Les Vulgaires Machins, de retour et prêts à en découdre

«Oui, on mord toujours, mais la question est: comment? Ça ne nous intéresse pas de revenir après 10 ans pour redire que la politique, c’est de la marde. Ça fait depuis 1996 qu’on le dit!» lance le chanteur et guitariste Guillaume Beauregard (au centre). «Nous qui attendions le bon moment pour revenir à la scène, il est apparu sans qu’on s’en aperçoive», ajoute Marie-Ève Roy.
Photo: Kelly Jacob «Oui, on mord toujours, mais la question est: comment? Ça ne nous intéresse pas de revenir après 10 ans pour redire que la politique, c’est de la marde. Ça fait depuis 1996 qu’on le dit!» lance le chanteur et guitariste Guillaume Beauregard (au centre). «Nous qui attendions le bon moment pour revenir à la scène, il est apparu sans qu’on s’en aperçoive», ajoute Marie-Ève Roy.

Après s’être accordé une salvatrice pause de 10 ans, Vulgaires Machins reprend du collier : en décembre dernier, le groupe punk rééditait son catalogue en format numérique, et il s’apprête maintenant à distribuer l’édition vinyle du coffret, trois mois après avoir dévoilé Je lève mon verre, premier extrait du prochain album, attendu en octobre — juste après les élections provinciales ! « Oui, on mord toujours, mais la question est : comment ? Ça ne nous intéresse pas de revenir après 10 ans pour redire que la politique, c’est de la marde. Ça fait depuis 1996 qu’on le dit ! » lance le chanteur et guitariste Guillaume Beauregard.

Marie-Ève Roy pouffe de rire : « On le dit autrement aujourd’hui, on est rendus philosophes ! » Pour discuter avec Le Devoir, les Vulgaires interrompaient leur journée de répétition en vue du concert qu’ils offriront samedi soir au Festival d’été de Québec, en première partie du non moins mordant et engagé groupe rock américain Rage Against the Machine.

Lui aussi a bien choisi son moment pour remettre du gaz dans son moteur et rager contre le capitalisme sur les scènes du monde. « On dirait que, nous, les artistes, on a des antennes » pour capter l’ambiance du monde, rendu incertain par la montée de la droite, le clivage politique, la crise climatique et les conflits armés, estime Marie-Ève. Disons qu’on ne manque pas de raisons de gueuler ces temps-ci, ce que nous ferons sans ménagement sur les plaines d’Abraham samedi.

« Nous qui attendions le bon moment pour revenir à la scène, il est apparu sans qu’on s’en aperçoive », ajoute Marie-Ève. Guillaume renchérit : « En tout cas, ça démontre que notre démarche artistique est cohérente avec ce qu’on vit et ce qu’on ressent, si bien qu’on dirait que le timing semble bien choisi. Sauf qu’on n’a pas choisi de vivre dans cette époque quasi dystopique ! C’est quand même le fun de se dire qu’un groupe comme Rage Against the Machine revient et occupe une si grande place au FEQ, car ce que j’entends dans tes questions, c’est : on a besoin de renverser la vapeur avec la musique. Et nous, on fait ce qu’on peut pour y contribuer, à notre façon. »

Une pause bénéfique

 

Vulgaires Machins n’est pas qu’un des plus grands groupes punk de l’histoire du Québec, mais aussi un de ses plus militants. Paru en 2011, son dernier album, Requiem pour les sourds, s’ouvrait avec Le mythe de la démocratie : « Quelle vaste hypocrisie nous assène / pour donner l’impression qu’ils ont la volonté du geste / en fonction de c’qu’on adresse / Le pouvoir au peuple est la fausseté la plus crasse ».

« Lorsqu’on a fini d’enregistrer Requiem, déjà, on sentait qu’on avait envie d’aller ailleurs », explique Marie-Ève pour justifier la longue pause entre ce classique et l’album à paraître. « Moi, je devais avancer par moi-même, gagner de la confiance et trouver ce que j’avais à dire, moi, de mon côté. J’avais aussi envie d’être douce, pour laisser une autre facette de moi s’exprimer », ce qu’elle a accompli sur le bel et tendre Bleu Nelson, paru en 2016. « Pendant ces dix ans, j’ai eu des enfants, j’ai vécu autre chose », ce qui a nourri les thèmes et les textes du prochain album, sur lequel sa présence se fait davantage entendre que sur les précédents albums des Vulgaires.

Guillaume parle d’une pause bénéfique « nous ayant donné le recul nécessaire pour comprendre qu’il fallait trouver une autre façon de s’exprimer que de rager contre le système et le capitalisme — pas que notre opinion ait changé, mais nous avions besoin de trouver de nouveaux ancrages à nos chansons et à notre démarche. Maintenant que tout ça a été dit [sur les vieux albums] et qu’on sent qu’on a fait le tour de la question, que fait-on ? C’est ça qui est intéressant dans la démarche du retour à la scène et au studio : se questionner, comme humain, comme citoyen, et se demander comment faire pour participer positivement à cette affaire, ce monde, qui part en couille. »

« On ne peut plus être nihilistes, sans espoir, et cracher sur tout ce qui bouge, indique Marie-Ève. J’ai des enfants qui grandissent, je veux donner du sens à tout ça ! » La nouvelle chanson Je lève mon verre — qui passe pour une ballade en comparaison avec le reste du répertoire Vulgaire — est de cette eau, une grande accolade offerte « Aux pauvres et aux déchus / aux drogués, aux perdus / aux préposés aux bénéficiaires […] ceux qui mettent des haut-parleurs sur leur bicycle / ceux qui mettent des lutins sur leur portique / C’est si beau quand on s’aime / Je lève mon verre / À la santé de l’amour », chante Guillaume.

« Pour nous, ça semblait important, après 10 ans d’absence, de commencer par lever nos verres [aux gens de bonne volonté] pour clairement établir les intentions des Vulgaires au moment de revenir, souligne Guillaume. On n’est pas dans une dynamique où on s’en vient jeter de l’huile sur le feu » d’un monde déjà assez divisé comme ça. « Oui, l’album est baveux, parfois irrévérencieux, mais cette chanson est importante parce qu’elle exprime l’intention derrière notre démarche. »

« Moi, poursuit-il, maintenant que l’album est fait, que les textes sont écrits, j’ai la conviction qu’on a réussi notre pari », celui de renaître après 10 ans de silence avec une vision, pertinente et différente, du monde qui nous entoure. « Je vis la gratification d’être passé à travers ça, d’être satisfait du résultat, d’assumer ce qui est dit. Après, je comprends qu’à un moment donné, la musique devient nécessaire lorsque les gens sont outrés, attristés, révoltés. La musique est fédératrice, elle est une raison de nous rassembler et de nous mobiliser. Au point de modifier le résultat d’une élection, ça, j’en suis moins sûr… »

Vulgaires Machins sera en spectacle sur les plaines d’Abraham samedi, à 19 h 30, à l’affiche du Festival d’été de Québec. Le groupe sera suivi par Alexisonfire (20 h) et Rage Against the Machine (21 h 30).


Rage Against the Machine vu par les Vulgaires Machins

« Rage Against the Machine n’a probablement pas été une influence sur le plan musical, mais sur le fond, certainement. La première fois que j’ai entendu les chansons du groupe, je me souviens d’avoir été très, très ému par le propos extrêmement cru, la façon d’assumer complètement ses opinions et son rejet des conventions, même d’un système », raconte Guillaume Beauregard.

Marie-Ève Roy évoque aussi « cette colère, ce défoulement » qui accompagnent l’engagement politique et social de Zach de la Rocha et de Tom Morello, dont le premier album (Rage Against the Machine, 1992) est un monument de rock révolutionnaire, porté par les incendiaires Bullet in the Head, Know Your Enemy et Killing in the Name.

« Rage Against the Machine fait partie de ces groupes et de ces artistes qui m’ont aidé, jeune ado que j’étais, à valider mon envie de prendre une direction musicale plus politique et assumée », dit Beauregard.



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