François Bourassa veut combler nos silences

Les fans de François Bourassa reconnaîtront dans ce nouvel album le même appétit du compositeur pour les musiques classiques et contemporaines et pour le jazz exploratoire, «mais c’est sûr qu’en solo, le résultat est beaucoup plus intimiste», s’avance-t-il.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Les fans de François Bourassa reconnaîtront dans ce nouvel album le même appétit du compositeur pour les musiques classiques et contemporaines et pour le jazz exploratoire, «mais c’est sûr qu’en solo, le résultat est beaucoup plus intimiste», s’avance-t-il.

«Ça fait au moins cinq ans que je pense à faire un album solo, mais je le reportais tout le temps », confie le compositeur et pianiste François Bourassa, qui lance samedi soir lors d’un concert webdiffusé L’impact du silence, premier album solo en quelque 35 ans de carrière. Le disque, superbe, a beau avoir été imaginé bien avant le début de la pandémie, comme toute nouvelle œuvre proposée depuis 13 mois, difficile de ne pas l’interpréter à travers le spectre de cette crise planétaire. Réflexions sur la création en temps de crise avec le pilier de la scène jazz québécoise.

« J’avais même contacté le studio d’enregistrement en janvier 2020, juste avant la pandémie, pour en connaître les disponibilités vers la fin de l’année, assure le musicien. C’est une pure coïncidence si l’enregistrement s’est fait pendant le confinement, et c’est juste bien tombé, puisqu’on ne pouvait plus jouer en groupe. J’ai donc pu me concentrer sur mes pièces pour piano solo » enregistrées en France en septembre dernier — d’où François Bourassa revenait d’ailleurs au moment de notre conversation. « Je finis ma quarantaine dimanche », dit-il, ajoutant qu’il a déjà pris son rendez-vous vaccinal pour le lendemain.

L'album «L’impact du silence» de François Bourassa

Sa conjointe et son fils se trouvent toujours à Paris, où les mesures de confinement diffèrent de celles en vigueur ici (« J’ai pu répéter en studio avec des musiciens »), mais le ras-le-bol de la population est aussi palpable, témoigne-t-il. Ainsi, L’impact du silence adoucira les mœurs autant que la lassitude pandémique : les 14 nouvelles compositions de Bourassa naviguent entre jazz et musique contemporaine, jouant avec les niveaux d’intensité, du plus romantique comme la tendre Gaspard au plus dynamique, comme Small Head, qui donne le ton en tout début d’album.

Les fans de Bourassa reconnaîtront dans ce nouvel album le même appétit du compositeur pour les musiques classiques et contemporaines et pour le jazz exploratoire, « mais c’est sûr qu’en solo, le résultat est beaucoup plus intimiste, s’avance-t-il. On y entend une autre sorte d’énergie que celle de ma musique pour quartet, là beaucoup plus éclatée », avec ses vieux complices Guy Boisvert (bassiste) et André Leroux (saxophoniste et flûtiste) et leur recrue Guillaume Pilote à la batterie. « En solo aussi, mes compositions ressemblent plus à la musique contemporaine qu’au jazz pur ; j’ai toujours aimé chercher des influences qui sortent de la tradition du jazz, sur le plan des structures et des harmonies. »

Le titre du disque renvoie d’abord à la fonction des silences en musique, mais revêt aussi une nouvelle signification : « C’est vrai que le silence a défini cette pandémie. On vit beaucoup plus de solitude et d’introspection — c’est le cas pour beaucoup de gens, je crois », reconnaît Bourassa, qui a intitulé une de ses compositions Blues masqué. « Composer en temps de pandémie demeure quelque chose d’abstrait, mais entre les pièces écrites avant », comme la longue et lyrique Musique pour film et Épilogue 1983, « et celles écrites [au printemps 2020], quelque chose me dit qu’il y a une différence » dans le ton et les impulsions.

J’avais même contacté le studio d’enregistrement en janvier 2020, juste avant la pandémie, pour en connaître les disponibilités vers la fin de l’année. C’est une pure coïncidence si l’enregistrement s’est fait pendant le confinement, et c’est juste bien tombé, puisqu’on ne pouvait plus jouer en groupe. J’ai donc pu me concentrer sur mes pièces pour piano solo.

 

À La Buissonne

C’est pour « faire changement » que le musicien a choisi d’enregistrer ce premier album solo en France, au réputé studio La Buissonne : « J’ai fait tous mes autres albums ici, à Montréal, explique-t-il. Et puis, Alain [Bédard, patron du label Effendi] m’avait parlé de ce studio, et de Gérard de Haro », dont la réputation d’ingénieur du son n’est plus à faire sur la scène jazz.

Le studio La Buissonne, qu’il a cofondé à Pernes-les-Fontaines, petit village à proximité d’Avignon, dans le sud de la France, il y a près de 35 ans est une référence dans le monde de l’enregistrement sonore. Avishai Cohen — le trompettiste, pas le bassiste — y est un habitué, tout comme le pianiste Bill Carrothers, le clarinettiste Louis Sclavis ou encore la compositrice et pianiste Carla Bley, à qui le François Bourassa Quartet a rendu hommage, sur scène comme sur disque.

« Quand j’ai vu tous les musiciens qui y sont passés… Beaucoup de facteurs ont fait la renommée du studio : l’acoustique, la prise de son, les micros. Et il y a ce piano, le son du piano », un Grand Concert de la maison Steinway & Sons, « il a une sonorité très chaleureuse, et un peu sombre. Très puissante. Je crois en effet que c’était le bon piano pour mes nouvelles compositions, elles aussi peut-être un peu sombres ? Surtout sur cet album-là, piano solo. Un disque intimiste et introspectif ».

 

L’impact du silence

François Bourassa, Effendi. Présenté dans la série Jazz en rafale, le concert-lancement sera webdiffusé le samedi 10 avril, à 20 h. Billets en vente sur le Point de vente.