Avec Alex Burger, ce serait tous les jours comme au Shack

Il y a du Faulkner («J’prends ça pour du cash»), du Charlebois, du Gilles Valiquette même («Plus grande que nature»), tout ça mélangé sur le premier album solo d’Alex Burger, «Sweet Montérégie».
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Il y a du Faulkner («J’prends ça pour du cash»), du Charlebois, du Gilles Valiquette même («Plus grande que nature»), tout ça mélangé sur le premier album solo d’Alex Burger, «Sweet Montérégie».

Alex Burger ne demande pourtant pas grand-chose. Juste une vingtaine de spectateurs et il serait comblé. « Ce n’est pas la quantité de personnes qui me fait plaisir, c’est le contact avec elles », explique l’auteur-compositeur-interprète confiné, qui lance aujourd’hui Sweet Montérégie, son premier album solo.

« J’ai joué l’été dernier devant 30, 40 personnes, quand c’était permis ; c’est le fun de jouer devant peu de gens, on se parle après le spectacle. C’est même mieux que de jouer devant 1000 personnes qui ne te connaissent pas, en première partie d’un gros artiste », ajoute le musicien, qui n’est d’ailleurs pas chaud à l’idée de donner des concerts « virtuels ». « Je n’ai pas trop envie de sauter dans les nouvelles façons de faire COVID, ça ne m’allume pas. »

Dans une ancienne vie musicale, Burger menait le groupe Caltâr-Bateau, qui a lancé en 2015 l’album La bavure des possessions. De la chanson rock tendance « prog compliquée, pas facile à comprendre », reconnaît-il aujourd’hui. « On allait jouer dans le fond du Saguenay, et là je me rendais compte que ça ne passait pas. J’ai arrêté ça pendant deux ans pour réfléchir à mes affaires ; j’ai finalement compris que ce que je voulais faire, c’est créer de beaux moments avec la musique, dans une salle, dans un bar, avec le monde. » Et que, pour y parvenir, il valait mieux trouver un véhicule musical plus rassembleur.

Ces beaux moments de musique qu’Alex Burger recherche se sont faits rares au cours de la dernière année. Le musicien, aussi membre du groupe Bon Enfant, a au moins eu le bonheur d’en vivre l’été dernier, dont un en Gaspésie qui lui a inspiré une chanson emblématique de cet album dont l’enregistrement avait pourtant été bouclé un an plus tôt : Chanson pour Simon, une amusante ritournelle au rythme country « un peu bateau », avec solo de slide guitar, accordéon, chœur des chums de brosse et souvenirs de joyeuses nuits près du fleuve en prime.

« Je l’ai écrite avec deux amis, raconte Alex. On a fait une résidence [à l’Auberge festive Le Sea Shack de Sainte-Anne-des-Monts]. Ils ont été supergentils et nous ont prêté une maison parce qu’ils ne pouvaient pas faire de shows comme d’habitude. Un jour, en discutant avec eux, quelqu’un a dit à la blague : “Ah ! ça serait le fun un jour que quelqu’un écrive de quoi sur le Sea Shack” », devenu ces dernières années l’incontournable escale des jeunes musiciens de la province, qui trouvent là-bas un public enthousiaste et l’occasion de faire le party.

« Je l’ai pris pour du cash. Le lendemain, on l’a écrite — pour niaiser, parce que mon album était déjà fini. Mais finalement, je me suis dit : “Ben non, elle est bonne, la toune ! Juste entendre le mot shack dedans, j’aime ça.” C’est comme la chanson A Bar in Backersfield de Merle Haggard, les gens peuvent s’identifier à elle. »

Les cordes de l’artiste

Le country fait vibrer les cordes de Burger, que le grand public a appris à connaître non pas en finale du concours Les Francouvertes en 2019, mais plutôt à l’émission La voix — membre de l’équipe de Pierre Lapointe, il avait notamment offert lors des quarts de finale en octobre dernier une respectueuse reprise de Doris de Stephen Faulkner, les mots « Justice pour Joyce » collés au-devant de sa guitare. Le rock classique aussi — la chanson That’s It est un clin d’œil au son blues d’AC/DC — et le répertoire québécois des années 1960 et 1970, qu’il apprête à sa manière, habile et moderne.

« Je suis un gros fan de ce que j’appelle la chanson québécoise, qui, comme je la comprends, est faite de beaucoup de styles, raconte Burger. Charlebois, par exemple, c’est de la chanson québécoise, mais sans se contraindre à un style précis », pop, rock, folk, variété, etc.

« Je suis vraiment fan de cette époque — Mouffe vient de sortir un livre [Mouffe : au cœur du showbiz, par Carmel Dumas] que je suis en train de dévorer ! Pour moi, c’est une époque où la musique était aussi importante que le texte, et ça me touche. »

Il y a du Faulkner (J’prends ça pour du cash), du Charlebois, du Gilles Valiquette même (Plus grande que nature), tout ça mélangé sur cet album enregistré avec son band nommé Les Prix Staff, qui comprend des musiciens de l’orchestre de son grand ami et frère de rock Émerik St-Cyr Labbé, alias Mon Doux Saigneur. Sweet Montégérie porte le titre d’une chanson dans laquelle Burger jette un regard tendre sur la région qui l’a élevé et avec laquelle il s’est réconcilié, alors que dans C’est pas le Pérou, il ajoute une touche de funk à sa pop-rock.

Portes ouvertes

« C’est ça, mon idée de la chanson québécoise, résume Alex Burger. Je ne peux pas dire que je fais juste du country à la Cindy Bédard ou que du rock façon Olivier Langevin. Ce n’est même pas pour varier, seulement parce que, parfois, une chanson a besoin de tel son et une autre, de tel autre son. J’aime travailler comme ça parce que ça me laisse les portes ouvertes — j’y pense ces temps-ci parce que je travaille déjà sur le prochain album. »

Sweet Montérégie d’Alex Burger est en vente dès aujourd’hui sur étiquette Big in the Garden.