La mort fait des scènes à Québec

Alexandre Fecteau entouré de deux de ses « experts » dans Hôtel-Dieu: Guillaume Pepin et Michèle Tousignant.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Alexandre Fecteau entouré de deux de ses « experts » dans Hôtel-Dieu: Guillaume Pepin et Michèle Tousignant.

La mort, souvent mise en scène au théâtre, n’est pas un phénomène nouveau sur les planches. Son ombre, toutefois, plane de façon étonnante sur l’horaire d’automne à Québec. Entre autres titres qui abordent le sujet, Hôtel-Dieu, d’Alexandre Fecteau, propose un abord frontal de ce pan de nos vies.
 

Ce « spectacle de survivants », qui ouvre la saison du Périscope, à Québec, donnera la parole à neuf « experts » fréquentant la souffrance au quotidien : des deuils atypiques, une maladie chronique, des soins palliatifs…
 

Ici, il sera moins question de la mort elle-même que de son impact sur ceux qui restent : « On est dans une espèce de vide, dans notre façon d’approcher la mort », raconte le metteur en scène, qui aime parler, pour son projet, de « théâtre vaccin ».

Nicola-Frank Vachon

Inoculée à petite dose, la mort sera par ailleurs présente dans des productions comme Hypo, à Premier Acte, en octobre. Dans ce premier texte du comédien Nicola-Frank Vachon, un homme apprend sa mort prochaine et s’embarque dans un voyage dont l’Islande sera le prétexte ; les questions qu’il lui reste en seront le motif.

Sur une note toute ludique, La Bordée enchaînera avec le CHSLD de Véronika Makdissi-Warren. Puisant au théâtre comique et avec tendresse, la pièce imagera les aventures de cinq résidents d’un foyer pour personnes âgées, dans un ton décalé que suggère l’acronyme : Centre d’humbles survivants légèrement détraqués.

La vie dure d’un tabou

La mort, cet « absolu », a par ailleurs souvent servi l’écriture théâtrale dans ce qu’il promet d’« intensité dramatique ». C’est en tant que tel qu’on le retrouvera dans Le cas Joé Ferguson, au Trident, en novembre. Enquête sur une mort étrange, le texte d’Isabelle Hubert trouvera là son prétexte pour scruter les âmes d’une petite communauté.

Véronika Makdissi-Warren
Idem du côté de Bienveillance, qui ouvre à La Bordée. Le texte de Fanny Britt se donnera pour motif initial un enfant laissé dans le coma par un accident. Tenu de plaider contre un ancien ami, un avocat trouvera dans cette vie en suspens une base à ses dilemmes.

Entre ces pièces noyautées par l’idée de la mort — on pourrait ajouter deux Shakespeare au calendrier (voir l’encadré) — Fecteau ne se risque à établir aucun lien, s’en tenant plutôt à un constat qui a piloté son propre travail : nous sommes, devant la mort, « particulièrement démunis ». Peu « entraînés ». « Dans notre rejet de la tradition, et donc de la religion, on ne s’est pas aidés, notamment parce que rien n’a pris la place des rites. »

D’où le besoin, dans son travail de création — lequel remonte déjà, avec le No Show, à 2012 —, d’en parler de façon frontale, avec une sincérité et une authenticité que n’aurait pas permises le jeu de comédiens. « C’est aussi de passer, un peu, par-dessus le tabou. Ce que je trouve beau, c’est que la mort, ça mobilise les gens… quand on prend le temps d’écouter. Et d’écouter à 200, aussi. »

Deux variations sur Shakespeare

Deux productions se donneront Shakespeare pour point de départ, chacune y allant toutefois d’une réécriture marquée. En ouverture de saison au Trident, le Five Kings – L’histoire de notre chute d’Olivier Kemeid présentera sa refonte des Richard II, Henri IV, Henri V, Henri VI et Richard III : cinq pièces lues à l’aune des dernières décennies, pour raconter notre époque, des changements des années 1960 à l’individualisme d’aujourd’hui. Dans une mise en scène de Frédéric Dubois toujours, il s’agira d’une nouvelle version condensée : deux heures ont été soustraites à la version initiale de 5 heures 30 créée il y a deux ans à l’Espace Go.

À la fin de l’automne, ce sera au tour des Écornifleuses de tâter de l’Anglais avec leur relecture de Titus Andronicus. Pour ses dix ans, la troupe de femmes s’attaquera à cette pièce sanglante, introduisant en son sein une permutation riche de possibles : les personnages masculins y seront joués par des femmes, et inversement. Piloté par Édith Patenaude et dans une langue revue, Titus se veut une tentative, par-delà la dureté de la pièce, de transcender la haine et le sang.