Tabac au théâtre: Québec prône le statu quo

Le tollé déclenché par l’amende antitabac imposée au Théâtre du Trident n’a pas ébranlé la ministre Lucie Charlebois, qui prévient que des amendes continueront d’être données en cas de plainte.

« Il y a eu une plainte, c’est pour ça que les inspecteurs y sont allés, a signalé la ministre déléguée à la Santé publique. S’il y a quelqu’un qui est incommodé, c’est pour ça qu’il a porté plainte. On ne va pas comme ça dans les théâtres. »

À la question de savoir si la réaction n’était pas exagérée, Mme Charlebois a rétorqué qu’il « faudrait voir avec les citoyens », parce que « c’est un citoyen qui a porté plainte ».
 

Revoyez la réponse de la ministre Lucie Charlebois en mêlée de presse

 

Dès lors, indique-t-elle, le ministère de la Santé procédera de la même façon si d’autres plaintes sont déposées en vertu de la Loi concernant la lutte contre le tabagisme.

Rappelons que cette loi stipule qu’il est interdit de fumer dans les bâtiments publics. Le 23 novembre dernier, des inspecteurs ont répondu à une plainte visant le Théâtre du Trident à Québec parce qu’une comédienne fumait une cigarette dans la pièce Le cas Joé Ferguson. Le théâtre a reçu une amende de 682 $.

Dans un contexte « acceptable »

Mardi, dans les pages du Devoir, l’auteure de la pièce, Isabelle Hubert, proposait que « les scènes de théâtre bénéficient d’un statut particulier » et qu’un « message soit diffusé au début de la pièce pour que les personnes que ça pourrait indisposer aient le temps de quitter la salle et de se faire rembourser ».

Au Conseil québécois du théâtre (CQT), on demandait aussi plus de souplesse. « Les scènes des théâtres sont des espaces à part et méritent une considération particulière », ont fait valoir ses coprésidents Daniel Lavoie et Brigitte Haentjens. « Faut-il solliciter une modification des lois ou pouvons-nous compter sur la capacité de discernement des autorités ? Nous espérons que l’incident du Trident demeurera un cas isolé. »

Questionné à ce sujet mardi, le Parti québécois proposait quant à lui que la cigarette soit tolérée sur scène lorsqu’elle est « mise en scène » dans un contexte correspondant à ce qui est « accepté en société ».

Par exemple, si le personnage dans la pièce est représenté en train de fumer chez lui ou dehors (comme dans Le cas Joé Ferguson), ce serait acceptable.

Par contre, un personnage ne pourrait pas fumer dans un bureau ou en milieu scolaire, où c’est actuellement interdit de le faire, a expliqué le député péquiste Sylvain Pagé.

« Il ne faut pas banaliser la chose. Il ne faut pas envoyer le message qu’on peut faire au théâtre ce qui n’est pas permis dans la vie », a-t-il dit.

Qu’en est-il alors du passé ? Pourrait-on représenter sur scène un René Lévesque fumant dans son bureau ? Là-dessus, le député ne savait que dire. « C’est vrai que c’est compliqué. J’ai énormément de difficulté à répondre à cette question-là. »

7 commentaires
  • Jean-François Trottier - Abonné 13 décembre 2017 12 h 28

    Prendre des mesures

    Je suggère que le MBA achète à tout prix l'une des versions de "Ceci n'est pas une pipe", de Magritte.

    Il me semble que c'est urgent.

    Et comme on dit, Money is no object.

  • François St-Pierre - Abonné 13 décembre 2017 12 h 46

    On revient 50 ans en arrière

    Rappelons-nous l'histoire des Ballets africains: l'époque où les producteurs de spectacles étaient à la merci du premier Béotien venu. C'est pas demain qu'on va se risquer à jouer Equus.

  • Hermel Cyr - Abonné 13 décembre 2017 13 h 30

    En attendant Godot… ceci n’est pas une pipe …

    Mme Charlebois et M. Pagé, l’étroitesse d’esprit de vos arguments me sidère ! Votre lâche soumission ce que vous tenez pour la rectitude sociale vient conforter la bêtise des censeurs qui s’insinuent de plus en plus dans l’espace public.

    L’État n’a d’aucune façon à règlementer et à censurer les contenus artistiques; même en s’appuyant sur la prétendue opinion de la majorité. Le théâtre est un art au même titre que la peinture, le cinéma, ou la poésie. L’une des fonctions du théâtre est de contester les normes sociales.

    Les mouvements de contre-culture, le théâtre de l’absurde, le mouvement surréaliste étaient des formes de contestation sociales. Qu’en 2017 on fasse tout un « boucan » avec une simple cigarette brulée sur scène est d’un tel ridicule !

  • Raynald Rouette - Abonné 13 décembre 2017 15 h 45

    Un gouvernement libéral désespérant!


    De plus en plus accomodant pour les puritains et les religieux de toutes espèces.

    Un manque flagrant de leadership en toutes matières.

    Un vivre ensemble «paix sociale» de plus en plus fragilisé!

    Ça n'augure rien de bon pour l'avenir!

  • Denis Drapeau - Abonné 13 décembre 2017 17 h 09

    Création artistique en péril ... on se calme svp

    Si on avait utilisé une cigarette évacuant de la vapeur d'eau, (hé oui ça existe) il n'y aurait pas eu d'infraction à la loi. Mais que me demandez-vous ? Une fausse cigarette? Diantre quelle censure ! Le public est incapable d'apprécier mon œuvre si un accessoire est, même un tantinet, factice.

    Et le reste du décor, réel je suppose ? Que je sache, le théâtre est, par définition, une représentation fictive de la réalité Tous les spectateurs acceptent cette proposition sans quoi il n’y a pas de théâtre. Cessez de nous prendre pour des cons. La loi n'interdit pas de montrer une fausse cigarette mais d'en consommer une vrai. Le théâtre a choisie d'enfreindre la loi sans nécessité artistique et il en paie le prix. Que les pourfendeurs de liberté artistique cesse de s'époumoner, il n'y a pas de péril en la demeure. Ignoré la plainte du citoyen aurait signifié le passage d'un état de droit vers un état de passe-droit.