Naxx Bitota et Kizaba nous donnent des nouvelles du Congo

Naxx Bitota est l’une des quelques représentantes de la riche culture musicale congolaise à l’affiche de cette édition du festival.
Photo: Adil Boukind Le Devoir Naxx Bitota est l’une des quelques représentantes de la riche culture musicale congolaise à l’affiche de cette édition du festival.

Écrasée par la pandémie, la guerre en Ukraine, la canicule, la visite du pape au Québec et que sais-je encore, l’actualité provenant du continent africain peine à capter notre intérêt. Naxx Bitota et Kizaba s’en désolent eux aussi, d’autant que les nouvelles importantes se bousculent dans leur pays d’origine, la République démocratique du Congo (RDC). Parlons musique et politique avec ces deux artistes montréalais à l’affiche du Festival international Nuits d’Afrique.

Naxx Bitota a choisi de lancer Kuetu, son premier album, le 30 juin dernier, jour du 62e anniversaire de l’indépendance de son pays natal. Kuetu, qui veut dire « chez nous » en tshiluba, l’une des quelque 200 langues ethniques parlées en RDC, le pays le plus peuplé (près de 100 millions d’habitants, selon les estimations) de toute la francophonie.

« Ce disque est un hommage à mes racines » à travers les musiques populaires du Congo-Kinshasa, la rumba bien sûr, le mutuashi et le sebene, tout ça métissé avec les influences pop, jazz et gospel de la musicienne. Sa voix est d’une telle douceur qu’à chacune de ses chansons, Naxx Bitota semble vouloir nous enlacer. « C’est vrai qu’on me dit ça souvent, répond-elle. Le public a l’habitude de me voir sur scène danser et animer la soirée, alors qu’en écoutant mon album, on remarque plutôt la douceur. On me dit que c’est agréable de me découvrir comme ça ! »

En concert le 24 juillet sur le grand site extérieur du festival, au Quartier des spectacles, Naxx Bitota est l’une des quelques représentantes de la riche culture musicale congolaise à l’affiche de cette édition du Festival international Nuits d’Afrique. Comptons-les : Joyce N’Sana (du Congo-Brazzaville, nuance !), Kizaba, Blaise Labamba & Kotakoli et Zilla Manikongo (le 23 juillet, scène extérieure). Leur présence marquée à l’affiche est attendue : les Québécois d’origine congolaise constituent l’une des plus importantes communautés d’origine africaine dans notre province.

« On forme vraiment une petite famille », assure Kizaba, en parlant des musiciens québécois ayant des liens avec la RDC. « On se soutient, tous ensemble ». À preuve, l’ami Pierre Kwenders, sans doute le plus notoire des Congo-Québécois, collabore à son prochain album, attendu en novembre, dont il dévoilera quelques extraits lors de son concert vendredi, au théâtre Fairmount. S’éloignant un tantinet des influences pop-rock de son précédent disque, Lionel Kizaba embrasse aujourd’hui la vision « afro-futuriste » de sa pop teintée de soukouss, façon « afrobeats » comme le font Wizkid et Burna Boy.

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Naxx Bitota a grandi en Belgique, qui célèbre le 21 juillet sa fête nationale. Dans sa traditionnelle adresse à la nation, le roi Philippe a évoqué sa récente visite en RDC, à l’invitation du président Félix Tshisekedi : « Lors de notre voyage […], nous avons pu tourner une page importante de notre histoire commune avec la RDC. Les choses ont été dites, des gestes forts ont été posés », a-t-il déclaré, faisant allusion aux « plus profonds regrets » qu’il a exprimés dans une lettre au chef de l’État congolais pour « les blessures, les souffrances et les humiliations » subies par son peuple durant la colonisation.

Kizaba se dit « insulté » par cette visite chargée en symboles, notamment celui de la rétribution à la RDC de la dent de l’homme d’État Patrice Lumumba, héros national, acteur crucial de l’accession à l’indépendance du pays, assassiné en 1961 et dont les circonstances de la mort font à nouveau l’objet d’une enquête des autorités belges. « Je n’ai aucun problème à ce qu’on accueille le roi, mais pourquoi ? Je ne fête jamais l’indépendance [de la RDC], parce que je sais la souffrance. La Belgique continue de régner sur le Congo, jusqu’à aujourd’hui. Si au moins sa visite avait servi à créer de l’emploi et aidé à soulager la population, j’aurais été content. »

« On fête le 62e anniversaire de l’indépendance, mais nous ne sommes pas encore vraiment indépendants », renchérit Naxx Bitota. « Quand nous laisserons-nous gérer nous-mêmes notre pays ? Que le président déroule le tapis rouge, c’est bien, un signe de respect. Mais la dépouille de Lumumba, cette fameuse dent qu’on restitue, je trouve ça insultant. Parce que, comme je le disais lors du lancement de mon album : “Lumumba est mort gratuitement, et il se battait pour un idéal noble !” On l’a enlevé à sa patrie, à sa famille, alors qu’il se battait pour toute l’Afrique, et ça a pris des années avant qu’on finisse par le reconnaître. »

Dans son discours, le roi des Belges a également invité la population à participer, « avec la communauté internationale, à la résolution du conflit si meurtrier qui se déroule dans l’est du Congo ». Un autre important dossier de l’actualité congolaise : la résurgence du M23, un mouvement rebelle qui force le déplacement de centaines de milliers de Congolais fuyant la région du Nord-Kivu et que l’on soupçonne (à nouveau) d’être financé par l’État rwandais voisin.

Le retour du M23 sème l’inquiétude dans les chaumières congo-québécoises, assurent Naxx Bitota et Kizaba. « On en parle, et pas assez, au risque de passer pour une chialeuse ! » déplore Naxx Bitota. « Même les journalistes qui couvrent le conflit sont en danger. On peut se sentir déconnectés de ce qui se passe dans l’est ; c’est le devoir de tous, et de chaque Congolais, de faire l’effort de s’informer » à propos de ce conflit. « Et moi, en tant qu’artiste, j’essaie de faire ma propre petite contribution en parlant de ce qui se passe là-bas. »

Kizaba sera en concert le 22 juillet au théâtre Fairmount. Naxx Bitota chantera le 24 juillet, sur la scène de l’Esplanade, au sein du site extérieur du Festival international Nuits d’Afrique, avant le concert de clôture d’Yemi Alade.

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