Le Festival Haïti en Folie, pour donner espoir

Le chansonnier haïtien BélO en 2015
Photo: Francofolies de Montréal Le chansonnier haïtien BélO en 2015

Généralement, nous dit le chansonnier haïtien BélO, « lorsque je sors un album, j’aime bien voyager à travers le monde, mais surtout faire circuler l’album à l’intérieur du pays ». La pandémie, évidemment, l’a empêché de diffuser en spectacle les essentielles chansons de Motivasyon, son dernier album dédié, il y a trois ans, à la jeunesse, « l’espoir d’Haïti. Or, malheureusement, avec la situation sociopolitique qu’on traverse, je n’ai pu faire de tournée nationale, aller en province, à la rencontre des gens d’arrière-pays. Il reste encore à faire découvrir et à passer des messages », chez nous aussi, au festival Haïti en folie samedi, au parc La Fontaine.

La culture haïtienne a bien besoin d’une vitrine « en folie » ces jours-ci. Un festival comme le miroir de ce qu’elle a de plus riche à offrir, au moment où le pays traverse, depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021, une terrible crise économique et sécuritaire, les gangs de rue s’affrontant à toute heure du jour et de la nuit dans plusieurs régions difficiles, dont aux portes de la capitale, Port-au-Prince.

Le rôle de l’artiste

La situation porte à réfléchir sur le rôle de l’artiste, convient BélO — Jean Belony Murat de son vrai nom —, auteur-compositeur engagé, inventeur d’une chanson fusionnant le style troubadour au jazz, au reggae, au soul et au rara haïtien, musicien célébré en Europe depuis son premier album, Lakou trankil, paru en 2005. « Parfois, lorsqu’on est trop occupé par les problèmes — quand on a la tête trop dans la caisse, comme on dit —, on ne pense pas au rayonnement [de nos chansons], dit-il. Il ne faut pas voir la culture comme un concert que je donnerai samedi, mais l’impact [de la démarche]. Quel est notre devoir, à nous, gardiens du patrimoine, de l’identité d’un peuple ? »

« Effectivement, c’est dommage qu’on ne puisse pas donner autant de concerts en Haïti, mais c’est quand même pas mal qu’on puisse chanter ailleurs, poursuit BélO. D’autant qu’avec la pandémie, le secteur culturel a été un des plus affectés ; les artistes doivent continuer à vivre, continuer aussi à donner espoir, il faut le considérer. L’art va malgré tout continuer à exister. »

Créer malgré les embûches

 

BélO, lui, n’a pas cessé de créer malgré les embûches. La pandémie lui a donné le temps de mener de front trois nouveaux projets, dont deux verront le jour à l’automne : un album de chansons pour enfants, « celles qu’on me chantait lorsque j’étais petit » et qui méritent de ne pas tomber dans l’oubli, un album sur lequel il revisite son répertoire, mais avec des orchestrations faites de basses et de percussions traditionnelles, et une relecture de son tout premier album, « mais avec des voix féminines ». Un quatrième projet de chansons originales est aussi en chantier, en témoigne le nouvel extrait Marjori , qu’il lancera dans une dizaine de jours et qu’on espère entendre lors de son concert, samedi.

En plus de sa traditionnelle foire culinaire en plein air, le site du parc La Fontaine du festival proposera samedi, à 15 h, une rencontre avec Dany Laferrière ainsi que les performances de Rebecca Jean et l’animation musicale de Win Butler (Arcade Fire) et Paul Beaubrun (fils du chanteur du groupe Boukman Eksperyans), avant le concert de BélO à 20 h 30 . Dimanche, ce sera le duo Bel & Quinn (15 h 30), Wesli, Kabysh et Magdala (17 h). Un concert spécial de Corneille « rencontre Haïti » clôturera l’événement.

À voir en vidéo