L’oeuvre d’un milieu

Plus que l’œuvre de certains artistes du domaine théâtral, «Où tu vas quand tu dors en marchant… ?», ce «bien collectif», est pour le coordonnateur artistique Alexandre Fecteau «l’œuvre d’un milieu».
Photo: Francis Vachon Le Devoir Plus que l’œuvre de certains artistes du domaine théâtral, «Où tu vas quand tu dors en marchant… ?», ce «bien collectif», est pour le coordonnateur artistique Alexandre Fecteau «l’œuvre d’un milieu».

C’est ce jeudi que prend du service la cinquième mouture du parcours déambulatoire Où tu vas quand tu dors en marchant… ?, événement phare du Carrefour international de théâtre. Le jour J approche pour le nouveau coordonnateur artistique, Alexandre Fecteau.

Le metteur en scène, qui succède à Frédéric Dubois, se promène de répétition en répétition, tentant de cerner le projet en train de naître, dialoguant avec les créateurs des cinq tableaux qui cette année prendront d’assaut la haute ville de Québec. Aux figures de théâtre bien connues Marie-Josée Bastien, Christian Lapointe, Maxime Robin et Sophie Thibeault, se joindront la scénographe Élène Pearson et l’artiste visuelle Giorgia Volpe, direction la colline parlementaire.

Comme chaque année, toute la liberté est laissée aux équipes de création, d’où l’imprévisibilité, l’inévitable élément de surprise, même pour le coordonnateur. La seule contrainte résidait dans le choix du lieu, celui-ci sans doute pas étranger à ce que plusieurs tableaux semblent « en dialogue direct avec l’état du monde, en écho de certains grands enjeux de société », que ce soit l’identité ou l’environnement, les rapports entre société civile et pouvoir politique.

« Ce que ça me dit, c’est que des artistes sont peut-être choqués de certaines choses qui se sont passées dans les derniers mois… » Fecteau nomme entre autres les « faits alternatifs », « des atteintes à la vérité, à l’intelligence […] Oui, donc, on va donner du fun, mais on ne passera pas à côté de l’occasion d’être justes ; de s’assurer d’être pertinents et en phase avec ce qui se passe dans le monde. »

Sprint final

Cet événement mobilisateur — quelque 100 000 spectateurs annuellement — est par ailleurs rassembleur pour tout un milieu, celui du théâtre. Ce à quoi la taille de la ville n’est pas étrangère, la capitale étant suffisamment grande pour avoir les moyens d’un tel spectacle : présentée par la Ville, la « bête » jongle avec un budget de 3,6 millions de dollars sur quatre ans. « En même temps, dans une ville plus grande, il n’y aurait pas l’effet de mobiliser tout un milieu. Ici, il y a un peu ça qui se passe, tu comprends que toutes les forces vives sont rassemblées pour rendre ça possible. »

Fecteau, qui connaît bien cette « extraordinaire invention » qu’est le parcours pour y avoir participé deux fois, appuie désormais les créateurs dans « le défi de concrétiser des idées », dans un contexte parfaitement hors-norme avec sa logistique particulière, ses considérations de voisinage, les limites de l’espace : « Habituellement, en théâtre, on travaille dans une sorte de boîte noire, on a des outils ; et là, il y a beaucoup de ça qui part. Et c’est la beauté de la chose, aussi : faire apparaître quand même le théâtre, sans les rideaux, sans l’obscurité, sans les conventions… »

Malgré les attentes, pas de demi-mesure : « Ça prend de l’audace ; c’est une cinquième édition… » Loin d’une « recette gagnante », le coordonnateur travaille plutôt avec une bande d’artistes et d’artisans qui se mettront en danger, avec les incertitudes que cela représente : « Où tu vas…, ça apparaît le jour de la générale… »

Le parcours est présenté du jeudi au samedi, du 25 mai au 10 juin. Entrée gratuite.