«Soleil ‘96»: les premiers jets de Vanille

Rachel Leblanc aime, entre autres choses, Françoise Hardy, Sonic Youth et le cinéma, ayant étudié ce dernier à l’université.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Rachel Leblanc aime, entre autres choses, Françoise Hardy, Sonic Youth et le cinéma, ayant étudié ce dernier à l’université.

À défaut de pouvoir ouvrir les fenêtres pour changer d’air, suggérons l’écoute de Soleil ‘96, premier album de Rachel Leblanc, alias Vanille. La chanson rock pétillante, malgré sa pointe de mélancolie, de la suave interprète protège des grands froids, avec ses éclats de pop sixties, ses guitares vintage et ses mélodies qui nous envoûtent. « C’est pour ça que je ne voulais plus en retarder la sortie : les gens ont besoin d’un peu de bonheur et de nouveauté » ces temps-ci.

Rachel Leblanc aime, entre autres choses, Françoise Hardy, Sonic Youth et le cinéma, ayant étudié ce dernier à l’université. « Ça peut paraître bizarre, mais j’aime aussi beaucoup l’univers de Passe-Partout et le vieux logo de Radio-Canada. Je suis vraiment fan de cette période… mais là, je sens que je m’éloigne de ta question ! » dit la musicienne en s’excusant.

Il n’y a pas de quoi — la question portait sur les textes de ses chansons : « Je raconte souvent n’importe quoi, malheureusement, dit-elle encore en riant. Je veux dire : il n’y a pas nécessairement d’histoires dans mes textes, plutôt un champ lexical [que j’explore]. Je compose toujours mes mélodies d’abord, ce sont elles qui m’inspirent les paroles. Ensuite, je fais beaucoup de premiers jets ; en général, je les garde pour l’album. Je parle beaucoup des saisons, de la nature, les fleurs, le soleil et, oui, ça peut sonner bon enfant, mais, en même temps, c’est de ça que j’avais envie. » Ça tombe bien, nous aussi, nous avons envie de nous faire changer les idées avec ce genre de chansons d’amour colorées.

Rachel a, au téléphone, la même voix, délicate, enjouée et pleine d’esprit, que sur les attachantes chansons de Soleil ‘96, son premier album « solo » : « Quand j’ai commencé à faire de la musique, je disais que Vanille était un band parce que je tripais beaucoup sur les bands à cette époque, comme Sonic Youth. C’est comme si, dans ma tête, je me voyais plus comme membre d’un band que comme autrice-compositrice-interprète ; on dirait que je n’assumais pas mon rôle, que c’était mieux d’être “one of the boys”. C’était une façon de me légitimer [en tant que musicienne autodidacte], mais au bout du compte, j’ai compris que moi, toute seule, c’est tout aussi bien. »

En français

De toute manière, relève Rachel, le groupe jouait ses compositions à elle. Ça, c’était le Vanille d’avant, celui du premier EP, My Grandfather Thinks I’m Going to Hell, paru en 2017, une jolie collection de chansons indie rock teintées de pop à guitares et de shoegaze qui, déjà, révélaient le talent de mélodiste de la musicienne. C’était plus croustillant, plus pesant que ce qu’on découvre sur Soleil ‘96, c’était aussi chanté en anglais ; la Vanille d’aujourd’hui a décidément meilleur goût, plus pop, plus intime, et francophone.

« J’ai compris que c’était mieux pour moi de chanter en français, parce qu’on est au Québec, mais je pense aussi que ça me représente mieux — c’est-à-dire qu’en chantant en français, je joue moins à la “fille dans un band qui fait de la musique”, un personnage qui représentait l’idée que je me faisais d’être dans un band. Les textes en français me rendent plus sincère. C’est plus ce que j’ai envie de dire moi, Rachel. »

Les textes en français me rendent plus sincère. C’est plus ce que j’ai envie de dire moi, Rachel.

Or, le passage à la chanson francophone de Vanille s’accompagne aussi d’une remarquable transformation esthétique qui met encore plus en valeur le soyeux timbre de la voix de Rachel. Il reste encore dans l’énergie des plus vieilles compositions (Nouvelle Vague, L’été bleu, Phonème) recyclées sur l’album des traces du rock shoegaze de ses débuts, mais « j’ai vraiment subi des influences différentes ces dernières années », assure la musicienne. « J’ai découvert la musique des années 1960 », dit-elle en nommant Françoise Hardy et France Gall. « J’aime la mélancolie de ces femmes, mais j’aime aussi les chanteuses québécoises. J’aime Louise Forestier, j’aime Diane Dufresne, j’aime aussi Karo », qui, dans les années 1960, a obtenu plusieurs succès avec ses propres compositions, Un garçon en minijupe et Sur ma moto, entre autres. « Karo, je l’adore, c’est une inspiration », évidente sur Les tempêtes, l’une des plus réussies de Soleil ‘96. « Ses mélodies vocales me font chavirer tout le temps… »

Ce plongeon dans l’époque yé-yé a teinté la réalisation de Soleil ‘96, un travail confié à l’expert de la console Emmanuel Éthier, qui a réalisé ces derniers mois les albums de Corridor, de Jonathan Personne, de P’tit Belliveau ou encore de Pierre Lapointe, pour ne nommer qu’eux. Les choix de tons de guitare et de batterie, par exemple, reflètent les nouvelles passions de Rachel. « Emmanuel sait quelle guitare prendre pour avoir tel son. C’est lui aussi qui joue du violon sur l’album, c’est super beau, je suis vraiment contente. Il amène une touche de raffinement au disque. Côté réalisation, ça a beaucoup changé, on va moins dans le son des années 1990 à fond. »

Soleil ‘96 bénéficiera d’un lancement virtuel le 5 février prochain, enregistré au Ministère, « avec une vraie mise en scène de spectacle musical », dit avec enthousiasme Rachel, qui travaille déjà sur son prochain album. Il sera complètement différent, prévient-elle : « Je ne sais pas si je devrais en parler tout de suite, mais j’irai vers le folk sixties », citant le travail de Donovan, de Vashti Bunyan et de la grande prêtresse folk anglaise Shirley Collins.

Soleil ‘96, de Vanille, est paru sur étiquette Bonbonbon.

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