Gab Paquet, ce grand séducteur

Le phénomène pop «érotico-spirituel» Gab Paquet occupera la scène samedi au Festival d’été de Québec.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Le phénomène pop «érotico-spirituel» Gab Paquet occupera la scène samedi au Festival d’été de Québec.

Soyons reconnaissants que Gab Paquet ait choisi de devenir une vedette de la pop, car il aurait pu devenir un dangereux gourou. Chemise échancrée, coupe Longueuil, moustache handlebar, voix suave, refrains puissants, Paquet a aussi cette fascinante manière de chanter le sexe et la spiritualité comme deux côtés d’une même médaille. Et ça fait de l’effet : poursuivant sa tournée Séduire pour survivre, qui l’a mené en avril dernier dans un Club Soda plein à craquer d’adeptes, le bellâtre, « la perfection faite homme », donnera un concert samedi au Festival d’été de Québec (FEQ). Préparez-vous à mouiller vos caleçons.

Il n’adhère à aucune secte, ne s’associe à aucune religion, mais dit tout de même s’intéresser à la spiritualité grâce à un oncle avec qui, jeune, il avait l’habitude de regarder « des vidéocassettes de documentaires sur les soucoupes volantes, Roswell, ce genre d’affaires là », très new age, qu’il qualifie de « kitsch spirituel » et qui donne une partie de sa saveur à l’hallucinant La force d’Éros.

« Y’a des gens qui viennent à mes spectacles qui ont des boutiques ésotériques ; pour eux, je parle leur langage, dit Gab Paquet. Mon inspiration, c’était Francis Martin, alias James K. Field. J’avais accumulé des chansons à saveur spirituelle et new age, ça m’amusait beaucoup. Je m’étais dit qu’un jour, je ferais un album de pop érotico-spirituelle, alors je suis allé au bout de ça avec La force d’Éros », album paru en février 2021 qu’il défendra à nouveau au FEQ, tout en présentant déjà du nouveau matériel.

Une anomalie

 

Comme sa plus récente, la chanson Vies antérieures, et son extravagant clip portant la signature du cinéaste Ariel Poupart « dans lequel j’ai le bonheur d’incarner un Indiana Jones québécois ». Il s’agit d’une chanson composée pour La force d’Éros, mais laissée de côté en raison de son énergie plus rock. Sa thématique, dit Paquet, pourrait annoncer l’esthétique du prochain album, déjà en chantier — appelons ça une « chanson transitoire, à la sauce rock. Y’a du Marjo dans le son de la guitare, ça fait penser au bon vieux rock québécois, on se dirige vers ça, en empruntant des codes du metal même. En résidence de création récemment, on écoutait du Judas Priest, ça nous a inspirés. Le batteur Jean-Étienne [Collin Marcoux, aussi du groupe Beat Sexü] s’est acheté une batterie électronique Simmons, on entend le son de Genesis [des années 1980] », ça aussi, ça l’inspire.

Gab Paquet est une anomalie dans le paysage québécois. Au premier coup d’oeil, on remarque son sens de l’humour, le second degré de sa démarche, et ça, il en est bien conscient. « Bien sûr qu’il y a un second degré, mais ça ne se limite pas qu’à ça », spécifie le musicien, qui avait assuré la première partie de Michel Louvain (!) à la place D'Youville à l’affiche du FEQ en 2017.

« Au bout du compte, les chansons que j’écris viennent d’émotions sincères. Oui, on peut rire, mais y’a des choses qu’on peut prendre au sérieux. J’ai beau parfois présenter des chansons en faisant des blagues, mais en les écoutant, quelque chose rattrape l’auditoire qui peut se dire : “Ah, je viens de vivre quelque chose…” » La clé, c’est que Gab Paquet chante avec une telle sincérité qu’on ne peut faire autrement qu’y croire. « Quand j’étais plus jeune, je me souviens que j’avais la cassette des Platters, j’ai toujours essayé de chanter comme eux, en niaisant, au début. Mais à un moment donné, j’ai assumé, et ça a donné cette direction musicale. Chanter la romance, le charme, mais avec un autre degré de compréhension. »

« Vive Le Pantoum ! »

Sur le plan strictement musical, il est carrément bluffant. Les orchestrations de ses chansons pop-soft rock sont si bien référencées qu’elles auraient pu se retrouver telles quelles sur l’album Hélène (1989) de Roch Voisine ou Sur le chemin des incendies (1988) de Paul Piché. Ce millésime de la variété québécoise, avec ses couleurs de synthés, ses grooves louches, les voix glorifiées dans le mix. « Avec mon équipe, c’est ce qu’on visait ! ajoute Paquet. On est tous des admirateurs des B.B. et de Roch Voisine, on a essayé de reproduire ces tons de guitare, ces sons de batterie, avec les bons synthés des années 1980 et 1990. La recherche du bon son a été approfondie sur ce projet. »

Tout aussi fascinant est le succès que remporte Gab Paquet, qui passera le reste de l’été à butiner d’une scène de festival à l’autre, attirant les grosses foules sans jamais vraiment avoir pu compter sur l’appui des radios — sa chanson Magie rose a cependant bénéficié d’une providentielle diffusion grâce à un placement pour la pub télé d’un fournisseur de services de téléphonie cellulaire. Paquet se présente comme le libidineux chanteur de charme des temps modernes calqués sur ceux d’une autre époque, mais son succès est aussi celui d’une communauté de musiciens de la capitale réunis par Le Pantoum, à la fois studio d’enregistrement et salle de spectacle.

« Le Pantoum a tellement aidé à développer la scène musicale locale de Québec. L’énergie qu’ont mise ces gens, ces gens de coeur, a permis de créer quelque chose de rassembleur, de fédérateur. On se tient tous ensemble, on partage des connaissances, des contacts. Avant, y’avait rien qui se passait à Québec ; tout le monde allait à Montréal pour faire de la musique. Lorsque Le Pantoum est né, ça a été la concrétisation d’un rêve qu’on a toujours eu d’avoir un lieu avec tout ce dont on a besoin, des locaux de répétition, des studios, des gens qui répondent à tes questions à propos des demandes de subvention, etc. Ça fait qu’aujourd’hui, des projets comme ceux d’Ariane Roy, de Valence ou d’Hubert Lenoir peuvent se professionnaliser plus rapidement. Vive Le Pantoum ! »

À voir en vidéo