Alanis Morissette mène le bal des années 1990 au FEQ

Des plaines bondées, un public multigénérationnel ; Alanis Morissette attirait la foule idéale pour le Festival d’été de Québec.
Photo: Sébastien Dion Des plaines bondées, un public multigénérationnel ; Alanis Morissette attirait la foule idéale pour le Festival d’été de Québec.

Après un jeudi soir désastreusement pluvieux, le ciel s’est dégagé pour l’arrivée sur les plaines d’Abraham de l’égérie pop-rock-alternatif canadienne Alanis Morissette, qui poursuivait au Festival d’été de Québec (FEQ) sa triomphale tournée soulignant (avec deux ans de retard forcé par le COVID-19) le 25e anniversaire de la parution de son classique Jagged Little Pills. Avec Garbage en première partie et, plus loin au parc de la Francophonie, les héros du skate punk Pennywise et Millencolin, le rock des années 1990 a tonné de toutes ses guitares hier soir au coeur de la Capitale.

Des plaines bondées, un public multigénérationnel ; Alanis Morissette attirait la foule idéale pour le Festival d’été de Québec. L’Ottavienne d’origine a ainsi glorifié les chansons de l’album qui l’a consacrée en 1995 et qui s’est écoulé depuis à plus de 34 millions d’exemplaires. Débutant avec force et se concluant avec autant d’impact, son concert a toutefois souffert de quelques enchaînements doux, voire mous, qui ont failli à garder le public attentif d’un bout à l’autre.

Les quelque vingt premières minutes de sa performance ont été irréprochables, Morissette enfilant All I Really Want (la première chanson de Jagged Little Pill, ça donne le ton de la soirée !), Hand in my Pocket (fameuse interprétation !) et Right Through You, toutes livrées avec la passion et l’appétit de la jeune vingtenaire qu’elle était au moment de la sortie dudit album. Elle avait le feu, parcourant la scène de long en large, bougeant nerveusement comme toujours, comme prise de spasmes, la voix perçante et chevrotante n’ayant rien perdu de son éclat.

Et ce sourire, ces étoiles dans les yeux, encore. Alanis Morissette a toujours eu (du moins, depuis Jagged Little Pill) cette plume confessionnelle, et s’est épanchée sur ses albums suivants à propos de sa vie personnelle, pas si simple, eu égard notamment à ses problèmes de consommation, comme sur la chanson Reasons I Drink (de son 9e album, Such Pretty Forks in the Road, paru en 2020) qu’elle offrira à la mi-concert. La voir aussi enjouée et dynamique sur scène laissait croire que cette tournée a des facultés rajeunissantes.

Or, ça n’a pas duré, et déjà passé You Learn et Forgiven, Morissette avait trouvé un pied pour y accrocher son micro et quelqu’un pour lui passer une guitare au cou. Le ton allait prendre une allure plus confidentielle, d’abord avec beaucoup d’émotion, sa version de Mary Jane semblait lui faire monter les larmes aux yeux, et aux nôtres par le même effet. Mais la suite, faite d’enchaînements de chansons douces de l’album célébré ou du reste de son répertoire, nous a rendus quelque peu impatients de retrouver l’Alanis rageuse du début du concert. L’excellente et plus rythmée Head Over Feed servie à la mi-concert n’a pas eu l’effet escompté, alors que la musicienne et ses accompagnateurs ont poursuivi avec d’autres douceurs, jusqu’à la puissante finale, Ironic (Morissette donnant le micro à la foule pendant le premier couplet), Smiling et, bien sûr, You Oughta Know.

En premières parties, les cadettes de Beaches ont parfaitement mis la table à cette soirée avec un rock bien croustillant, puis Garbage (qui n’a jamais vraiment cessé d’enregistrer des albums, sinon brièvement dans les années 2000) a pris les plaines d’assaut. Des guitares partout autour du Manège Militaire, celles de Garbage prenant des formes multiples : shoegaze, post-punk, industriel façon Nine Inch Nails, tout ça servi à cette sauce pop et parfois vaguement électronique qui a rendu si unique le groupe mené par la chanteuse écossaise Shirley Manson.

Laquelle a redoublé d’efforts toute la soirée pour s’adresser à son public en français, sa maîtrise de notre langue étant d’un niveau tel qu’on la suggérerait pour le poste de p.-d.g. d’Air Canada – les attentes sont déjà basses, direz-vous, mais la prononciation de Manson était non seulement correcte, ses phrases aussi étaient complètes. Et son chant aussi séduisant et ténébreux qu’avant. Le groupe a survolé son répertoire, des plus récentes (Godhead, d’un album paru à l’été 2021) aux plus classiques Queer, Stupid Girl – la bougie d’allumage du succès du groupe – et, bien sûr, I’m Only Happy When It Rains, qu’il faisait bon réentendre.

Shirley Manson aura cependant bien été la seule heureuse jeudi soir dernier au Festival d’été de Québec. Ce soir-là s’annonçait pourtant nourrissant avec sa solide affiche rap sur les deux scènes du parc de la Francophonie et un programme placé sous le signe de la pop et du reggaeton avec, en tête d’affiche, nul autre que l’auteur-compositeur du succès Despacito, le Portoricain Luis Fonsi.

La file pour accéder au parc de la Francophonie était déjà impressionnante lorsque le groupe Snotty Noze Rez Kids, formé de rappeurs de la nation Haislas de Colombie-Britannique (et dont le récent album Life After a été retenu dans la courte liste du prix Polaris) a balancé ses premières rimes, suivi de la rappeuse new-yorkaise Young M.A., une rare visite en nos contrées. Au tour de l’excellent Freddie Gibbs (qui a offert une performance autoritaire et sans flaflas), la file d’attente faisait maintenant quelques coins de rue, les festivaliers étant admis sur le site au compte-gouttes.

Sauf qu’en chemin vers la scène plantée devant l’Assemblée Nationale pour assister au concert de Gros Mené, le ciel s’est déchaîné. Sur les plaines, la soirée s’annonçant latino est soudainement devenue belge : les trombes d’eau tombaient sur Québec, les éclairs déchiraient la noirceur. La plupart des festivaliers ont cherché à s’abriter, les autres, sans parapluie ni imper, acceptaient leur sort.

À 21 h 20, l’organisation du FEQ a annoncé sur les réseaux sociaux être dans l’obligation d’évacuer l’ensemble des sites extérieurs. La soirée devenait incertaine, d’autant que l’organisation du FEQ tardait à offrir une déclaration sur les réseaux sociaux. On a d’abord vu défiler le public du parc de la Francophonie, puis celui des plaines, avant de conclure que tous les concerts avaient été annulés en raison des intempéries. Prix de consolation, le concert de Luis Fonsi a été déplacé à l’intérieur du Manège Militaire, à 22 h 30, pour seulement 800 chanceux…

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