La lumière au bout du tunnel pour The Besnard Lakes

Le sixième  album  du groupe  Besnard Lakes explore  les thèmes  de la mort  et de la  renaissance.
Jace Lasek Le sixième album du groupe Besnard Lakes explore les thèmes de la mort et de la renaissance.

Ça a failli être le chant du cygne pour le groupe rock montréalais The Besnard Lakes, confie l’un de ses fondateurs, Jace Lasek : « Après notre dernier disque, nous n’étions pas certains de poursuivre. On en a parlé de long en large, parce qu’après qu’on s’est séparés de notre label américain, on se disait que notre temps était fini. » Et pourtant, tel le phœnix, le septuor rock psychédélique reprend son envol avec un puissant album concept de 70 minutes — son sixième en 18 ans d’existence — explorant les thèmes de la mort et de la renaissance. « On se sent comme si on lançait notre premier album », assure la compositrice, chanteuse et multi-instrumentiste Olga Goreas.

C’est à Rigaud, par visioconférence, que l’on retrouve Jace et Olga, binôme fondateur de The Besnard Lakes, leur terre d’accueil après avoir enfin quitté le Mile-End. L’appel du large a précédé la pandémie et le couple n’est pas fâché d’y vivre son confinement : « On a un petit cabanon derrière la maison dans lequel on a aménagé un studio, notre espace de création, raconte Jace. C’est génial, on n’avait jamais eu ça auparavant ; on peut se lever le matin et décider d’aller y faire un peu de musique. Y’a même un kit de drums d’installé — on peut jouer super fort, y’a pas de voisins autour ! »

Et pourtant, en comparaison avec le reste de la discographie du groupe, on dirait qu’ils ont mis la pédale douce, sur la batterie comme sur le reste de la lutherie. « C’est vrai qu’on a fait notre album le plus joyeux, non ? » relève Olga. The Besnard Lakes Are The Last of the Great Thunderstorm Warnings (le groupe a toujours été friand des titres à rallonges) possède un son distinct, comme si les espaces sonores semblaient encore plus vastes qu’auparavant. Plus apaisés, aussi, avec ces harmonies vocales chaleureuses, ses grooves menant à de thérapeutiques relâchements de tension. Comme si le retour à la terre avait calmé la bête qui sommeillait depuis longtemps dans les amplis du fameux groupe rock psychédélique montréalais.

Lorsque celui-ci a quitté l’étiquette Jagjagwar, Jace et Olga ont commencé à enregistrer quelques idées dans leur cabanon, sans savoir que ces pistes formeraient la genèse de leur nouvel album. Or, « chaque fois qu’on compose, on dirait qu’il y a une sorte de synchronicité avec des événements autour de nous, ressent Olga. Comme si le thème de l’album se présentait de lui-même à nous ». Ici, celui de la mort et de la renaissance, du passage des ténèbres à la lumière, thème décliné en quatre faces d’un album double-vinyle, Near Death en face A, suivi de Death, After Death, puis Life.

Huit minutes épiques

Le père de Jace est décédé pendant l’écriture de l’album ; les huit épiques minutes de Christmas Can Wait résonnent en sa mémoire. C’est l’une des plus étonnantes compositions du répertoire de Besnard Lakes, sur un album qui ne ressemble à aucun autre que le groupe ait offert. Les guitares aux riches textures sont toujours présentes, mais moins pesantes qu’auparavant. Les synthétiseurs occupent un rôle de premier plan, offrant des moments presque méditatifs sur la planante The Dark Side of Paradise, en hypnotisant l’auditeur sur la majorité des dix-huit minutes de Last of the Great Thunderstorm Warnings, en clôture de ce disque qui, dans sa version vinyle, durera une éternité grâce au sillon sans fin (locked groove). « J’ai toujours voulu avoir un locked groove à la fin d’un de nos disques ! » dit Jace, excité comme un enfant.

Deux autres décès ont inspiré l’écriture de cet album : « Avant la mort de mon père, y a eu celle de Prince. Je suis un immense fan de Prince, et même si je ne l’ai jamais rencontré, sa mort m’a beaucoup touchée. Une grande inspiration pour moi : sur ses albums, il compose, joue de plein d’instruments et réalise tous ses albums », dit Jace Lasek qui, lorsqu’il ne tourne pas avec son groupe, fait tourner les bobines dans le studio Breakglass qu’il a cofondé avec son complice Dave Smith. Quelques références à l’œuvre de Prince ont été saupoudrées sur ce nouvel album, dans le titre d’une chanson (New Revolution), dans le soufflant solo de guitare en finale de The Father of Time Wakes Up. « Les premières notes du solo sont les mêmes que celles du début de When Doves Cry », signale Jace.

Enfin, un hommage est aussi rendu à Mark Hollis, leader de Talk Talk, disparu en février 2019 pendant qu’ils enregistraient l’album ; Olga a inséré quelques références aux textes de l’album Spirit of Eden sur le groove psychédélique Raindrops. « Les disques de Talk Talk occupent une place importante dans nos goûts musicaux, à Olga et moi, ajoute Jace. Plus on avançait dans le processus de création, plus on se fixait sur l’idée d’un album concept autour du passage de la mort à ce qu’il y a après, peu importe ce qu’il y a ensuite », ajoute Jace en parlant de ce nouvel album comme de leur Dark Side of the Moon.

Du début à la fin

« On a travaillé fort pour concevoir ce disque comme une seule pièce musicale, faite pour être écoutée du début à la fin, sans interruption. S’asseoir pendant une heure, écouter ça pour se détacher de ce monde horrible dans lequel on vit ces temps-ci et juste s’y perdre. »

The Besnard Lakes a bouclé l’enregistrement du disque à la toute fin de 2019. Au moment où la pandémie nous a atteints, le groupe se magasinait encore une nouvelle maison de disques. « On doutait qu’un label s’intéresserait à notre album double, échappe Jace. On existe depuis plus de 15 ans, so, who cares about us ? Sommes-nous toujours pertinents ? » Ce sixième album est la preuve éloquente que oui.

The Besnard Lakes Are The Last of the Great Thunderstorm Warnings, de The Besnard Lakes, paraît vendredi sur étiquette Flemmish Eyes (au Canada) et Fat Cat Records (aux États-Unis).