Théâtre - L'autre voix de Marc Béland

Après le Hamlet qu’il signait l’an dernier au TNM, le metteur en scène Marc Béland s’attaque aux Bonnes de Jean Genet au Rideau vert.<br />
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Après le Hamlet qu’il signait l’an dernier au TNM, le metteur en scène Marc Béland s’attaque aux Bonnes de Jean Genet au Rideau vert.

Quand on pense à Marc Béland, on voit tout de suite le comédien à la télé, au théâtre et au cinéma: tout le monde sait qu'il peut tout jouer, l'a même vu dans un rôle impossible. Certains autres, moins jeunes disons, se souviennent aussi du Marc Béland danseur; puissant, énergique, se défonçant dans la présence absolue... Mais l'on oublie la plupart du temps qu'il pratique aussi la mise en scène de plus en plus assidûment depuis presque une vingtaine d'années. «Depuis 1994», dit-il en souriant.

On se rappellera peut-être que c'est lui qui a monté La petite scrap, puis Dévoilement devant notaire de Dominick Parenteau-Leboeuf et Monsieur Malaussène au théâtre de Pennac, des productions souvent intimes, ciselées, fines. Depuis quelques années, il a aussi signé des mises en scène remarquées, tâté de l'opéra, du spectacle de musique ou de poésie et, l'an dernier au TNM, son Hamlet a brûlé les planches, on le sait. Voilà maintenant que, dès mardi, Béland propose au Rideau vert sa version des Bonnes de Jean Genet.

Rien de moins.

Une histoire trouble

«Les bonnes, parce que c'est une pièce mythique. Parce que c'est Genet d'abord et que c'est d'une écriture tellement puissante... J'ai eu le goût d'y plonger comme metteur en scène pour le plaisir de définir le spectacle dans sa globalité avec des concepteurs que j'ai d'ailleurs souhaités tous féminins [ils le sont tous, à l'exception de Silvio Palmieri à la musique]... Pour laisser s'exprimer une autre facette de ma passion pour la scène... Une facette dans laquelle je me sens de plus en plus libre, où je peux affirmer ma liberté de créateur autrement et parler, presque, avec une autre voix...»

Béland dit d'abord chercher à s'approcher le plus près possible du texte de Genet et de sa densité; comme si, une fois là, il n'était plus possible que d'essayer d'étirer le temps pour en faire saisir toute la richesse. Il faut dire qu'il est servi avec ce texte que l'on a déjà abordé de tant de façons et auquel on a fait dire tant de choses.

Comment résumer en quelques mots ce chef-d'oeuvre en forme d'opéra rock avant la lettre virant au show de travesti violent? Ce paroxysme du faux semblant et du simulacre farci de tous les pièges du fantasme mal assouvi? Une fois placé le fait que deux soeurs un peu bizarres travaillent comme bonnes chez une dame riche un peu fêlée elle aussi, qu'elles détestent-envient tellement qu'elles s'inventent un rituel pour la tuer quand elle n'est pas là, on fait quoi?

Dans cet élégant décor tout en hauteur où il a choisi d'inscrire ses Bonnes, Marc Béland explique ce qu'il a voulu toucher de plus dans le texte de Genet en choisissant de le monter lui-même. «Cette histoire trouble de dépendance affective aiguë est un véritable défi. La petite vie ordinaire de ces deux soeurs — et surtout leur relation à la femme qui les emploie comme bonnes — met en relief un rapport amour-haine très particulier qui se transforme en relation victimes-bourreaux. Mais Madame n'est pas le monstre qu'elles décrivent; elle n'a pas tous les torts puisque les bonnes sont incapables de s'affranchir de leur bourreau. En fait, elles ne peuvent vivre avec... mais elles ne peuvent pas non plus vivre sans, Madame. Elles se piègent elles-mêmes dans une impasse en créant un monde de fantasmes dans lequel elles peuvent assumer leur désir de meurtre... jusqu'à ce que tout cela se retourne contre elles et qu'elles en implosent!»

Comme pour ajouter un point de suspension au bout de sa phrase, Béland souligne que le texte de Genet est de toute façon beaucoup plus riche et beaucoup plus complexe que toutes les interprétations qu'on peut en donner...

D'abord l'écriture

Mais comment le fait d'être aussi un acteur influence-t-il le travail du metteur en scène?

Marc Béland répond en soulignant que «les acteurs savent des choses que les metteurs en scène ne savent pas». Que, malgré les discussions de groupe autour d'une table quand on commence à travailler un texte, il reste toujours des zones floues, non éclaircies (souvent délibérément) par l'auteur du texte. Que ces zones-là sont cruciales et qu'il importe qu'ensemble on construise une histoire qui soit la même pour tous. Bref, que l'on joue dans la même pièce et sur des longueurs d'onde connues de tous. Surtout quand les horaires d'un peu tout le monde, comme ce fut le cas ici, impliquent que l'on répète dans des blocs de temps éparpillés depuis septembre 2011.

Marc Béland tient à préciser sa pensée: c'est d'abord l'écriture de ces Bonnes, qu'il décrit comme «dense, simple, précise», qui le fascine depuis longtemps. «Dès les premières répliques de la pièce, on est tout de suite dedans, à un niveau d'exaltation d'une très haute fréquence. C'est une écriture puissante, qui prend toute la place.» Mais le metteur en scène trouve tout autant son compte dans le plaisir relié au fait de doser avec justesse, avec précision même, tous les éléments de l'ensemble pour offrir au public un spectacle qui ne le laissera surtout pas entre deux eaux.

Le metteur en scène dira aussi qu'il a la chance de travailler avec trois actrices remarquables — Marquita Boies, Lise Roy et Louise Turcot — et, qu'après le «travail de table» en équipe, l'essentiel de son approche a été d'aider ses trois comédiennes à trouver leur espace de liberté...

«C'est parce que je suis aussi un acteur que j'ai tenté dès le départ de créer un climat de confiance dans lequel cela peut s'exprimer. Pour que mes interprètes se sentent libres, qu'elles existent d'elles-mêmes sur scène, qu'elles puisent dans leurs ressources en faisant confiance à leur intuition et qu'elles atteignent la même qualité vibratoire que l'écriture de Genet.»

Faire confiance à la liberté intérieure des actrices pour ancrer un texte comme Les bonnes dans la réalité des attentes que suscite toujours, même aujourd'hui, un Genet, c'est cool, non?
1 commentaire
  • Sylvio Le Blanc - Abonné 25 mars 2012 17 h 28

    Marquita Boies ou

    Markita Boies ?