Geneviève Binette, de la chanson surf pour émerger mieux

«Il y a une immédiateté dans la chanson surf qui me plaît profondément», explique Geneviève Binette.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir «Il y a une immédiateté dans la chanson surf qui me plaît profondément», explique Geneviève Binette.

C’était en 2019, fin mai. Il y avait à la PdA une première médiatique de Rufus Wainwright, le même soir que le lancement du minialbum Cannibale (ma faim de toi) au Verre bouteille. Rufus avait préséance, de toute évidence. Qui plus est, on avait le temps, on aurait un tas d’occasions d’aller surfer sur les nouvelles plages de Geneviève Binette. Croyait-on. Nous voilà en juin 2021, et un autre minialbum de la même Geneviève nous arrive sur la crête de la bonne vague qui mène au premier été déconfiné depuis… 2019. Espère-t-on.

« C’est pas un volume deux, mais on peut dire que c’est la face B », nuance joyeusement la surfin’ chansonnière. « On pense à les regrouper en un seul disque 33 tours, les cinq titres de Cannibale sur un bord, les six de Fille de l’océan sur l’autre. » Avec les deux ans d’intervalle entre les gravures. Compressées. Pas oubliées, pas niées. Écrapouties. « Ce ne sont pas des années vides. Mon chum est dans une famille d’agriculteurs, j’ai découvert que la vie existe entre les shows. Que le matin existe. Que les choses prennent le temps qu’il faut. La pandémie se vit autrement qu’en attente. »

L’eau et la terre

Pas très chanson surf, le retour à la terre. Et pourtant si. Il n’y a pas loin entre la Geneviève Binette aquatique’n’roll de Fille de l’océan (« On le sait sans pouvoir l’expliquer vraiment / Qu’il y a un monde nouveau qui nous attend / Une sorte d’Atlantide perdue, un recommencement ») et la Geneviève Binette des grands champs d’Une nouvelle saison (« La terre est en dormance / Mais sous la glace, y’a la vie qui danse »). On pourrait ajouter : qui danse le twist, le cha-cha… et le swim. « C’est ce qui m’a séduite dans la musique surf, la musique pop du début des années 1960. Du Roy Orbison, du Ventures, du Beach Boys : ça fait du bien. Sans nostalgie. Ça fait du bien tout le temps. » Même la tristesse a des fourmis dans les jambes, et les guitares bercent autant qu’elles résonnent.

L'album «Fille de l’océan» de Geneviève Binette

On peut parler de tout dans la chanson surf. La sensualité goûte le sel dans On monte au ciel, où le lit et la plage se confondent. On va sous l’eau, la pétillante chanson très pop–surf–yé-yé qui clôt le minialbum, est un véritable réquisitoire contre le cynisme, doublé d’un manifeste éclaboussant d’espoir : « Nous afficherons notre bonne humeur comme un acte de résistance / Nous brandirons notre sourire comme la meilleure des armes blanches ». À la ferme, à la ville, à la scène, à la plage et par-delà les mers. « Quand j’ai les mains dans la terre, je ne doute pas. Quand je plonge dans l’eau, je ne doute pas. La terre me grounde, l’eau m’entoure. C’est de là que je viens, c’est de là que je repars. »

Vague après vague

Elle poursuit sur sa lancée. On n’arrête pas une vague en plein essor. « Il y a une immédiateté dans la chanson surf qui me plaît profondément. » La ligne de guitare qui t’accroche (jouée le plus souvent par le fidèle multi-instrumentiste Denis Ferland, parfois aussi par Sunny Duval, des champions), les rythmes chaloupés qui t’embarquent, tu réagis tout de suite. La vague arrive, te submerge, et puis il y en a une autre. Il y en a toujours une autre. Euphorique et métaphorique, la chanson surf célèbre idéalement cette joute de tous les jours qu’est la vie.

« Ce n’est pas mettre des œillères ni être dans le déni. C’est la vie qui tient debout, envers et contre tout. Lucidement, et joyeusement. Depuis toute petite, j’ai cette conscience que ça peut s’arrêter du jour au lendemain. C’est la même sensation que j’ai sur scène : c’est là que ça se passe. C’est le seul show. Et le show suivant, je le vis de la même façon. Faire de la chanson surf accentue ça. » Du condensé de joie de vivre. « Oui, c’est ça ! »

En 2004, diplômée de l’École nationale de la chanson de Granby, elle était révélée au concours, finaliste au chic Palace. « Je ne m’étais pas trouvée, mais je travaillais ma matière. Je viens des mots, je suis d’abord une parolière [elle a écrit pour d’autres, et présente aussi des contes pour enfants], et il m’a fallu du temps pour entendre la force conjuguée des paroles et des musiques. J’ai écouté beaucoup, beaucoup de musique, et c’est en plongeant dans les Beach Boys que j’ai senti la vitalité, l’énergie dont j’avais besoin, le véhicule de mes sentiments et de mes histoires. »

La culture et la récolte

Très réussie, la chanson Comme un météore a intégré le meilleur de la manière Aznavour-Garvarentz au temps où ils créaient sur mesure pour la jeunesse rock de France (La plus belle pour aller danser, Retiens la nuit, Donne tes 16 ans, Daniela…) : ça raconte une histoire à trois personnages qui se font leur cinéma, et ça se fredonne tout naturellement. « C’est pas volontaire, mais c’est là, un air dans le genre d’Et pourtant. Je pense que ça fait partie de moi maintenant, cette culture rock, surf, yé-yé. Et c’est là que ça devient intéressant : ce n’est pas fait à la manière de qui que ce soit, mais il y a des sources. » On revient encore à l’eau. Vive.

« Parfois, les vagues deviennent immenses / Y’a plus qu’à plonger dedans / C’est comme entrer dans une danse / S’abandonner au mouvement », chante la fille de l’océan. Le mouvement est irrésistible, comme la musique. Vivement le 33-tours, vivement la scène, vivement la suite. « Je sens le bouillonnement. Ça s’en vient. » Surf’s up ? Presque.

 

Fille de l’océan

Geneviève Binette, Quartier Général/Mauvaise influence

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