Quand l'«underground» est mis en lumière

Émilie Corriveau Collaboration spéciale
Paul Cargnello lors du Festival Fringe
Photo: Cindy Lopez Paul Cargnello lors du Festival Fringe

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Fondé en 1991, le Théâtre MainLine, qui produit notamment le Festival Saint-Ambroise Fringe de Montréal, est l’un des plus importants joueurs de la métropole en matière de culture alternative. Pour la première fois depuis sa création, il était cette année mis en nomination au prestigieux Grand Prix du Conseil des arts de Montréal pour son dynamisme et la multiplication de ses efforts de rayonnement. Se réjouissant de cet honneur, sa directrice générale et artistique, Amy Blackmore, a accepté de partager son expérience. Entretien.

Tenu chaque printemps depuis sa création, le Festival Saint-Ambroise Fringe de Montréal est traditionnellement l’événement le plus important qu’organise le Théâtre MainLine au cours d’une année.

S’étalant sur plusieurs jours, sa programmation est toujours pluridisciplinaire et extrêmement éclectique ; on peut autant y trouver de la danse, que du théâtre, de la musique, de l’humour ou de la poésie. Qu’ils soient en français ou en anglais, les spectacles qui y sont présentés sont choisis par tirage au sort et les quelque 500 artistes qui y participent ne sont jamais censurés.

Très prisé des amateurs de culture indépendante, le Saint-Ambroise Fringe réunit des dizaines de milliers de festivaliers à chacune de ses éditions. Il faut dire que l’événement est très abordable, le prix des billets pour assister à l’une ou l’autre de ses représentations ne dépassant jamais les dix dollars.

« C’est un festival démocratique, qui permet de réunir les gens dans de petites salles et de leur faire vivre des expériences, relève Mme Blackmore. Depuis quelques années, l’événement a pris beaucoup d’ampleur, mais nous restons toujours fidèles à nos principes d’accessibilité et de liberté. »

D’Édimbourg à Montréal

Bien que l’édition 2016 de l’événement ait été parmi les plus foisonnantes des dernières années, ce n’est pas son organisation qui a le plus occupé le MainLine en 2016. Hôte du Congrès mondial Fringe, lequel était tenu pour la première fois hors d’Édimbourg, sa ville d’origine, l’organisme s’est démené pour faire de ce dernier un événement qui ferait rayonner Montréal.

« En 2012, l’Edinburgh Festival Fringe Society a organisé le premier Congrès mondial Fringe. En 2014, il y a eu une deuxième édition, qui a aussi eu lieu à Édimbourg. Pour le troisième congrès, la Société a décidé de laisser l’organisation à d’autres pour encourager la participation internationale. Elle a lancé un appel et nous avons décidé, en partenariat avec l’Association canadienne des festivals Fringe, de poser notre candidature. Montréal étant vraiment la ville des festivals, on s’est dit que ce serait super d’accueillir l’événement », précise Mme Blackmore.

Amy Blackmore

Jugeant que la métropole québécoise serait effectivement toute désignée pour tenir son troisième congrès international, la Société du Festival Fringe d’Édimbourg a retenu la candidature de Montréal. S’en sont suivies deux années de préparation intense pour le MainLine.

« Je suis allée à Édimbourg en 2015 pour commencer à planifier le tout, raconte Mme Blackmore. C’est vraiment le plus gros projet que le MainLine ait organisé. Pour les cinq jours du Congrès, on a accueilli plus d’une centaine de délégués des festivals Fringe de partout à travers le monde ! Il y avait des gens d’Afrique du Sud, d’Australie, de plusieurs pays d’Europe, etc. […] C’est un rassemblement qui nous a permis d’affermir encore plus notre place au sein de l’écosystème mondial du Fringe, qui est quand même un des mouvements artistiques les plus importants au monde. »

Une galerie sur la Main

Alors que les activités d’organisation du Congrès mondial Fringe et de la 26e édition du Festival Saint-Ambroise Fringe de Montréal battaient leur plein, loin de chômer, le MainLine a aussi ouvert une galerie d’art en décembre 2015 sur le boulevard Saint-Laurent.

« On l’a ouverte pour faire un pas de plus dans la direction que nous souhaitons prendre, c’est-à-dire être une compagnie réellement multidisciplinaire, indique Mme Blackmore. Le MainLine a toujours eu une offre qui se focalisait surtout sur le théâtre. Avec cet ajout, on sera plus proche de l’esprit du Festival. Ça représente un défi important pour nous, mais c’est un changement très positif. »

Nonobstant ses débuts récents, la galerie MainLine a déjà accueilli plusieurs expositions, vernissages et événements culturels de toutes sortes. À en juger par l’enthousiasme qu’elle suscite, elle devrait connaître une année 2017 chargée. « Nous sommes très contents de cette première année, commente Mme Blackmore. Ça s’annonce bien pour la suite. »

Une nomination baume

Malgré le succès qu’ont récolté les récentes initiatives du Théâtre Mainline, la pétillante directrice générale et artistique de l’organisme ne cache pas que sa dernière année n’a pas été des plus faciles. « Je suis vraiment très contente de ce qu’on a réussi à faire, mais je suis fatiguée », lâche-t-elle en riant.

Aussi, lorsqu’elle a appris que le Théâtre Mainline et le Festival Saint-Ambroise Fringe étaient en nomination au Grand Prix du Conseil des arts de Montréal pour la première fois depuis leur fondation, Mme Blackmore a réagi avec beaucoup d’émotion.

« Je l’ai su pendant que je vivais une période difficile. Ma tante, qui était mon mentor et celle qui m’avait le plus encouragée à me joindre au Fringe, venait tout juste de décéder. J’emballais des boîtes chez elle et, à un moment, j’ai fait une pause pour lire mes courriels sur mon téléphone. C’est là que j’ai su qu’on était finalistes. Ça m’a tellement fait plaisir. Ça a mis un peu de lumière dans ma peine et ça m’a donné de l’énergie pour continuer », confie-t-elle.

Depuis l’annonce de cette nomination, le Théâtre Mainline a reçu plusieurs encouragements de la communauté montréalaise. Notamment, le nombre de dons qu’a reçus l’organisme au cours des dernières semaines s’est avéré beaucoup plus important que d’ordinaire.

« Qu’on gagne ou non, être finaliste du Grand Prix du Conseil des arts de Montréal, c’est vraiment quelque chose d’extraordinaire, conclut Mme Blackmore. Ça nous apporte plein de possibilités et ça nous donne une belle tape dans le dos pour continuer. Je ne sais pas pour les autres, mais personnellement, cette nomination m’a confirmé que nous étions capables de réaliser de grandes choses ! »