Musique: Distribution Select annonce la fin de ses activités

Cette décision s’ajoute à un repositionnement plus large des activités de Québecor dans le secteur de la musique.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Cette décision s’ajoute à un repositionnement plus large des activités de Québecor dans le secteur de la musique.

C’est un autre gros bouleversement dans le secteur musical québécois : Distribution Select — l’acteur le plus important du marché de la distribution — cessera ses activités le 2 juillet. En délaissant un secteur en perte de vitesse, Québecor souhaite se concentrer sur d’autres éléments de son « plan de développement de la musique ».

« On ne fait pas ça de gaieté de cœur », indiquait mardi en entretien Martin Tremblay, chef de l’exploitation de Québecor Sports et divertissement (QSD). « Mais avec tout le changement de paradigme en musique, on n’avait pas le choix : c’était la décision responsable de notre côté. »

C’est l’ensemble des activités de cette compagnie en opération depuis 1982 qui cessent : la distribution de produits audio et audiovisuels, physiques et numériques. Distribution Select appartenait au groupe Québecor depuis 1995. La période de trois mois avant la fin des activités vise à permettre une transition « disciplinée et ordonnée » — c’est-à-dire de donner le temps aux producteurs de trouver un nouveau port d’attache.

Le changement de paradigme évoqué par Martin Tremblay fait référence à la modification en profondeur des habitudes d’écoute des consommateurs au fil des ans — le délaissement du CD au profit de l’écoute en ligne, notamment.

« La distribution est très ébranlée par cette mutation, notamment avec la disparition accélérée du support physique, expliquait QSD dans un communiqué mardi. Dans une industrie qui s’est fortement consolidée et mondialisée depuis les dernières années, la distribution n’est malheureusement plus une activité stratégique pour notre groupe. »

Sur le plan économique, on ne rem-place pas le modèle physique par le modèle numérique.

Dans un petit marché comme le Québec, Distribution Select n’arrivait simplement plus à concurrencer les grosses pointures comme Universal ou Warner. « Sur le plan économique, on ne remplace pas le modèle physique par le modèle numérique, dit Martin Tremblay. Le numérique n’a pas du tout les mêmes revenus. » Sacrifier le seul volet physique a été envisagé, mais n’était pas viable, selon lui. « Un producteur va chercher un fournisseur à la fois physique et numérique », dit-il.

Cette décision s’ajoute à un repositionnement plus large des activités de Québecor dans le secteur de la musique. Il y a un mois, le géant québécois rachetait la prestigieuse maison de disques Audiogram, de même que la plus importante maison d’édition musicale francophone au Canada, Éditorial Avenue.

Québecor possède ou exploite plusieurs salles et étiquettes de disques. Elle a aussi récemment lancé QUB musique, un service de diffusion en continu. À l’inverse, en 2015, le groupe s’était départi de la chaîne de magasins de disques et de livres Archambault, vendue à Renaud-Bray.

« On fait le choix d’investir dans le talent, dans l’édition musicale, dans l’acquisition de salles, dans la production, dans la tournée, explique Martin Tremblay. Il y a une vision 360 degrés qui se dégage, un écosystème qu’on bâtit. Mais la distribution ne faisait pas partie de cet élément de l’écosystème. »

D’autres distributeurs importants sont disparus dans les dernières années, notamment Fusion III (en 2009) et DEP (en 2017). Pour ce qui est de Distribution Select, une soixantaine d’employés sont concernés par l’annonce de mardi.

Certains perdront leur emploi, mais on espère en « relocaliser un maximum » à travers Québecor, affirme Martin Tremblay.

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