«Abadou veut jouer du piano» – Un homme et ses malheurs

«Abadou veut jouer du piano» rassemble une belle bande de comédiens.
Photo: Catherine Langlois «Abadou veut jouer du piano» rassemble une belle bande de comédiens.

Avec Abadou veut jouer du piano, le jeune auteur et metteur en scène Hilaire St-Laurent Sénécal signe une comédie déjantée qui, si elle n’a pas toute la profondeur souhaitée, bâtit néanmoins un univers unique et un récit convaincant.

La pièce met en scène Jacquelin Belenfant, homme banal par excellence, qui a toutefois la capacité étonnante d’attirer sur lui tous les malheurs possibles, façon paratonnerre. Cette idée, qui appelle d’emblée le comique de situation, sera poussée à son extrême le plus dérisoire lorsque, décidé à se refaire une nouvelle vie à Montréal, cet ancien comptable cherchera à devenir professeur de piano.

Du courtisan non désiré au vieil ami de passage, les personnages surgiront dans son appartement avec une accumulation rapidement ridicule, tous l’empêchant de donner son premier cours. Saint-Hilaire Sénécal, dans une écriture grosse mais intelligente, donne habilement du matériel à ses comédiens, et le regard se focalise bien vite sur les espaces de jeu bâtis pour la joyeuse bande. Le texte appelle les exagérations, et les comédiens répondent avec générosité.

Nicolas Centeno, en plus de la tête de l’emploi, tient sa partition serrée en demeurant une parfaite victime, évitant de nourrir les rires qui viendront de toute façon. S’ajouteront des personnages pour la plupart caricaturaux. Dans cette galerie touffue, on soulignera une hystérique instable au faciès affaissé (Nathalie Séguin) et un livreur de poulet sur le point de l’échapper (Olivier Arteau), un concierge bienveillant à l’oeil inquiétant (Maxim Paré Fortin) et un policier résolument trop intense (Pierre-Antoine Pellerin).

Par-delà le grotesque de plus en plus net des situations, tous livrent des caractères crédibles, et drôles, il y a là quelque chose du théâtre d’été. Tout ce monde est réuni dans une toile rocambolesque mais solide, même si la tension retombera légèrement aux trois quarts, afin de de placer tous les fils de cette histoire tordue pour une fin alors libre de culminer. Elle le fait dans une accumulation de rebondissements digne de ce que le reste laissait présager. La cohésion de l’ensemble est remarquable.

Un bémol viendra finalement surtout de la profondeur qu’on peut accoler à Abadou. La comédie peut être une occasion de tourner le miroir sur nos travers ; ici, pourtant, on ne voit pas très bien. Malgré des répliques sur le racisme et les préjugés, sur notre intolérance à l’intolérance, malgré les interrogations possibles sur un destin qui s’acharne, un deuxième degré consistant reste difficile à isoler. La critique, si elle est présente, demeure légère, et c’est finalement surtout le rire et le plaisir du jeu qui s’imposent.

Abadou veut jouer du piano

Texte et mise en scène: Hilaire St-Laurent Sénécal. Avec Nicolas Centeno, Dayne Simard, Olivier Arteau, Nathalie Séguin, Marie-Ève Bérubé, Mathieu Grignon, Pierre-Antoine Pellerin et Maxim Paré Fortin. Une production Détour Nazareth, à Premier Acte jusqu’au 25 novembre.