Thisquietarmy et Away, à l’écoute de l’autre

Le duo composé de Thisquietarmy et Away lancera un second disque samedi.
Valérian Mazataud Le Devoir Le duo composé de Thisquietarmy et Away lancera un second disque samedi.

En pause forcée depuis plusieurs mois, le duo composé de Michel « Away » Langevin, batteur émérite du groupe Voivod, et d’Éric Quach, alias Thisquietarmy, pilier de la scène expérimentale montréalaise, trépigne à l’idée de retrouver le public samedi prochain pour la 37e édition du Festival international de musique actuelle de Victoriaville, dans le cadre d’un programme double complété par le duo chiptune féminin Tamayugé. Au programme ? Aucune idée. Seule certitude, les deux musiciens écartent l’idée de reproduire le matériel de leur excellent album The Singularity, Phase I : « Ce sera vraiment une impro durant laquelle on réagit à ce que l’autre fait, en temps réel, résume Éric. Ça mène toujours quelque part… jusqu’à ce qu’on arrive au bout ! »

« On va quand même se rencontrer mardi pour se dégourdir et reconnecter ensemble, mais on n’a pas préparé de routine. Comme je n’ai pas tourné depuis presque deux ans, je vais peut-être trouver ça plus demandant de jouer sans arrêt pendant 30 ou 40 minutes », réfléchit le vétéran Langevin à voix haute. « Il va falloir songer à la dynamique du spectacle pour ne pas donner ce que j’ai dans les 10 premières minutes… » Et Éric de lui répondre : « Je pourrais faire un interlude solo pour que tu te reposes ! »

L’improvisation, c’est vraiment un exutoire

 

Selon Michel, qui en sera à sa troisième participation au FIMAV, « c’est important d’être à l’écoute durant ces improvisations. Si les musiciens n’écoutent pas ce que les autres font, ça peut virer au chaos. C’est ce que j’ai appris au fil des années en travaillant avec les musiciens issus de la musique actuelle », René Lussier, Bernard Falaise et Martin Tétreault. « Il faut toujours demeurer à l’écoute de ce qui se passe, sur le plan sonore. Et puis, dans le contexte de la pandémie, je sens que l’ambiance de notre performance sera particulière. Déjà que ce qu’on fait comme projet sonne apocalyptique ! »

Apocalyptique, vraiment ? Vif, certes, parfois plus abrasif, surtout sur la face B de l’album, mais surtout hypnotique, Michel évoquant dans cette session le souvenir des disques de Soft Machine, Van der Graaf Generator et King Crimson sur lesquels il apprenait à jouer de la batterie. « Avec Voivod, on s’inspirait aussi de Stockhausen, des trucs d’avant-garde, la vieille musique ambient comme celle de Klaus Schulze, affirme Langevin. Je suis resté fan de musique électronique en général et je suis content d’avoir l’occasion de faire quelque chose de plus krautrock avec Thisquietarmy. »

« Le bon équilibre »

C’est la grande surprise de The Singularity, Phase I, le premier volume élaboré à partir de quatre heures d’improvisations enregistrées par Away et Thisquietarmy en février 2019 et paru en décembre dernier sur l’étiquette québécoise P572 : ces grooves sont probablement les plus planants et harmonieux que ces deux artistes, généralement associés aux musiques extrêmes, ont jamais offerts. « Je pense que ça a un lien avec la nature improvisée de notre démarche, suggère Éric Quach. Dans un tel contexte, on a tendance à se mettre dans un état plus safe. On évite de se garrocher n’importe où — enfin, on le fait quand même un peu, mais en évitant de nous perdre. Le truc, c’est de trouver le bon équilibre. »

L’univers métal d’Away et celui, drone/noise, de Thisquietarmy se sont croisés pour la première fois en 2016, lors de l’événement Drone Activity in progress organisé par la Red Bull Music Academy. Deux ans plus tard, ils partageaient l’affiche d’une soirée programmée par le festival Suoni per il popolo : « Le concept faisant qu’on jouait chacun un moment en solo, puis on jammait ensemble, rappelle Michel Langevin. On a découvert qu’on avait une super chimie ensemble au niveau du son, puis on s’est dit qu’on devrait enregistrer quelque chose. »

De cette session improvisée, un second disque sera lancé samedi. « On s’est rendu compte que, dans tout ce qu’on a enregistré, y’a 80 % du matériel qui est vraiment bon, assure Éric. Ça nous a surpris et ça augmente notre confiance de refaire l’exercice d’improviser en direct. On verra samedi si ça marche encore ! » Le second volume, assure Éric, semblera encore plus planant, plus shoegaze dans les timbres de guitare qu’il allonge sur les structures rythmiques de son complice batteur.

« Personnellement, l’improvisation, c’est vraiment un exutoire », s’emballe Michel Langevin. « Y’a une partie d’improvisation dans Voivod dans la mesure où je ne joue jamais tout à fait la même chose à chaque concert, mais avec des projets comme celui-ci, avec Éric, il n’y a pas de contraintes. Dans Voivod, si je passe tout droit, c’est tout le monde qui passe tout droit, alors qu’avec Éric, on peut aller n’importe où. On se laisse le champ le plus libre possible. »

D’ici à ce que les tournées reprennent, Quach et Langevin développent de leurs côtés leurs projets respectifs : Thisquietarmy (qui compte près d’une cinquantaine de parutions depuis quinze ans !) vient de lancer un nouvel album avec son ami Jim Demos, alias Hellenica (House of Worship, sur étiquette Somewherecold Records) et prépare un recueil de photos prises lors de ses tournées internationales. Avec Voivod, Michel Langevin jouera intégralement le mythique album Nothingface le 30 mai prochain, lors d’un concert retransmis sur lepointdevente.com

À l’affiche au FIMAV

René Lussier/Érick d’Orion Robbie Kuster/Martin Tétreault
21 mai, Colisée A, 19 h 30

Rencontre au sommet sous le signe de l’improvisation avec ces habitués du FIMAV : le guitariste René Lussier (qui lancera le 11 juin son nouvel album intitulé Complètement marteau), l’électronicien (et commissaire aux installations sonores et aux arts visuels du festival) Érick d’Orion, le batteur Robbie Kuster et le platiniste Martin Tétreault.


 

Quatuor Bozzini/Nicolas Caloia/Yves Charuest 

23 mai, Carré 150, 17 h 30

L’ensemble moderne Quatuor Bozzini propose deux nouvelles créations, l’une signée Nicolas Caloia, contrebassiste, l’autre Jef Chippewa, compositeur canadien basé à Berlin. Le saxophoniste Yves Charuest accompagnera le quatuor pour cette dernière, après quoi les six musiciens se lanceront sans filet dans l’improvisation.


 

Ensemble SuperMusique présente Le fleuve 

23 mai, Colisée A, 19 h 30

Dévoilement en grande première du Fleuve, dernier volet en quatre compositions d’un triptyque soulignant le 40e anniversaire des Productions SuperMusique fondées par Joane Hétu, Diane Labrosse et Danielle Palardy-Roger.