Fabien Dupuis sur scène et décorseté

Pour Isabelle, Fabien Dupuis s’est inspiré de l’antihéros du conte d’une quinzaine de minutes qu’il a présenté dans l’édition 2010 des Contes urbains, pour en faire un solo de 75 minutes.
Photo: François Pesant Le Devoir Pour Isabelle, Fabien Dupuis s’est inspiré de l’antihéros du conte d’une quinzaine de minutes qu’il a présenté dans l’édition 2010 des Contes urbains, pour en faire un solo de 75 minutes.

Depuis sa sortie de l’École nationale, en 1990, Fabien Dupuis a très majoritairement oeuvré à la télévision, notamment dans Virginie, une émission quotidienne à laquelle il a donné neuf ans de sa vie. À 47 ans, après avoir bénéficié des bons conseils de Luc Senay, d’Yvan Bienvenue et de Michel Marc Bouchard, le comédien se permet enfin de réaliser un vieux rêve : interpréter ses propres mots sur une scène de théâtre.


Lors de l’édition 2010 des Contes urbains, Dupuis a franchi une première étape en testant les confessions de son personnage, un antihéros prénommé Daniel, devant public. Les échos de la critique et du milieu, fort positifs, ont mis du vent dans les voiles du créateur, assez pour l’inciter à faire de son conte de 15 minutes un solo de 75 minutes.


« C’est bien évident que tous ces compliments et toutes ces tapes dans le dos m’ont poussé à écrire Isabelle, avoue l’éternel jeune homme. Mais j’ai vite réalisé que c’était viscéral, que c’était un appel puissant, qu’il était temps que je passe à l’action. Je n’en pouvais plus d’attendre continuellement après les autres pour travailler. J’aime toujours la télévision, je suis un maniaque de télévision, mais après 22 ans à devoir exister dans le désir des autres, il me fallait une pause, ne serait-ce que pour me voir différemment. Là, c’est moi qui désire, c’est moi qui me fixe des objectifs. Je ressens un calme nouveau depuis que j’écris et que je joue mes affaires. Ça me donne aussi une tout autre vision du jeu. Après toutes ces années à jouer pour la télévision, j’ai envie de parler fort, j’ai envie de bouger gros et de le faire pendant une heure et quart. C’est comme si un corset avait cédé. »


Durant toute son enfance, Daniel subit les agressions répétées d’une mère frustrée, une femme des années 1950, insatisfaite de son sort, disqualifiée et éteinte par sa société. Pour fuir les coups et les cris, le garçon trouve refuge auprès d’Isabelle, une cousine qui ne refuse jamais un match de lutte. Au fil du temps, leurs jeux deviennent de plus en plus intimes. Le jour où sa mère les surprend tous les deux en plein rapport sexuel, quelque chose se fracasse irrémédiablement dans la personnalité de Daniel. Lorsqu’on le retrouve, 25 ans plus tard, à l’enterrement de sa mère, alors qu’il renoue avec sa cousine, on constate que Daniel est resté un enfant.


Malgré la gravité des thèmes qu’il aborde, le créateur tient à préciser qu’il y a aussi beaucoup d’humour dans son « stand-up tragique », un solo dont Marc Béland signe la mise en scène. « Jamais le personnage ne s’apitoie, indique Dupuis. Tout simplement parce qu’il ne sait pas à quel point son récit est triste. Pour continuer à vivre, il baisse la tête et il fonce. Moi, pour entrer dans ces histoires qui trouvent un point de départ dans ce que j’ai vécu enfant, il a fallu que je fasse un peu la même chose. Je me suis appuyé sur des années de thérapie, mais j’ai aussi cherché à faire un peu abstraction de mes parents. Il fallait que je me fiche un peu de ce qu’ils allaient penser pour arriver à écrire librement et authentiquement. » Cette année 2012, où il est devenu père d’une petite fille et auteur d’une première pièce de théâtre, gageons que Fabien Dupuis n’est pas près de l’oublier.


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Collaborateur