Boulila, lauréat de la 14e édition du concours Syli d’or

La vitrine des talents de la relève québécoise en musiques métissées a sacré le groupe Boulila, qui propose une fusion de musique gnawa, de jazz et de funk.
Photo: André Rival La vitrine des talents de la relève québécoise en musiques métissées a sacré le groupe Boulila, qui propose une fusion de musique gnawa, de jazz et de funk.

Faisant fi de la pandémie, les Productions Nuits d’Afrique ont organisé les demi-finales, puis la finale de la 14e édition du concours Syli d’or, enregistrée au Balattou et présentée en différé dès maintenant sur le Web. La vitrine des talents de la relève québécoise en musiques métissées a sacré le jeune sextet Boulila, qui sert une fusion de musique gnawa, de jazz et de funk faisant rêver aux scènes extérieures des grands festivals, où le solide orchestre rayonnera à coup sûr.

Boulila a remporté les grands honneurs grâce à une performance assurée et convaincante, malgré l’absence de public et la distanciation physique.

Le noyau du groupe est constitué de Yassine Boudouch, chanteur, guitariste et joueur de guembri, instrument classique de la musique gnawa, sorte de guitare à trois cordes tendues avec une caisse de résonance rectangulaire, et de Maalam Fatthalah Cherkaoui, chanteur et manieur de qraqeb, ces castagnettes métalliques dont la sonorité ponctue vivement les envolées vocales.

À notre écran, couvre-feu oblige, alors que les deux chanteurs s’exécutent, appuyés par un orchestre aussi jazz que gnaoui dans ses formes rythmiques, et rappelant au loin le son rock des Touaregs. Boudouch s’avère également un guitariste électrique jazz habile, mais l’arme secrète de Boulila se nomme Damien-Jade Cyr. Le saxophoniste, investi dans plusieurs projets sur la scène jazz québécoise — à commencer par ceux du bassiste Carl Mayotte — a offert d’inspirants solos, magnifiant les chansons de l’orchestre. Boulila crevait l’écran ; vivement qu’on les voie exploser sur scène, devant un vrai public pour les applaudir.

L’argent

Le Syli d’argent a été remis à l’autrice-compositrice-multi-instrumentiste d’origine brésilienne Lara Klaus. La musicienne, spécialiste des percussions de son pays d’origine, a cofondé le quartet « panaméricain » Lanama qui était de l’affiche du Festival international des Nuits d’Afrique à l’été 2018. Remarquablement polyvalente, elle passe de la guitare à la batterie en chantant ses compositions et celles de ses collaborateurs — Klaus a lancé un album solo de chaleureuse música popular brasileira, Força do gesto (La force du geste), en 2018.

Enfin, Kwaliti, le nouveau projet du chanteur Ronald Lebeau, a conclu l’exercice en remportant le Syli de bronze. La sauce a semblé mettre un peu de temps à prendre lors de sa performance en finale, les musiciens paraissant un brin déstabilisés dans ce Balattou déserté, mais lorsque le rythme s’emballe, les saveurs antillaises finissent par nous gagner. Le kompa de l’Haïtien d’origine emprunte au reggae et à l’afro-pop ; le dosage est à point, mais on sent le projet encore vert. C’est l’une des nombreuses tares de ce confinement : l’impossibilité pour les projets musicaux de gagner en expérience en donnant des concerts.

Saluons enfin les administrateurs des Productions Nuits d’Afrique, qui n’ont pas baissé les bras face à l’adversité. L’automne dernier, à cheval entre la zone orange et la zone rouge, l’équipe a organisé une édition virtuelle du Festival international des Nuits d’Afrique, maintenant une quinzaine de concerts à l’affiche.

Ces derniers jours, ils sont parvenus à conclure cette édition du concours amorcée en septembre dernier, enregistrant les 20 et 21 janvier dernier les demi-finales avec les six formations retenues ; Manen Quatuor, SUN7, Suenos y Raices, Lara Klaus, Ronald Lebeau & Kwaliti et la victorieuse Boulila.

Les performances des trois finalistes sont accessibles à l’adresse facebook.com/sylidordelamusiquedumonde