Chick Corea tire sa révérence

Le pianiste de jazz américain Chick Corea lors de la 62e émission pré-télédiffusée annuelle des Grammy Awards le 26 janvier 2020 à Los Angeles.
Photo: Robyn Beck Agence France-Presse Le pianiste de jazz américain Chick Corea lors de la 62e émission pré-télédiffusée annuelle des Grammy Awards le 26 janvier 2020 à Los Angeles.

Il avait un sourire large comme ça qui traduisait ce plaisir immense qu’il avait à faire de la musique — et ce fut ainsi jusqu’à la fin. Chick Corea, probablement le pianiste jazz le plus célèbre avec Keith Jarrett et Herbie Hancock, s’est éteint à l’âge de 79 ans. L’héritage qu’il laisse derrière lui est monumental : un pionnier, véritablement, qui aura inventé son propre langage.

Corea est décédé mardi des suites d’une forme rare de cancer qui n’a été découvert « que très récemment », selon un communiqué publié jeudi sur sa page Facebook.

« Pendant toute sa vie et sa carrière, Chick a été ravi de la liberté et de la joie de créer quelque chose de nouveau, à jouer aux jeux auxquels jouent les artistes », indique le texte annonçant sa mort.

Le pianiste-claviériste avait pris soin d’écrire un message d’adieu, dans lequel il remercie « tous ceux qui, tout au long de [son] parcours, ont contribué à maintenir les feux de la musique allumés ».

 

« J’espère que ceux qui ont l’envie de jouer, d’écrire ou de composer le feront, ajoute-t-il dans le texte. Si ce n’est pas pour vous, alors faites-le pour le reste d’entre nous. Ce n’est pas seulement que le monde a besoin de plus d’artistes : c’est aussi très plaisant. »

Et du plaisir, Chick Corea en avait visiblement dans tous les formats. Il restera beaucoup associé à son groupe-fusion à géométrie variable Return to Forever (et à Miles Davis, qu’il a accompagné au tournant des années 1970), mais Corea s’est exprimé à travers d’innombrables duos (Gary Burton, Jarrett, John McLaughlin, Herbie Hancock), trios ou quartets, quand ce ne fut pas en solo.

Pour fêter son 60e anniversaire de naissance, il avait joué avec neuf groupes différents en deux semaines.

Pour son 70, il a passé un mois en résidence au Blue Note Jazz Club de New York, avec un total de dix groupes comprenant les plus prestigieux jazzmen qui soient : Hancock, Wynton Marsalis, Stanley Clarke… Même chose pour son 75 : une quinzaine de formations différentes l’ont accompagné sur une période de deux mois.

Toujours en mouvement, Chick Corea. Un projet derrière l’autre, au piano acoustique, au clavier électrique (sa marque de commerce la plus évidente), aux synthétiseurs. Hard-bop ici, parfois classique (il a notamment enregistré le Concerto pour deux pianos et orchestre de Mozart), jazz fusion ailleurs, toujours avec cette « teinte espagnole » en filigrane rythmique.

Dans le Nouveau dictionnaire du jazz, le critique Alain Gerber associait le style Corea à des « phrases rapides, sinueuses et claires, des sonorités riches et nettes, des rythmes rebondissants », le tout porté par une touche « à la limite du percussif, nette et autoritaire sans être dure ».

Chick Corea se définissait pour sa part comme un « papier buvard » prêt à absorber toutes « nouvelles idées musicales », rappelait jeudi le magazine spécialisé Downbeat. Pour lui, le jazz était d’abord un « esprit de créativité ». Et dans ce monde de tous les possibles, il fut l’un des plus extraordinaires et enthousiastes protagonistes.

Au fil des ans, Corea a beaucoup fréquenté Montréal par l’entremise du Festival international de jazz : le site Internet de l’événement recense 18 passages du pianiste. Le premier lors de la toute première édition, en 1980, et le dernier en marge de la dernière édition complète, en 2019. Chick Corea a remporté 23 trophées Grammy durant sa carrière, sans compter d’innombrables honneurs plus spécialisés.