronfard au TNM. Tout près de dix ans que la metteuse en scène n’avait pas oeuvrée entre les murs de la prestigieuse maison. Après y avoir monté Euripide, Rostand, Shakespeare, Molière et De la Chenelière, la femme de théâtre se mesure cette fois à Voltaire. Pour Candide ou l’Optimisme, elle retrouve l’auteur Pierre Yves Lemieux, avec qui elle avait créé Tristan et Yseult en 2003.

Quand il s’agit de susciter sur scène de riches dialogues entre l’existence d’un auteur et son oeuvre, entre ses idées et ses personnages, entre son époque et la nôtre, Pierre Yves Lemieux n’a pas son pareil. Qu’il jette ses lumières dans les amours tourmentées de Roméo et Juliette ou dans les vies étiolées des Platonov et ses amis, ses adaptations ne sont jamais de banales transpositions. Cette fois, un peu comme il l’avait fait dans Commedia, où Goldoni apparaissait dans toute sa complexité, en un corps à corps avec ses pièces et avec son temps, le dramaturge nous rend à nouveau témoins de la genèse d’une oeuvre littéraire.

Pour comprendre les enjeux de Candide, conte philosophique paru en 1759, récit initiatique gorgé d’esprit et d’ironie, périple aussi lucide que fantaisiste, aussi spirituel que politique, quoi de mieux que de s’inviter dans le château de Voltaire, à Ferney, là où, avec sa maîtresse (Valérie Blais), son secrétaire (Benoît Drouin-Germain) et deux comédiens de ses amis (Patrice Coquereau et Larissa Corriveau), l’auteur en exil s’apprête à mettre à l’épreuve ses écrits en les jouant comme au théâtre ? Naviguant en toute aisance entre le drame et la comédie, le débat et la mascarade, le réel et la fiction, la grandeur d’âme et la mauvaise foi, la distribution, sans failles, est brillamment menée par Emmanuel Schwartz en Voltaire. Son monologue final, grandiose, vaut à lui seul le déplacement.

Sous un candélabre somptueux, autour d’une table et de quelques chaises, une scénographie admirablement sobre signée Danièle Lévesque, un espace qui fait la part belle aux éclairages souverains de Cédric Delorme-Bouchard et aux délicates projections d’Éric Gagnon, les aventures de Candide, Pangloss et Cunégonde concernent certainement notre époque intolérante et répressive, « théâtre d’orgueil et d’erreur ». Deux cent soixante ans après avoir été proférées pour la première fois, les questions de Voltaire sont d’une criante actualité : « Pourquoi la Cité n’est-elle pas ébranlée quand les brutes versent le sang au village ? Le déni est une complicité, l’indifférence, une condamnation ! »

Candide ou l’optimisme

Texte : Pierre Yves Lemieux, d’après le roman de Voltaire. Mise en scène : Alice Ronfard. Au Théâtre du Nouveau Monde jusqu’au 6 octobre.