«Just In»: K.O. théâtral

Les éclairages tiennent à la fois du spectacle rock et du ring de boxe.
Photo: Cath Langlois Photographe Les éclairages tiennent à la fois du spectacle rock et du ring de boxe.

Il est ardu de mettre des mots sur la perplexité dans laquelle nous laisse le Just In de Lucien Ratio, à Premier Acte : une fable fantastique ancrée dans l’univers politique, entre théorie du complot et bouffonneries.

L’horizon d’attente, peut-être, y est pour beaucoup. Avec un spectacle au tel titre et une promotion suggérant l’ère de l’image, on pense d’emblée au spectacle médiatique et à ses conséquences pour notre vie collective, escomptant au détour quelque chose d’une satire politique. Car il y a tant à critiquer, de ce côté, et tellement de possibilités, de façon grinçante, de souligner les torts du roi comme c’était la tâche du bouffon.

Dans une certaine mesure, c’est l’angle adopté par Ratio (La fanfare, L’gros show) qui, dans cette pièce créée au Zoofest 2018, cherche bien à montrer que le roi est nu. Il y met en scène un homme récemment élu premier ministre d’un pays ayant l’unifolié pour drapeau, tout y passe : les égoportraits à répétition, les adresses bilingues au public, les habits indiens, les matchs de boxe et les sourires dans la foule.

Au lendemain d’une soirée trop arrosée, cet homme se réveille nu dans une chambre d’hôtel, pour constater l’horreur : il n’a pas souvenir de la nuit passée, mais sent bien que sa parfaite carrière est en jeu.

Sa quête de compréhension, qui fait le coeur du récit, est truffée de références à l’inspirateur jamais nommé ; on sourira volontiers à certaines allusions. Celles-ci, toutefois, sont accumulées de façon si littérale que toute la bonne foi du monde n’y pourra rien : bien vite, l’effet s’use. Surtout, l’idée finit par s’imposer que, par-delà ces clichés, peine à se bâtir un propos qui légitimerait les cabrioles.

Scénographie inventive

La faiblesse du propos tranche d’ailleurs étonnamment avec une mise en scène (Jocelyn Pelletier) dynamique et une scénographie inventive. Les éclairages tiennent à la fois du spectacle rock et du ring de boxe, des musiques inquiétantes créent des ambiances virant à l’étrange, à mesure que l’histoire elle-même bascule dans le fantastique. Aucun temps mort ne plombe la livrée, les mouvements sont soutenus et participent d’une performance dont il faut souligner à quel point elle est généreuse et entière. Ratio insuffle toute son énergie aux 75 minutes, engagé, engageant aussi.

Cela n’empêche pas notre perplexité d’aller croissant, quand la quête du personnage, quittant la route du réel, prend le chemin graveleux d’une rocambolesque saga où s’entremêlent divinités mexicaines et conspiration, autour d’un homme manipulé façon candidat mandchou.

L’histoire multiplie les courbes inattendues, chaque nouveau détour repoussant les limites de la licence créatrice plus loin que ce qu’il nous est possible de suivre. L’ensemble nous laisse abasourdi, comme victime d’un bon droit au visage, incertain de ce qu’on vient de voir.

Just In

Texte de Lucien Ratio, mise en scène de Jocelyn Pelletier. Avec Lucien Ratio. Une production Le Temps qui s’arrête, à Premier Acte jusqu’au 22 septembre.