Pleurons en choeur avec Étienne Coppée

Sa carrière ne fait que commencer, mais Étienne Coppée a compris que dans l’authenticité et la simplicité des mots se trouve la clé vers les émotions.
Marie-France Coallier Le Devoir Sa carrière ne fait que commencer, mais Étienne Coppée a compris que dans l’authenticité et la simplicité des mots se trouve la clé vers les émotions.

Quatre mois après avoir été sacré vainqueur de la 25e édition des Francouvertes, Étienne Coppée se présente avec un premier album d’une désarmante bienveillance et à contre-courant des tendances musicales du moment. Une poésie au parfum de patchouli, des mélodies emphatiques, des chansons folk aux accents soul et gospel enregistrées de façon à nous donner l’illusion qu’il est là, devant nous, à nous cajoler en ces temps où plusieurs ont justement besoin d’être rassurés.

« Pleurer, c’est une forme d’exutoire, dit Étienne Coppée. Je pense que si tout le monde pleurait une bonne shot ensemble, au même moment, on irait mieux sur terre. » Il dit ne pas pleurer beaucoup dans la vie, mais le fait souvent dans ses chansons, au point d’en faire le titre de l’album : Et on pleurera ensemble, une strophe qu’on entend dans la chansonRien de plus grand, vers la fin du disque. « Pour moi, ce titre d’album me paraît un peu cocky, commente le musicien. Je ne m’imagine pas qu’on pleurera tous ensemble, mais c’est la phrase qui représente le mieux toute l’histoire [de cet album]. »

« Je pleurerais plus si je le pouvais, échappe Coppée. Or, je ne sais pas pourquoi, quelque chose se bloque en moi. [Ce titre] est peut-être psychanalytique ? J’essaie de sortir ça dans ma musique pour permettre aux gens de faire ce que je n’arrive pas à faire. En tout cas, j’ai ce rapport aux émotions [dans mes chansons], je trouve ça beau. »

Cela transparaît dans l’album, c’est encore plus patent lorsqu’on le voit en concert. Les musiciens de son orchestre sont tous des amis, à commencer par sa choriste Flavie Melançon, « son ancrage », sa confidente, son inséparable depuis le secondaire, et désormais en concert. Elle fut même son arme secrète lui permettant de franchir les étapes des Francouvertes : lorsqu’ils se retrouvaient au même micro, Étienne s’accompagnant au ukulélé, l’émotion perçait la salle du Lion d’Or jusque dans nos salons lors de cette édition webdiffusée.

Voilà pourquoi l’amitié est le thème central de son œuvre. « Je me sens très chanceux d’avoir ces gens qui m’entourent. En amour, au travail, en amitié, en famille, c’est toujours un peu une loterie : les plus chanceux vont trouver l’âme sœur, cet amour qu’on cherche tous. Moi, j’ai trouvé des âmes sœurs en amitié. Je me trouve chanceux, j’ai beaucoup d’amour autour de moi, et c’est au fond ce que j’essaie de redonner en musique. »

Il a beau affirmer écouter beaucoup de rap, citant les longs albums de Nekfeu et de Kanye West pour illustrer la différence entre les neuf chansons en 27 minutes de son premier album, Étienne Coppée, 26 ans, est un anachronisme. Il a grandi à Outremont, mais sa musique le renvoie plutôt dans une commune hippie du milieu des années 1970, au moment où paraît le premier album d’Harmonium, influence musicale déterminante dans sa manière d’écrire et de concevoir la chanson. « Mes deux gourous, ce sont Harmonium et Bon Iver », ce dernier ayant inspiré la réalisation — un travail de Salomé Leclerc, Simon Kearney et Coppée — et les prises de son en dentelle, rendues possibles grâce à l’utilisation de plusieurs microphones vintage.

« J’ai une fascination pour Harmonium, admet-il. Quand une mélodie est tellement bien ficelée, avec les paroles, que tu l’écoutes pour la première fois et tu te dis : “Bien sûr ! Ça va de soi que ça existe.” Moi, je ne peux concevoir un monde dans lequel le premier album d’Harmonium n’existe pas. La musique, les harmonies, la proposition est tellement claire, ça devient comme un pays dans lequel t’aurais envie d’habiter. »

« Une des choses que je retiens d’Harmonium, poursuit-il, c’est la beauté dans la répétition d’une phrase, qui devient une sorte de mantra prenant de plus en plus de sens à force de la chanter. Juste une phrase peut devenir tellement rassembleuse. Tu peux l’entendre pour la première fois de ta vie en spectacle, et au bout de trois répétitions, tout le monde la chante. Ça devient facile pour le public d’embarquer. »

Sa carrière ne fait que commencer, mais Étienne Coppée a compris que dans l’authenticité et la simplicité des mots se trouve la clé vers les émotions. Il y a quatre ans à peine, il écrivait ses premières chansons, dans le sous-sol de son appartement, pour soigner une peine d’amour. Un micro, son piano, son ukulélé, et le logiciel Garageband comme studio. Sa grande sœur lui a suggéré de s’inscrire à l’École de la chanson de Granby. « Ils demandaient qu’on leur envoie deux chansons, je leur en ai envoyé deux, et ils m’ont pris. C’était l’entièreté de mon répertoire. […] Peu après, j’ai été accepté à la résidence de création de Petite-Vallée. Je dis que c’est à Granby que j’ai compris que je voulais faire ça dans la vie, écrire des chansons, mais que c’est à Petite-Vallée que j’ai compris que je pouvais faire ça dans la vie », comme métier.

La semaine précédant la finale des Francouvertes en mai dernier était diffusée celle de la télésérie à succès M’entends-tu ?, à Télé-Québec. Les adeptes se souviendront encore de cette magnifique scène à la fin de l’épisode et de la chanson qui accompagnait les images : Demain il fera beau, tirée du premier EP de Coppée. Sa première carte de visite pour le grand public, un de ces airs de chanson gospel dont le musicien semble avoir le secret.

« Y’a [de la] soul en moi que je ne m’explique pas vraiment. Naturellement, en jouant au piano, j’ai envie de progressions d’accords plus soul, plus gospel. Je pense aussi que je le fais à ma manière : Demain il fera beau, c’est fondamentalement une chanson gospel. [Sur le nouvel album], Le vent se lève est ma chanson la plus soul, pas forcément dans les codes du genre, mais qui emprunte ce feeling. C’est dans la couleur des accords et ma manière de chanter. [La] soul et le gospel, ce sont les musiques qui me parlent le plus ; je trouve que ce sont les musiques parfaites pour exprimer des émotions. »

 

Et on pleurera ensemble

Étienne Coppée, Simone Records. Dès le 22 octobre.

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