Audiogram devient la propriété de Québecor

Philippe Archambault, qui dirige Audiogram depuis 2015, continuera d’œuvrer à titre de d.g. de la boîte. Il devient aussi vice-président musique du Groupe Sports et divertissement de Québecor.
Photo: Valérian Mazataud Archives Le Devoir Philippe Archambault, qui dirige Audiogram depuis 2015, continuera d’œuvrer à titre de d.g. de la boîte. Il devient aussi vice-président musique du Groupe Sports et divertissement de Québecor.

Véritable institution du milieu de la chanson québécoise, la maison de disques Audiogram est passée mercredi aux mains de Québecor Sports et divertissement (QSD). La transaction inclut également la plus importante maison d’édition musicale francophone au Canada, Éditorial Avenue.

C’est probablement la maison de disques la plus réputée du Québec que vient ainsi d’acquérir cette branche de Québecor spécialisée en production, en diffusion et en promotion d’événements culturels et sportifs. Et selon Martin Tremblay, chef de l’exploitation de QSD, il n’est pas question de modifier l’ADN artistique d’Audiogram.

« On a déjà trois autres maisons de disques [Musicor, STE-4, MP3 disques] qui ont chacune une personnalité forte, indique M. Tremblay en entretien. Mais Audiogram, c’est complètement autre chose : il y a une direction artistique, une personnalité, qu’on n’a pas ailleurs dans le groupe. L’idée, c’est de conserver ça, de ne pas perdre cette originalité et cette saveur que représente Audiogram. »

L’acquisition n’entraîne aucun licenciement, note M. Tremblay. « On conserve l’ensemble de l’équipe. » Philippe Archambault, qui dirige Audiogram depuis 2015, continuera d’œuvrer à titre de directeur général de la boîte. « Nous continuerons de produire du contenu musical diversifié et de faire découvrir de nouveaux artistes », promet Martin Tremblay.

Le grand patron de Québecor, Pierre Karl Péladeau, a qualifié d’« honneur » le fait d’accueillir dans le giron de sa compagnie un « fleuron de la musique québécoise ». Il situe l’acquisition d’Audiogram en droite ligne avec la mission de Québecor de « soutenir le talent des artistes de chez nous ».

Le cofondateur d’Audiogram, Michel Bélanger, disait mercredi avoir la « certitude que les artistes continueront de bénéficier d’un accompagnement exceptionnel et continueront aussi de trouver la liberté nécessaire afin de laisser exprimer leur talent ».

« Il était important pour Rosaire Archambault [l’autre cofondateur] et moi de conserver la propriété québécoise de notre catalogue musical », a-t-il indiqué dans un communiqué. Sans commenter la transaction, l’ADISQ (Association québécoise de l’industrie du disque, du spectacle et de la vidéo) a indiqué que « le fait qu’Audiogram soit vendue à une entreprise québécoise est une bonne chose ».

Influence

L’importance du catalogue d’Audiogram ne fait aucun doute. Dès sa création en 1984, la maison de disques s’est imposée comme un incontournable du paysage musical d’ici. Les gros noms de l’époque y étaient presque tous : Michel Rivard, Richard Séguin, Paul Piché.

Durant la décennie 1990, « c’est par Audiogram qu’est arrivé le renouvellement générationnel » incarné par Jean Leloup, Daniel Bélanger, Lhasa et plusieurs autres, rappelait mercredi Danick Trottier, professeur de musicologie à l’UQAM.

Depuis une quinzaine d’années, l’émergence de plusieurs autres boîtes indépendantes a forcé une répartition plus équitable de l’affiche. Mais Audiogram est demeurée l’une des plus grosses et des plus influentes maisons de disques. Outre Daniel Bélanger, toujours présent, Pierre Lapointe, Damien Robitaille, Isabelle Boulay, Salomé Leclerc et Matt Holubowski font notamment partie de la maison. Ariane Moffatt y fut longtemps associée. Selon les chiffres fournis par Audiogram, la boîte a vendu « plus de 10 millions d’albums » à travers le monde.

« Audiogram s’est implantée dans un contexte où la chanson québécoise sortait du creux post-référendaire et où la chanson américaine était partout à la radio », rappelle M. Trottier. Après une décennie 1970 marquée par la domination de maisons de disques américaines sur le marché québécois (Beau Dommage, par exemple, était chez Capitol-EMI), l’arrivée d’Audiogram dans le paysage marquait « un geste d’autonomie » qui aura fait boule de neige, dit-il.

Édition

Au-delà du prestige associé au nom Audiogram, QSD met aussi la main sur la maison d’édition musicale Éditorial Avenue (de même que sur son service de perception de droits voisins). La valeur de la transaction globale n’a pas été dévoilée, mais Martin Tremblay « convient de l’importance d’Éditorial Avenue (EA) » dans le portrait. « C’est un élément important de la transaction », dit-il.

Dans Le Devoir de samedi, le directeur général d’EA, Daniel Lafrance, mettait d’ailleurs en lumière le fait que « ça fait longtemps que l’édition est le seul secteur de l’industrie musicale qui est resté stable ou qui a continué à évoluer sur le plan financier ». Fondée en 2000, Éditorial Avenue a ainsi connu une année 2020 record sur le plan des revenus.

« L’économie de la musique a changé, souligne Martin Tremblay. Et c’est devenu de plus en plus important de capter des droits voisins, [d’être présent] dans l’édition et la synchro [utilisation des œuvres d’un catalogue dans des films ou des émissions]. »

À voir en vidéo