DMX, vedette torturée du hip-hop, meurt à 50 ans

Earl Simmons, alias DMX, en spectacle à New York en 2019
Photo: Theo Wargo Agence France-Presse Earl Simmons, alias DMX, en spectacle à New York en 2019

Le rappeur DMX, l’une des figures les plus sombres du hip-hop dont le rap féroce chroniquait la violence urbaine, est mort vendredi à New York, après une semaine d’hospitalisation due à un infarctus. Il avait 50 ans. DMX, de son vrai nom Earl Simmons, était l’une des grandes figures du hip-hop de la fin des années 1990 et début des années 2000, avec des succès comme X Gon' Give It To Ya ou Party Up.

« Earl était un combattant qui s’est battu jusqu’au bout » , a indiqué sa famille dans un communiqué. « Il aimait sa famille de tout son cœur, et nous chérissons les moments passés avec lui […] Sa musique a inspiré d’innombrables fans à travers le monde. »

« DMX était un brillant artiste et une inspiration pour des millions de gens à travers le monde », a aussi souligné Def Jam Recordings, maison de disques avec laquelle il avait fait paraître plusieurs de ses albums les plus connus. « C’était un géant. »

Né à Baltimore le 18 décembre 1970, il avait grandi avec sa mère et ses frères et sœurs dans un HLM de la banlieue new-yorkaise de Yonkers, où il était fréquemment battu. « Je n’ai pas vraiment eu d’enfance », confiait-il au magazine Rolling Stone en 2000. « C’était toujours sombre et déprimant chez nous. » Il acquiert une réputation d’enfant difficile, connu pour ses explosions de rage, et passe une bonne partie de sa jeunesse dans des maisons d’accueil.

DMX était un brillant artiste et une inspiration pour des millions de gens à travers le monde. C’était un géant.

 

Dès l’âge de 14 ans, il enchaîne les séjours en prison, commettant notamment une série de cambriolages, et a des problèmes de drogues, qui l’accompagneront toute sa vie, avec encore une cure de désintoxication en 2019.

Même après être devenu célèbre, il continuera à avoir des démêlés avec la justice, avec des inculpations pour possession de stupéfiants, cruauté envers les animaux, conduite dangereuse, non-paiement de pension alimentaire, ou encore pour s’être fait passer pour un agent fédéral. En novembre 2017, il plaidecoupable à des accusations de fraude fiscale pour impôts impayés entre 2000 et 2005. Il écope d’un an de prison et doit restituer quelque 2,3 millions de dollars.

Mais ses déboires judiciaires ne l’ont pas empêché de marquer le rap par sa voix gutturale. En 1984, il se met au beatbox, genre ancré dans la musique hip-hop qui consiste à produire avec sa bouche une multitude de sons. Après un séjour en prison, il commence à écrire ses propres paroles et à se produire dans un centre d’animation de quartier.

À nouveau sorti de prison en 1988, il commence à faire et à vendre des mixtapes. Charismatique, constamment bouillonnant d’énergie, il passe l’essentiel des années 1990 à se faire un nom sur la scène underground new-yorkaise. C’est à la fin de cette décennie qu’il adopte cette voix grave et ce style menaçant, à la masculinité exacerbée, qui feront sa réputation.

Il participe aux « battles » de rappeurs dans lesquelles chacun s’affronte dans un exercice de style, avec notamment, au milieu des années 1990, un duel devenu célèbre contre un autre New-Yorkais, Jay-Z, alors en pleine ascension, dans une salle de billard enfumée du Bronx.

L’amour des chiens

DMX aimait tellement les chiens qu’il intégrait dans ses sons aboiements et grognements. « Ton chien mourrait pour toi. Tu peux frapper ton chien, s’il te voit en difficulté ou en train de mourir, il sera là pour toi », disait-il au Los Angeles Times en 1999. « C’est l’amour inconditionnel des chiens. Les humains ne sont pas vraiment capables d’amour inconditionnel. »

Son premier grand simple, Get At Me Dog, avec Def Jam, sort en 1998, tiré de son premier album en studio, It’s Dark and Hell Is Hot. L’album, qui inclut un deuxième succès, Ruff Ryders’Anthem, se hisse à la première place du classement de Billboard. C’est le début d’un succès commercial qui durera plusieurs années. La même année, il sort un deuxième album, Flesh of My Flesh, Blood of My Blood, numéro un pendant trois semaines consécutives. En tout, DMX aura sept albums officiels à son actif, plus un huitième non officiel sorti en 2015, et une autobiographie, E.A.R.L. : The Autobiography of DMX (2003). Il sera nommé trois fois aux prix Grammy, sans toutefois décrocher le précieux trophée.

Malgré sa réputation de rappeur féroce, ce père de nombreux enfants — 15 de plusieurs femmes, selon plusieurs médias — pouvait parfois montrer un côté plus doux, comme dans la reprise d’un classique de Noël Rudolph the Red-Nosed Reindeer, qui devint viral en 2012.

Foi chrétienne

Il affichait aussi sa foi chrétienne, disant même qu’il aimerait devenir pasteur. Revenant en 2020, dans un balado, sur son enfance difficile, il avait expliqué comment il lui paraissait alors impossible de parler de ses problèmes. « Personne dans les quartiers ne veut entendre parler de ça… Parler de ses problèmes est un signe de faiblesse, alors qu’une des choses les plus courageuses qu’on puisse faire est de les mettre sur la table, et de les laisser sortir » .

Les hommages pleuvaient vendredi après l’annonce de sa mort. Le rappeur T.I. l’a qualifié d’ « icône culturelle » , tandis que Missy Elliott parlait de « lourde perte pour la famille du hip-hop » . « Personne ne dégageait autant un sentiment de souffrance, de douleur, et une énergie atomique » , a tweeté le rappeur Biz Markie. Il représentait l’adrénaline pure, le génie sans loi, l’abandon total. »

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