Le «miracle pandémique» de l’OSM

À la surprise musicale s’ajoutait une surprise acoustique. La scène a été allongée, empiétant sur les premières rangées de la salle. Or ce bois, ce plateau supplémentaire modifie notablement l’acoustique de la Maison symphonique en lui donnant plus de chair et en rendant davantage justice aux graves.
Photo: Antoine Saito À la surprise musicale s’ajoutait une surprise acoustique. La scène a été allongée, empiétant sur les premières rangées de la salle. Or ce bois, ce plateau supplémentaire modifie notablement l’acoustique de la Maison symphonique en lui donnant plus de chair et en rendant davantage justice aux graves.

Nous allions à ce second concert de l’OSM depuis la réouverture des salles (le dernier de la saison apparemment), un programme pour cordes, en nous disant que, décidément, l’institution gérait son année pandémique en comptable très précautionneux. Nous sommes sortis de ce concert de « super I Musici » avec le sentiment d’avoir vécu un grand moment musical.

Sur le papier on peut se dire que la présence de James Ehnes est toujours un gage de réussite. Mais ce n’était pas tant cela, l’objet de la soirée. Le violoniste canadien a livré une très belle prestation dans Bach, même si on l’a déjà connu plus impérial dans ses passages en doubles cordes (1er mouvement).

L’idée originale dans Bach a été de faire précéder l’exécution de l’œuvre par une « digression solistique », comme cela se faisait du temps de Bach, Mozart ou Beethoven. Beethoven l’avait d’ailleurs formalisé dans sa Fantaisie chorale, où il avait consigné par écrit son solo de piano liminaire. Pour que l’idée de James Ehnes ait un effet encore plus marquant, il faudrait pouvoir enchaîner le solo et le concerto pour que cela ne fasse pas « bis joué avant » avec temps mort et applaudissements. Ehnes a choisi la Gigue de la 2e Partita, en ré mineur, comme le concerto, adapté d’un concerto pour clavier.

Musique et acoustique

Mais le tour de force du concert était vraiment ailleurs : dans la gamme de couleurs et de nuances, le degré de cohésion et le niveau d’exécution obtenus par l’ensemble de cordes mené par les chefs de pupitres, avec en primus inter pares Andrew Wan dans la Symphonie de chambre opus 110a de Chostakovitch et la sublime Tallis Fantasia de Vaughan Williams.

S’il s’agissait de distinguer un projet que nous n’aurions jamais eu en temps normal, un concert où la solidarité, où de nouveaux réflexes d’écoute mutuelle et d’échanges de regards ont pu avoir une incidence a priori inimaginable sur un résultat artistique, nous l’avions mardi soir. On pourra donc classer ce projet parmi les « miracles pandémiques » musicaux au Québec.

À la surprise musicale s’ajoutait une surprise acoustique. Pour satisfaire aux besoins de certains répertoires malgré la distanciation, la scène a été allongée, empiétant sur les premières rangées de la salle. Or ce bois, ce plateau supplémentaire modifie notablement l’acoustique de la Maison symphonique en lui donnant plus de chair et en rendant davantage justice aux graves, même avec l’étagement des violoncelles et contrebasses dans Chostakovitch il y avait une matière sonore inhabituelle. Quant aux sonorités du groupe instrumental, placé devant le mur du fond et mené par Olivier Thouin, dans la Fantaisie, elles étaient parfois quasiment irréelles de beauté.

S’il reste des places ce mercredi, courez-y, car nous n’avons aucune idée de la part de l’atmosphère qui « passera » en webdiffusion.

 

L’OSM et James Ehnes : De l’ombre à la lumière

Chostakovitch : Symphonie de chambre op. 110a. Bach : Concerto pour violon BWV 1052R. Vaughan Williams : Fantaisie sur un thème de Thomas Tallis. Cordes de l’Orchestre symphonique de Montréal, Andrew Wan et James Ehnes (Bach). Maison symphonique de Montréal, mardi 4 mai 2021. Reprise mercredi 5 mai à 10 h 30 et 19 h. Webdiffusion du 25 mai au 8 juin.

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